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L'Usine de l'Energie

La finance est devenue accro aux investissement bas carbone

Arnaud Dumas , , , ,

Publié le , mis à jour le 30/11/2015 À 07H38

Enquête La finance prend à bras le corps les objectifs de la COP21. Face au risque climatique, les grandes institutions financières enchaînent les annonces sur le désengagement des activités carbonées et la réorientation de leurs enveloppes vers des investissements verts.

Le crowdfunding surfe sur les investissements verts

Les particuliers peuvent investir dans la transition énergétique. Quelques sites de crowdfunding se sont spécialisés dans les projets liés au développement durable. Ils permettent aux internautes d’investir dans le capital de PME liées aux énergies renouvelables, comme Lumo, créé en 2012, ou de leur faire crédit avec intérêts, comme pour Lendosphère, créé en 2014. Engie aussi prévoit de lancer son site, baptisé GreenChannel. « C’est une bonne façon d’associer la population locale sur les projets, analyse Emmanuel Legrand, le directeur du département énergie et environnement à la Caisse des dépôts. Mais il faut que le citoyen prenne bien en compte le risque associé. » Les sommes en jeu demeurent toutefois modestes. Lumo a collecté 200 000 euros sur six projets depuis sa création, Lendosphère revendique une quinzaine de projets pour près de 1,2 million d’euros prêtés. En s’inspirant du crowdfunding, le Crédit coopératif fait mieux. Depuis janvier, il propose un livret d’épargne à ses clients dont la collecte finance des projets de transition écologique. En quelques mois, près de 8 millions d’euros ont été amassés. 

 

Le crowdfunding surfe sur les investissements verts

Les particuliers peuvent investir dans la transition énergétique. Quelques sites de crowdfunding se sont spécialisés dans les projets liés au développement durable. Ils permettent aux internautes d’investir dans le capital de PME liées aux énergies renouvelables, comme Lumo, créé en 2012, ou de leur faire crédit avec intérêts, comme pour Lendosphère, créé en 2014. Engie aussi prévoit de lancer son site, baptisé GreenChannel. « C’est une bonne façon d’associer la population locale sur les projets, analyse Emmanuel Legrand, le directeur du département énergie et environnement à la Caisse des dépôts. Mais il faut que le citoyen prenne bien en compte le risque associé. » Les sommes en jeu demeurent toutefois modestes. Lumo a collecté 200 000 euros sur six projets depuis sa création, Lendosphère revendique une quinzaine de projets pour près de 1,2 million d’euros prêtés. En s’inspirant du crowdfunding, le Crédit coopératif fait mieux. Depuis janvier, il propose un livret d’épargne à ses clients dont la collecte finance des projets de transition écologique. En quelques mois, près de 8 millions d’euros ont été amassés. 

 

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

La finance va-t-elle réussir là où les Etats peinent à se mettre d’accord ? Les grands argentiers mondiaux semblent en tout cas prendre à bras le corps les objectifs de la COP21 de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés d’ici 2100.

Depuis quelques mois, les flux d’investissement se tournent massivement en direction des énergies vertes. Les groupes bancaires comme les investisseurs institutionnels, ces géants de la finance qui placent les fonds des assurances, des banques, des caisses de retraite ou encore des États, se positionnent depuis quelques mois sur les entreprises à faible émission de gaz à effet de serre. À coups de milliards…

Dès le mois de mai 2015, lors du Climate finance day, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) avait annoncé vouloir orienter 15 milliards d’euros vers les financements verts d’ici 2017. Fin novembre, elle va un cran plus loin. Après avoir calculé l’empreinte carbone de son portefeuille de participations, elle a annoncé vouloir la réduire de 20 % d’ici 2020.

Sa filiale CNP Assurances lui a aussitôt emboîté le pas, en se fixant le même objectif ; elle a aussi annoncé vouloir doubler ses investissements verts à 1,6 milliard d’euros. La mutuelle Humanis veut diminuer de 2 % par an les émissions de gaz à effet de serre des sociétés dont elle possède des actions. Le groupe Axa fait encore plus fort. Il était parmi les premiers à afficher ses intentions : tripler ses investissements verts pour dépasser les 3 milliards d’euros d’ici 2020.

Les fonds de capital investissement français, qui investissent dans des PME et ETI, se positionnent aussi. Apax Partners (actionnaire de L’Usine Nouvelle), Ardian, Eurazeo, LBO France et PAI Partners ont lancé le 25 novembre "l’initiative Carbone 2020", visant à calculer et réduire les émissions de gaz à effet de serre des entreprises dans lesquelles elles ont investi.

Les banques françaises, elles aussi, infléchissent leur stratégie. Ces dernières semaines, elles ont enchaîné les annonces disant qu’elles ne financeraient plus les projets liés au charbon. Les mines de charbon ou les centrales électriques à base de charbon vont avoir de plus en plus de mal à trouver des crédits… A la place, elles saisissent aussi les opportunités liées aux énergies renouvelables. Crédit Agricole Assurances a créé en juin une société commune avec Quadran, l’industriel spécialisé dans la production et l’exploitation d’énergies renouvelables.

