La filière bois séduite par les drones

Les forestiers comptent sur la technologie pour les aider à atteindre leur objectif d’augmenter de 12 millions de mètres cubes leur récolte en dix ans. Les drones tiennent une place particulière dans l’innovation au stade amont de la production, tandis que la mécanique reprend ses droits lors de la transformation.

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La filière bois séduite par les drones
Drone de Corvus Monitoring, présenté en amont du salon ForrestInnov.

Pour estimer, essence par essence, le volume de bois sur pied dans une forêt, il faut aujourd'hui 3 heures par hectare à un technicien muni d'un compas forestier, sans compter le temps de traitement de ces données. Il doit pour cela mesurer chaque arbre (hauteur et diamètre). Demain, ou plutôt d'ici quatre à cinq ans, un drone muni d'un lidar parcourra cet hectare en quelques minutes, acquérant au passage les signaux renvoyés par ce laser de la cime au sol. "Ce mode de mesure est encore au stade de la R&D", reconnaît Julien Lieb, opérateur de drones chez Corvus Monitoring, mais "l'allègement rapide des lidars permettra bientôt de les fixer sous un drone", plutôt que de faire appel à un hélicoptère facturé quatre fois plus cher.

Ceci explique la fascination des forestiers pour ces engins volants légers et économiques, eux qui dépendaient de l’imagerie satellite et aérienne pour toutes leurs opérations de surveillance. Sur les trois start-up primées par le concours ForrestInnov en amont de la première édition de ce salon qui rassemblera les gestionnaires de forêts et entreprises d’exploitation forestière à Charnay-lès-Mâcon (Bourgogne) les 24 et 25 novembre, deux – Corvus Monitoring et Delta Drones - sont des opératrices de drones. La troisième, votremachine.com, proposant en ligne de la location de matériels agricoles et forestiers.

Corvus Monitoring vend aux forestiers les services de mesure de sa flotte de drones. Il réalise à leur demande des cartes géo-référencées en 3D de leur domaine, avec un impact environnemental nul. A une définition qui peut atteindre 1 centimètre par pixel, ces cartes permettent d'anticiper les travaux à venir, de planifier les coupes, de prévoir quels engins pourront passer sur un chemin récemment ouvert. Et même de préparer les déclarations administratives réglementaires. Corvus facture au nombre de décollages du drone auquel il ajoute un ratio à l'hectare. Pour une carte de résolution standard, le tarif avoisine les 1000 euros pour 50 hectares.

Un BIM de la forêt

Corvus Monitoring travaille également sur une plate-forme de centralisation des données pour tous les intervenants d'un domaine forestier : gestion de la ressource, entretien en bord de route, devis et factures des travaux effectués, etc. De l’imagerie au suivi administratif, tous les échanges entre intervenants sont consignés dans cette plate-forme qui sera présentée au salon ForestInnov.

Sur ce salon de plein air, et même de pleine forêt, d'autres innovations de l'amont forestier seront présentées, comme le poste de grutage numérique, "qui fait ressembler la cabine d'une abatteuse ou d'un porteur à un cockpit d'avion", affirme Jean-Philippe Bazot. Le président d'Euroforest, organisateur du salon, est persuadé que "les drones sont et seront une révolution en matière de foresterie." Les autres innovations du secteur concernant les solutions pour le transport du bois, l'arrivée des moteurs hybrides en forêt, et les logiciels de gestion de la ressource. Ceux-ci permettent l'intervention de plusieurs entreprises, comme les plates-formes SIG de Corvus Monitoring ou eMobois, né d'un partenariat entre des institutions publiques comme l'ONF et les collectivités locales et des groupements d'entreprises privées.

La fin des bûcherons?

Mais l'innovation n'est pas systématiquement numérique. Parmi les petites révolutions du métier, on a vu récemment "des têtes d'abatteuse couper, élaguer et mettre en bouts de 8 mètres un arbre résineux en moins de 40 secondes", rappelle Cyril Le Picard, président de l'interprofession France Bois Forêt. Et pour les feuillus comme le chêne, que cette innovation majeure n'a pas atteints, d'autres réflexions sont en cours, comme l'utilisation d'exosquelettes. Ce n’est donc pas la fin des bûcherons qui se profile, mais peut-être celle des accidents mortels ou graves, fréquents dans ce métier.

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