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La fièvre du bitcoin gagne les entreprises

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Litecoin, ethereum, kodakcoin… Profitant de l’essor du bitcoin, de nombreuses sociétés lancent leur monnaie virtuelle maison dans l’objectif de lever des fonds.

La fièvre du bitcoin gagne les entreprises

Deux heures et quarante-cinq minutes ! C’est le temps qu’il a fallu à l’entreprise lyonnaise iEX.ec pour lever l’équivalent de 12 millions d’euros. Pour réunir une telle somme, la jeune société, qui propose une plate-forme décentralisée de services informatiques, a eu recours à une initial coin offering (ICO). Ces nouvelles opérations de financement, apparues avec l’essor du bitcoin et des monnaies virtuelles, permettent aux entreprises, en l’échange de la vente de leur propre crypto­monnaie, de réunir des fonds. Les acheteurs achètent les « tokens » virtuels émis par l’entreprise en utilisant une autre devise numérique déjà établie, comme le bitcoin ou l’ether, que l’entreprise peut alors échanger contre de l’argent réel sur des plates-formes de conversion. Sorte d’introduction en Bourse digitale où la monnaie fait figure de contrepartie numérique, les ICO permettent de trouver des financements auprès d’une multitude de sources en présentant l’avantage de ne pas se traduire par des cessions d’actions. C’est ainsi qu’en avril, iEx.ec a mis sur le marché le RLC pour une valeur de 0,0002 bitcoin par unité. En quelques minutes, 50 millions de jetons ont été achetés. « Nous en avons échangé 80 % en euros pour financer les investissements matériels et les recrutements et nous en avons gardé 20 % pour assurer le fonctionnement de l’entreprise », explique Gilles Fedak, l’un des fondateurs.

Des levées de fonds ultrarapides

En 2017, plus de 4 milliards de dollars ont été collectés de cette manière, ce qui représente une multiplication par vingt par rapport à l’année précédente, mais seulement 2 % du montant des introductions en Bourse. En France, cinq opérations ont abouti durant cette période. « On observe une fièvre des ICO », constate Florence G’Sell, professeur de droit et spécialiste des questions de cryptomonnaie. L’envolée des cours des principales monnaies virtuelles depuis la fin de l’année 2017 devrait encore amplifier le phénomène. Selon le site CoinList, qui répertorie les ICO à venir, au cours de la dernière semaine de janvier, plus de 15 nouvelles ­opérations étaient prévues, dont celles de Kodak et du service de messagerie cryptée Telegram. Côté français, le producteur minier Auplata a également annoncé se pencher sur le sujet.

« Nous sommes en train de passer dans une deuxième phase des ICO », observe Florence G’Sell. Jusqu’alors réservées aux start-up, les levées de fonds en monnaie virtuelle sont en train de s’ouvrir à d’autres secteurs. « Les ICO changent d’échelle. Elles s’adressent désormais à des entreprises déjà établies dont le cœur d’activité n’est pas forcément lié à un produit digital », explique la spécialiste. La rapidité, la flexibilité et le faible coût de ces opérations sont, pour Michel Ruimy, économiste à la Banque de France, les principaux arguments qui poussent les entreprises à considérer ce mode de financement. Selon lui, « les monnaies virtuelles permettent de collecter de l’argent dans le monde entier en quelques heures tout en s’affranchissant des réglementations nationales ». Ces levées de fonds virtuelles permettent également de faire valider son produit par le marché. Car, contrairement à une idée reçue, les ICO ne sont pas toujours synonymes d’argent facile. Selon Vitalik Buterin, le fondateur de la monnaie ether (deuxième monnaie virtuelle derrière le bitcoin à la fin janvier), plus de 90 % des ICO échouent. Expérience vécue par CarTaxi, une plate-forme de mise en relation des voitures en panne avec les dépanneurs. En septembre dernier, ses fondateurs ont tenté de collecter 8 millions d’euros via une ICO, mais « la monnaie virtuelle n’avait aucune valeur ajoutée sur le produit proposé par l’entreprise et les épargnants n’ont pas vu comment le token émis pourrait prendre de la valeur à moyen terme », analyse Florence G’Sell.

