La blockchain, une technologie à fort potentiel dans la santé

La blockchain n’en est qu’à ses balbutiements dans le secteur de la santé. Pourtant, cette technologie sécurisée permettrait aussi bien de protéger les données des patients que d’innover dans la fabrication des médicaments.

 

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La blockchain, une technologie à fort potentiel dans la santé
La blockchain permet de certifier et de protéger des données de santé.

Ce n’est pour l’instant qu’un phénomène mineur mais de grosses entreprises commencent à s’y intéresser. La blockchain, une technologie de stockage et de transmission d'informations sans organe de contrôle, est pour l’instant plus connue pour ses applications dans le domaine informatique ou pour son utilisation dans les cryptomonnaies comme le bitcoin.

Pourtant, elle pourrait avoir son rôle à jouer dans le secteur médical. En témoigne l’intérêt que leur portent certains poids lourds de l’industrie pharmaceutique. "À la fin de l’année dernière, Sanofi Ventures a pris une participation dans Curisium, une entreprise de Manhattan Beach en Californie, qui développe à cet effet une plateforme reposant sur la technologie de la blockchain", explique un porte-parole de Sanofi. Curisium est une compagnie d’assurance basée sur la technologie de la blockchain.

Mais le groupe français aimerait étendre cette technologie à la recherche médicale en elle-même. "Sanofi étudie la possibilité d’intégrer la technologie de la blockchain à différents secteurs de son activité", explique Milind Kamkolkar, directeur du développement de Sanofi. "La blockchain deviendrait alors un autre volet de la stratégie digitale de l’entreprise qui cherche à intégrer plus étroitement les technologies de l’information innovantes à ses activités de recherche et développement ainsi qu’à ses opérations commerciales."

Certifier les essais et tracer les médicaments

Cette technologie présente plusieurs intérêts, notamment dans l’élaboration d’essais cliniques, pour lesquels il faut certifier l’authenticité de nombreux documents. "La blockchain permet de le faire à moindre coût. Il suffit d’agréger les identités numériques des données dans un arbre. Et sur la blockchain, on n’ajoute que la racine de l’arbre. En temps normal, il faut payer pour chaque donnée certifiée. Là, elles sont toutes agrégées ensemble", explique Chloé Dru, spécialiste en santé chez Blockchain Partners. Une opération qui peut se faire via les bitcoins ou Ethereum, une plateforme où les coûts de transaction sont moins élevée.

A l’échelle industrielle, la blockchain permettrait aussi de mieux tracer les médicaments produits. Une initiative pas forcément nécessaire en Europe, où de multiples codes existent déjà pour authentifier et suivre un produit pharmaceutique. "En revanche, c’est très intéressant pour le continent africain, qui fait face à beaucoup de problèmes de contrefaçon. D’autant que la technologie peut intervenir dans chaque étape de la chaîne du médicament, de la fabrication au patient." Elle soulève toutefois une difficulté majeure, celle de réussir à mettre autour de la table tous les acteurs de la chaîne de production. "Ils ont souvent des intérêts divergents et peuvent se montrer méfiants."

Si elle peut sécuriser des documents, la blockchain a aussi son rôle à jouer dans la préservation de nos données de santé, très convoitées par les GAFA. "La blockchain ne sécurise pas les données en elle-même. Rien n’est stocké sur la blockchain. En revanche, elle permet de sécuriser l’accès à ces données", explique Chloé Bru. "Les Estoniens utilisent déjà une carte d’identité numérique. Elle se débloque grâce à une clé de sécurité et donne accès aux informations stockées sur un cloud ou un serveur, comme les ordonnances ou les examens de santé." La spécialiste explique qu’en France, un tel système serait difficile à mettre en place. "Il faudrait un système d’inter-opérabilité entre tous les systèmes. Celui de l’assurance maladie, celui de chaque hôpital, et même celui du Dossier médical partagé."

Une première initiative en France

C’est le défi qu’a voulu relever Adnan El Bakri. Cet urologue de formation a pour projet de créer un passeport de santé appelé le Passcare, qui fonctionnerait sur le modèle de la blockchain. "Aujourd’hui, l’information n’est pas partagée entre les différents acteurs de santé. Et le patient n’y a pas accès non plus", constate-t-il. Pour éviter que les malades n’arrivent en consultation avec leurs scanners à la main, sans réellement savoir ce que les praticiens de santé inscrivent dans son dossier médical, il propose de leur fournir une simple carte qui donnerait accès à tout leur historique.

3000 patients l’ont déjà utilisé sur une période de six mois. Le Passcare sera bientôt testé dans un groupement de pharmacies afin d’en améliorer la technologie. "Il pourra être ouvert de deux façons. Soit on flashe un code sur la carte et une webapp s’ouvre sur la tablette du pharmacien ou du médecin. Soit cela se fait avec une clé de cinq caractères reçue par le patient si le professionnel n’a pas de quoi scanner le code." Dans tous les cas, le patient est aux manettes et maîtrise ses données. Adnan El Braki affirme déjà avoir été approché par Google et IBM pour son projet. Preuve que la big data en santé cristallise l'intérêt de tous les acteurs du numérique.

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