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Quotidien des Usines

La France (re)crée des usines

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Infographie Selon le décompte exclusif de L’Usine Nouvelle, 104 nouvelles capacités de production ont été inaugurées en 2017 sur le territoire. Signe que l’industrie repart de l’avant.

La France (re)crée des usines
L'usine Laïta de Créhen inaugurée en fin d'année 2017
© DR

Depuis la création du groupe en 2009, c’est notre première usine qui sort de terre », se félicite Christian Griner, le directeur général de Laïta. Début décembre, la coopérative laitière bretonne, a inauguré en grande pompe sa huitième usine, à Créhen (Côtes-d’Armor). Le groupe a investi 80 millions d’euros dans ce site ultramoderne de poudre et de boîte de lait infantile et a créé 80 emplois. La surproduction a pourtant fait chuter les prix du lait en poudre. Mais plus que d’augmenter sa production, Laïta cherche à monter en gamme. « Plus on fera de valeur ajoutée, plus nous serons résilients », plaide Christian Griner, qui vise la conquête de marchés à l’international, en particulier en Asie et en Afrique.

Depuis dix ans, la France s’était habituée au déclin de son tissu industriel et à la longue litanie des fermetures de sites. Mais depuis plusieurs mois, l’industrie tricolore recrée des sites sur tout le territoire. En Seine-Saint-Denis, Airbus Helicopters vient d’inaugurer une usine ultramoderne à Dugny pour produire des pâles d’hélicoptère. Dans la Manche, la PME Filtres Guérin s’est dotée en septembre d’un deuxième site pour suivre la hausse des commandes de l’aéronautique. Mi-décembre, la patronne monde de l’ascensoriste américain Otis, Judy Marks, était à Gien (Loiret) pour lancer l’extension de la dernière usine française d’ascenseur, enrichie d’un centre de R & D référent du groupe en Europe.

L’agroalimentaire en tête

La renaissance n’est pas facile à quantifier. « L’Usine Nouvelle », grâce à son suivi quotidien de l’activité de l’industrie [lire l’encadré ci-dessus], peut isoler quelques données marquantes. Depuis le 1er janvier 2017, nous avons recensé 104 inaugurations de nouvelles capacités de production. Il ne s’agit pas uniquement de créations d’usines ex nihilo. Selon nos chiffres, 51 nouvelles usines ont démarré leur production cette année. Certaines, comme celle d’Airbus Helicopters à Dugny, sont venues remplacer des sites vieillissants dont la production a été déménagée. C’est aussi le cas des sirops Monin, à l’étroit dans leur bâtiment historique à Bourges (Cher), qui viennent d’investir un site trois fois plus grand, pour faire face à leur succès à l’export. Satecno, spécialiste de l’emballage, vient lui de s’installer sur un ancien site abandonné par Thyssenkrupp Sofedit à Vendôme (Loir-et-Cher). Dans le même temps, 30 usines ont augmenté leurs capacités de production en mettant en service de nouvelles lignes de fabrication. À l’image du portugais Renova, spécialisé dans la production de papier hygiénique, installé depuis deux ans sur un ancien site de Candia à Saint-Yorre (Allier), qui a doublé sa capacité de production cet été. Enfin, 23 usines ont entrepris de se moderniser et de se réorganiser de fond en comble pour se transformer en « usine du futur » modèle et prendre le virage de la robotisation.

Tous les secteurs industriels sont concernés. L’industrie agroalimentaire, forte de son tissu dense de PME, concentre le plus de projets. « Depuis un an, on repère aussi beaucoup de projets dans la logistique et l’industrie liée à la construction, notamment le retraitement des déchets de matériaux, les éléments préfabriqués en béton. Ces investissements reflètent la reprise du bâtiment », confirme Isabelle Parisot-Monvoisin, la PDG de Regional Partner, qui aide les collectivités à repérer les projets d’implantations. Dans l’aéronautique, l’augmentation des cadences incite les sous-traitants à accélérer l’automatisation de leurs sites. Ailleurs, c’est la nécessité de monter en gamme qui tire les capacités. De quoi reconstituer le tissu industriel français mis à mal par dix ans de sinistrose ?

Des capacités de production en surchauffe

« Les signaux restent encore faibles. L’industrie aura besoin de dix ans pour se reconstruire », tempère Bruno Grandjean, le président de la Fédération des industries mécaniques (FIM). L’amélioration reste de fait fragile. « L’industrie cesse de décliner en partie parce que les délocalisations ont freiné. Mais elle ne regagne pas de terrain pour autant », nuance El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie à Paris Dauphine. La balance entre les créations d’usines et les annonces de fermetures potentielles – « L’Usine Nouvelle » a recensé 42 sites menacés – est devenue favorable. Toutefois, les créations d’emplois ne compensent pas les suppressions sur le périmètre des sites. Les nouvelles usines sont souvent de petite taille et largement robotisées. « Les projets industriels sont de plus en plus petits en phase de démarrage », abonde Isabelle Parisot-Monvoisin. Depuis des mois, l’horizon des entreprises françaises s’est pourtant éclairé. Les marges ont bondi de cinq points et dépassent désormais leur niveau de 2007. Un niveau inédit depuis les années 2000. Le coût du financement reste accommodant. Le principal déclic est venu des perspectives de demande, en net rebond depuis le début de l’année De quoi encourager les entreprises à consolider leurs investissements. « C’est ce qui manquait. Il faut attendre trois ou quatre ans pour que les marges se transforment en investissement. Nous y sommes », estime Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Le moral des industriels a atteint un pic historique.