Un accélérateur de croissance

Droit d’accès au produit, fonction spécifique sur la plate-forme, valeur d’échange… Au-delà de l’aspect spéculatif, les investisseurs attendent de la monnaie virtuelle créée qu’elle joue un rôle dans le modèle économique promu par l’entreprise. « Il y a une sorte de contrat passé implicitement avec les investisseurs, renchérit Gilles Fedak. Avec l’argent récolté par la vente de nos tokens, nous nous engageons à développer un produit attractif, accessible uniquement aux utilisateurs en possession de notre cryptomonnaie de manière à ce que la valeur du jeton augmente. » Car dans ce système décentralisé, sans intermédiaire, les investisseurs sont les seuls à assumer le risque. Ils sont donc d’autant plus exigeants. « Les nouvelles cryptomonnaies s’appuient uniquement sur les produits proposés par les entreprises, qui doivent être techniquement irréprochables et commercialement pertinents », observe Michel Ruimy.

Une problématique qu’a bien prise en compte Pikcio. La société occitane, qui propose de traiter et de sécuriser les données de consommateurs, vient de lancer le pikciocoin et espère en retirer l’équivalent de 20 millions d’euros d’ici à la fin du mois de février. Jusqu’alors financée par des fonds propres et le soutien de Bpifrance, l’entreprise était à la recherche d’un outil pour accélérer sa croissance. Son fondateur et PDG, Didier Collin de Casaubon, explique réfléchir au lancement d’une ICO depuis le début de l’année 2017. Mais les futurs clients de la start-up ont retardé le process. « Nous travaillons avec des banques et de grandes institutions. Et, bien qu’elles adhèrent à notre proposition commerciale, ces entreprises sont encore frileuses à l’idée de s’associer à un fournisseur financé via les monnaies virtuelles », précise le dirigeant.

Le temps de faire de la pédagogie et de démontrer la pertinence de ce type d’opération, Didier Collin de Casaubon a lancé sa levée de fonds en monnaie virtuelle en janvier tout en faisant quelques concessions. Dans un univers où l’anonymat est la loi, Pikcio procède par exemple à l’authentification des acheteurs et à l’identification des fonds. Une stratégie que le PDG de l’entreprise revendique : « L’avenir des ICO est très prometteur, mais il passe par plus de transparence et par une autorégulation. »

En Suisse, le minage éco friendly


Six employés, 1 000 cartes graphiques, 120 mètres carrés, un enchevêtrement de câbles et des dizaines d’ordinateurs… À Gondo, au cœur du Haut-Valais suisse, les locaux de l’entreprise Alpine Mining détonnent dans le paysage environnant. L’entreprise de « minage », dont la mission est de sécuriser et de valider les opérations effectuées sur la blockchain en l’échange d’une rémunération en cryptomonnaie, s’est installée dans ce village de 90 habitants en octobre. Il faut dire que ce territoire alpin a tout pour attirer les mineurs de devises virtuelles. Pour valider les opérations dans les plus brefs délais et faire face à la concurrence des mines chinoises, Alpine Mining fait turbiner ses puissantes machines 24 heures sur 24. « Le minage de cryptomonnaies nécessite une grande quantité d’énergie, concède Ludovic Thomas, le fondateur d’Alpine Mining. Mais nous pensons que cela ne devrait pas affecter l’environnement. » En plus du climat adapté à l’exercice du minage et qui permet de maintenir les locaux à une température ambiante de 31 degrés, les nombreux cours d’eau qui alimentent les centrales hydroélectriques de la région fournissent une source d’énergie naturelle et renouvelable vitale pour le fonctionnement de l’entreprise. À proximité de Gondo, trois centrales électriques permettent à Alpine Mining de se fournir au tarif de 0,08 centime par kilowattheure. « L’union des énergies renouvelables et de la technologie blockchain va révolutionner le monde », assure Ludovic Thomas. 

 

La novlangue des monnaies virtuelles


Bitcoin Lancée en 2009, cette cryptomonnaie sans gouvernance centrale repose sur le programme rédigé par le Japonais Satoshi Nakamoto. Sécurisée et codée par des milliers de développeurs, elle est protégée par la technologie de la blockchain.

Blockchain Sorte de livre des comptes virtuel et décentralisé, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission des informations. Pour garantir la transparence des informations, toutes les interactions sont validées par des « mineurs ».

ICO Parfois aussi surnommée crowdsale ou tokensale, une initial coin offering (ICO) est une opération de financement participatif qui consiste, pour les entreprises, à émettre leur propre cryptomonnaie. Des « tokens » peuvent être échangés contre d’autres monnaies virtuelles établies sur des plates-formes d’échange dédiées ou servir à acheter des services ou des produits à l’entreprise.

Mining ou minage C’est le processus de validation des transactions effectuées sur la blockchain. Chaque opération validée est rémunérée en cryptomonnaie.

 

 

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