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La Corée du Sud veut faire sa quatrième révolution industrielle

Marion Garreau , , ,

Publié le

Un thème a dominé l’Invest Week, semaine de promotion de l’investissement en Corée du Sud qui s'est tenue du 7 au 10 novembre à Séoul : la quatrième révolution industrielle. Ce mot d'ordre du plan quinquennal du nouveau gouvernement Moon mobilise tous les acteurs de l'économie coréenne, qui n'est pas aussi en pointe sur l'industrie du futur qu'on pourrait le croire

La Corée du Sud veut faire sa quatrième révolution industrielle
L'usine Shinsung E&G, à Yongin, en Corée du Sud
© Shinsung E&G

 "Nous voulons devenir un pays leader pour la quatrième révolution industrielle", a déclaré Young Sam Kim, conseiller au sein du ministère pour l’investissement commercial, lors de la cérémonie d’ouverture de l’Invest Week, semaine de promotion de l’investissement en Corée du Sud qui s’est tenue à Séoul du 7 au 10 novembre.

Après l’économie du bien-être, l’économie verte, intelligente puis créative, c'est désormais la quatrième révolution industrielle qui s'impose comme nouvelle obsession des entreprises sud-coréennes, selon la volonté du gouvernement de Moon Jae-in, élu à la présidence du pays en mai dernier et qui a créé en septembre un comité de pilotage de ce nouvel objectif quinquennal.

Le mot d'ordre est donné. Prière de s'éxécuter. Lors de l’Invest Week, pas moins de six discours ont ainsi porté sur ce concept, dont les technologies-clés, au premier chef desquelles l’intelligence artificielle, et leur impact sur l’économie et la société ont été détaillées en des dizaines de slides. "La quatrième révolution industrielle va changer la compétition économique, désormais basée sur les écosystèmes générant et analysant les données, la structure des emplois mais aussi nos modes et environnement de vie, avec l’évènement de la santé, de la ville ou de la sécurité intelligentes", a expliqué à la presse Jiwon Kim, directeur du bureau sur la Société de l’information intelligente et conseiller au sein du ministère des Sciences et des Technologies de l’information et de la communication (TIC).

800 000 créations d'emploi visées

Au-delà des discours théoriques, Séoul a des objectifs précis : la quatrième révolution industrielle doit permettre, d’ici à 2030, de générer 430 000 milliards de wons (330 milliards d’euros) de bénéfices économiques ainsi que la création de 800 000 emplois dans les secteurs des TIC, notamment dans les métiers d’ingénieurs logiciels et analystes des données.

"En Corée, la quatrième révolution industrielle est plus qu’un phénomène économique, c’est un phénomène sociétal, analyse David-Pierre Jalicon, architecte français installé depuis plus de quinze ans à Séoul et président de la Chambre de commerce et d'industrie franco-coréenne, rencontré en marge de l’Invest Week. Tous les cinq ans, le gouvernement coréen décide d’une thématique qui impacte toutes les sphères, qu’elles soient économique, sociale ou culturelle, et tout le monde doit se positionner. A chaque fois, ces mots d’ordre doivent être des moteurs de croissance."   

Invité à s’exprimer lors de l’Invest Week, le professeur à l’Université nationale de Séoul et membre du comité présidentiel pour la quatrième révolution industrielle, KyooSung Noh, a fait état des forces et des faiblesses du pays pour réussir dans cette transition. La Corée compte selon lui comme atout d’occuper le premier rang des pays à investir en R&D (4,23% du PIB en 2015) et à développer les TIC, notamment les semi-conducteurs et la téléphonie mobile.

Peu de coréens sur l’intelligence artificielle

Côté faiblesses, "très peu d’entreprises coréennes sont aujourd’hui positionnées sur des technologies clé comme l’intelligence artificielle ou l’IoT [Internet des objets] et nous manquons d’experts sur le sujet", pointe-t-il du doigt, estimant que la Corée du Sud est en retard de 2,2 ans dans le développement de l’intelligence artificielle par rapport aux Etats-Unis.

D’après l’Institut de recherche coréen en éducation et formation professionnelle, il manquerait 28 000 spécialistes en software pour répondre à la demande des industriels d’ici à 2020. Illustration de ce retard coréen : sur l’estrade de l’Invest Week, les deux experts invités aux côté des officiels coréens étaient un représentant du Centre allemand de recherche en intelligence artificielle (DFKI), Christian Heyer, et la Japonaise Yukiko Fukagawa, chercheuse à l’Université de Waseda et venue présenter les concepts de Connected Industries et Société 5.0 promus par Tokyo.

20 000 usines intelligentes d’ici 2020

Le développement d’usines intelligentes, ou Smart Factory, est l’un des piliers de cette quatrième révolution industrielle. Le précédent gouvernement avait déjà donné l’impulsion en décidant d’un plan stratégique visant l’avènement de 20 000 usines intelligentes dans le pays d’ici à 2020. Située sur les hauteurs de Yongin, en bordure de Séoul, l’usine de l’entreprise Shinsung E&G est l’une des premières Smart Factory reconnue par le gouvernement.

Cette PME, spécialisée dans la construction de panneaux solaires, de systèmes d’épuration de l’air et de semi-conducteurs, a été saluée pour trois raisons : une autonomie en énergie grâce à son toit de panneaux solaires et son système de stockage créé en interne, des charriots AGV automatiques également développés en interne, et une ligne de production automatisée et contrôlée en temps réel avec un logiciel de Manufacturing Execution System (MES), installé grâce au soutien financier de l’Etat au titre du plan stratégique Smart Factory.

3 à 5 ans de retard sur l'industrie 4.0 européenne

"L’industrie coréenne a trois à cinq ans de retard dans le déploiement d’usines intelligentes par rapport à l’Europe, estime Donghun Oh, le directeur de l’usine Yongin de Shinsung E&G. Cela est notamment dû au fait que peu de sociétés coréennes proposent des technologies d’optimisation des process. Et les importer coûte cher. C’est pourquoi le gouvernement nous encourage à créer nos propres solutions. Beaucoup de sociétés sont venus visiter notre usine pour s’en inspirer."

Si les chaebols du pays, ces grands conglomérats tels Samsung et LG, ont les moyens d’accéder aux technologies d’optimisation de sociétés telles General Electric ou Siemens, les PME coréennes ont du mal à entrer dans cette transition, elles qui représentent pourtant 70% des emplois. C’est cette réalité qui a poussé Ulalalab à se positionner sur ce marché. Nichée au sixième étage du Centre pour l’économie créative et l’innovation d'Anyoang, à une vingtaine de kilomètres de Séoul, cette start-up a développé la solution WinFactory.

Technologie 100% locale

Le principe est simple : un kit de démarrage permet au client d’installer quatre types de capteurs sur ses machines (humidité, vibration, température et proximité), les données sont envoyées sur le serveur cloud d’Ulalalab, qui propose ensuite une analyse via un algorithme basé sur l’intelligence artificielle et des possibilités d’optimisation.

Une technologie 100% coréenne qui a déjà séduit une dizaine de PME du pays, mais aussi des usines Nike et Adidas en Indonésie et en Chine. Preuve qu’il est encore temps pour les entreprises coréennes de se positionner comme acteurs de la nouvelle révolution industrielle.

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