Autre facteur déclencheur : les lignes des usines sont saturées. Le taux d’utilisation des capacités de production atteint désormais 84,9 % selon l’Insee, un niveau supérieur à sa moyenne durant la période 1990-2007. Chez les fabricants français de biens d’équipements pour la manutention, les usines tournent même à 90 %. Autant dire à plein régime. De quoi soutenir l’accélération des investissements. Cette année, leurs dépenses dans ce domaine auront progressé de 3,9 %, malgré la fin de la mesure de suramortissement fiscal au printemps. Sur l’année, les achats de robots devraient gagner 23 %, après une hausse de 10 % l’an passé. Les ventes de chariots de manutention sont de leur côté en hausse de 18 %. La publication fin novembre de prévisions d’investissement des industriels pour 2018 moins bonnes que prévu par l’Insee – l’institut anticipe une stabilisation pour l’an prochain – n’a pas rafraîchi l’optimisme. Les économistes l’estiment peu fiable à cette période de l’année. La hausse des investissements est bien partie pour se poursuivre l’an prochain.

Quoi qu’il en soit, les annonces de nouvelles usines se sont bousculées ces derniers mois. Le maroquinier de luxe Hermès va ouvrir en 2020 deux nouveaux sites en Ile-de-France et en Nouvelle Aquitaine, avec 500 créations d’emplois au total. Ces usines viendront s’ajouter aux deux maroquineries déjà ouvertes cet été. Le plasturgiste SGT doit démarrer début 2018 la construction d’une deuxième unité française dans le Grand Chalon (Saône-et-Loire). Le sud-africain Aspen, qui a racheté un site de GSK en 2014, a annoncé la construction à partir de l’an prochain d’un nouveau bâtiment de 65 millions d’euros à Notre-Dame-de-Bondeville (Seine-Maritime).

L’effet Macron ?

Dans les sièges étrangers, l’élection d’Emmanuel Macron a changé la donne. « La France n’était plus dans la short-list lorsque la direction discutait des prochains investissements. Elle y est revenue », reconnaît Rachid Izzar, le président d’AstraZeneca France. « La demande au niveau mondial et en France devrait rester élevée. C’est du côté de l’offre que les risques existent », souligne Emmanuel Jessua, économiste chez Coe-Rexecode. Car malgré leurs investissements, les industriels ont du mal à suivre la reprise. « Est-ce qu’on a détruit trop de capacités de production avec un secteur désormais trop atrophié pour rebondir ? L’année à venir devrait apporter la réponse », assure Mathieu Plane.

Selon l’Insee, les goulots d’étranglement ont bondi depuis un an. Un tiers des entreprises signalent des difficultés à produire plus, en particulier faute de parvenir à recruter. « Les industriels ont manqué d’anticipation et ont été trop prudents en retardant les embauches et les investissements. Résultat : il y a maintenant surchauffe et partout les délais de livraison s’allongent », reconnaît Bruno Grandjean. Au risque de se voir ravir des marchés par des fabricants étrangers. La renaissance industrielle prendra encore du temps. 

[Méthodologie] Le quotidien des usines, un outil de veille active

L’Usine Nouvelle publie chaque jour l’essentiel de l’actualité de l’industrie sur usinenouvelle.com. Cette rubrique, baptisée Quotidien des usines, est alimentée par la rédaction et nos correspondants régionaux. Au fil des ans, elle est devenue un outil de veille active incomparable. Pour dresser le bilan de l’industrie française en 2017, nous nous sommes appuyés sur ce travail au plus près du terrain. Nous avons passé en revue les 600 articles publiés entre le 1er janvier et la mi-décembre. La plupart renvoient à des décisions d’investissement pour un montant d’au moins 2 millions d’euros dans des entreprises industrielles et de logistique d’au moins 10 salariés. Les extensions de capacités existantes et toutes les créations d’usines sont prises en compte. Pour les sites menacés, il s’agit des procédures judiciaires et fermetures réalisées ou annoncées pour le premier semestre 2018. Notre bilan ne doit donc rien au hasard. Il est le reflet le plus fidèle d’une industrie que « L’Usine Nouvelle » suit maintenant depuis 126 ans…

 

 

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