Cette alliance avec le bancassureur va permettre à Quadran d’accélérer le rythme de développement de ses centrales éoliennes. Baptisée Quadrica, leur filiale détient déjà huit centrales d’une capacité de 76 mégawatts. Elle prévoit d’atteindre à terme 200 mégawatts. Même stratégie pour Bpifrance, qui a créé une coentreprise avec Cnim pour financer l’industrialisation d’une nouvelle technologie solaire.
 

UN MARCHÉ ENCORE NAISSANT

Les exemples se multiplient. La démarche n’est pas innocente. Cette nouvelle orientation de la finance est issue de son métier de base : savoir identifier les risques et en tirer parti.

"Les investisseurs ont besoin de ce type de thématique, explique Frédéric Samama, le directeur adjoint de la clientèle des institutionnels et des entités souveraines chez le gérant d’actifs Amundi. Si vous investissez dans des entreprises qui polluent et qui ne sont pas encore pénalisées pour cela, est-ce vraiment durable sur une échelle de dix ou quinze ans ? Si vous pensez qu’elles finiront par être pénalisées, vous courrez un risque qui n’est pas rémunéré. Notre job, c’est de travailler là-dessus".

Amundi a travaillé avec le fonds de pension suédois AP4 et le fournisseur de services financiers MSCI. Ils ont créé un indice boursier bas carbone, composé d’entreprises à faible émission de gaz à effet de serre, pour vendre de nouveaux produits financiers sans risque climatique.

D’autant que les industries liées au charbon n’affichent plus des rentabilités extraordinaires. Depuis quelques années, l’indice Stowe global coal index ne cesse de plonger en comparaison des indices boursiers globaux. Les gisements de rentabilité se retrouvent dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Dès 2007, la banque suisse Pictet a lancé un fonds dédié à la transition énergétique devenu l’un des plus importants dans le monde, avec 1,2 milliard de dollars sous gestion. Il compte des participations dans SunEdison, Tesla et Vestas Wind Systems. « Si on se compare aux indices charbon, nous affichons une performance exceptionnelle ! », s’enthousiasme Marc-Olivier Buffle, spécialiste produit chez Pictet Asset Management.


Le marché n’en est toutefois qu’à ses débuts. « Il n’est pas encore mâture, analyse Marc-Olivier Buffle. La croissance est importante, mais il y a encore quelques crises d’adolescence… » Des crises qui peuvent refroidir les ardeurs des financiers les moins avertis. La modification des tarifs de rachat des énergies renouvelables, suite à la loi sur la transition énergétique en France, risque d’en fournir un exemple. « Cela va ouvrir une période d’incertitudes qui se traduira par de la prudence et de l’attentisme, prédit Emmanuel Legrand, le directeur du département énergie et environnement à la Caisse des dépôts. Les financiers accepteront encore de prêter, mais avec un niveau de dette moins élevé. »

FORTE CROISSANCE D’ICI À VINGT ANS

Les projets auront sans doute un peu plus de mal à se financer le temps que les nouveaux mécanismes de rachat se mettent en place. Ces à-coups, les investisseurs de long terme semblent les avoir déjà intégrés. « C’est un secteur qui va connaître une forte croissance dans les vingt ans à venir. Ça, j’y crois !, assure Marc-Olivier Buffle, spécialiste produit chez Pictet Asset Management. Il y aura encore de la volatilité, mais cela crée des opportunités. » Quant aux industriels des énergies renouvelables, ils devront, eux aussi, se transformer et devenir de véritables financiers. Ceux qui sauront décrypter voire anticiper les humeurs du marché pourront attirer les investisseurs.

 

« C’est une question de gestion du risque climat »


Nicolas Blanc, directeur innovation et développement durable à la Caisse des dépôts
 

Comment la Caisse agit-elle pour le climat ?

Le groupe a pris l’engagement de financer à hauteur de 15 milliards d’euros la transition énergétique et écologique entre 2014 et 2017, au moyen de garanties, de prêts et d’investissements. En parallèle, nous faisons un gros travail sur nos participations pour connaître leur stratégie en matière de transition énergétique. Nous aurons calculé l’empreinte carbone de tout notre portefeuille d’ici à la fin de l’année.

Cet engagement est-il uniquement lié à la COP21 ?

Nous n’agissons ni sous pression ni par opportunisme. La transition énergétique et écologique est l’une de nos quatre grandes priorités stratégiques, c’est un sujet important pour nous en tant qu’investisseur de long terme et en tant que groupe.

Constatez-vous le même mouvement chez les investisseurs institutionnels ?

Assurément. C’est un aspect de la gestion des risques qui va dans la continuité de leurs politiques de développement durable. Les secteurs liés au charbon ont fortement baissé ces dernières années. Il y a donc une question d’allocation d’actifs et de gestion du risque climat à prendre en compte. 

 

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