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L'Usine de l'Energie

"La COP21 a moins de risque de décevoir car elle est moins ambitieuse" pour l'économiste Thomas Sterner

Solène Davesne , ,

Publié le

L’économiste suédois, Thomas Sterner, devient à partir de cette semaine le titulaire de la chaire annuelle développement durable, environnement et énergie (financée par Total) au collège de France. Lors des journées de l’économie de Lyon, le chercheur spécialiste des instruments économiques pour le climat, défend la mise en place d’une taxe carbone

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L'Usine Nouvelle : Etes-vous optimiste sur l’issue de la COP 21 à Paris ?
Thomas Stern : On dira probablement que la COP 21 est un succès. A Copenhague, on espérait obtenir un accord équilibré et englobant sur le climat. Le résultat a été un échec. A Paris, on ne parle plus que de contributions individuelles volontaires. Il y a moins de risque d’être déçu car le but est moins ambitieux. Ceci dit, je ne veux pas paraitre trop critique. La conférence de Paris est un premier pas.
Il faudra ensuite que tout le monde se mette à nouveau autour de la table pour décider comment réduire suffisamment les émissions de CO2. Les contributions volontaires des Etats ne sont pour l’instant pas suffisantes et c’est normal. C’est un peu comme si on laissait le paiement des taxes au choix des contribuables. Pour qu’un pays accepte de réduire véritablement ses émissions, il faut qu’il sache que son voisin concède le même effort. Le problème réel, c’est que le temps presse. Je serais désespéré si on attendait encore six ans avant de se remettre autour de la table après la conférence de Paris.

Le débat sur la taxe carbone en France est enterré depuis l’échec de l’écotaxe. Faut-il abandonner le principe ? 
La taxe peut être un instrument très efficace même si l’acceptabilité est parfois difficile. En Suède, on a mis en place cette taxe carbone dans le cadre d’une réforme fiscale vaste. Dans les années 90, les taux marginaux de l’impôt sur le revenu étaient de près de 90 %. Ils ont été ramenés à 50 % et les taxes sur les grandes fortunes ont été allégées. Dans ce contexte, la mise en place d’une taxe carbone était moins douloureuse.

Mettre un prix au carbone est-il le plus efficace ?
C’est le plus simple. D’une certaine façon, les taxes sur l’essence sont une autre façon de le montrer. Très importantes en Europe, elles sont une autre façon de faire payer le carbone. Or on voit que la consommation d’essence a davantage baissée en Europe qu’aux Etats-Unis. Les constructeurs ont été incités à mettre au point des moteurs moins énergivores. Depuis la mise en place de la taxe carbone suédoise, on constate aussi dans les faits que la Suède a réduit l’intensité énergétique de son PIB. Le chauffage central pour le logement est très développé, avec des consommations en énergie moindre, les bâtiments sont mieux isolés. Le plus délicat reste l’industrie. En Suède, les secteurs qui ne sont pas soumis aux permis d’émissions européens payent une taxe réduite seulement. 

L’acceptation peut-elle progresser ?
La principale raison d'être optimiste tient au progrès technologique. Le développement du solaire double pratiquement tous les deux ans. Il ne faut pas oublier le jeu des lobbies. Jusqu’à récemment, ce sont surtout les lobbies pro-carbone qui s’exprimaient. A mesure que le secteur de l’énergie verte se développe et créé des emplois, on voit la montée de lobbies pro-taxe carbone. Cela permet de rééquilibrer la politique. Aux Etats-Unis, l’influence du secteur de l’énergie verte augmente aussi dans les contributions aux partis politiques. Cela influencera aussi la position américaine sur ce sujet. 

Propos recueillis par Solène Davesne 

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