L’Onera appelle l’Etat à la rescousse et demande 218 millions d’euros pour ses souffleries

L’organisme de recherche et de technologie aéronautique demande un plan de soutien de 218 millions d’euros pour moderniser des souffleries qui datent de l’après-guerre. En jeu : la capacité de la filière à proposer des innovations de rupture.

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L’Onera appelle l’Etat à la rescousse et demande 218 millions d’euros pour ses souffleries

Le centre de recherche n’a pas pour habitude de faire parler de lui. Si l’Office national d'études et de recherches aérospatiales (Onera) sort de sa réserve, c’est qu’il y a urgence, selon ses dirigeants. L’Onera demande un plan de soutien de 218 millions d’euros sur onze ans. Il sera soumis à l’Etat d’ici la fin de l’année. Pour se faire entendre, le centre faisait visiter à la presse les 17 et 18 novembre le site historique de Modane (Savoie), coincé dans les montagnes savoyardes, qui abrite l’une des plus grandes souffleries du monde.

La démarche est inédite. Le plan de soutien demandé vise en effet à moderniser 8 des 12 grandes souffleries de l’Onera, d’une valeur totale de 1,5 milliard d’euros, sur le territoire français. Elle est aussi soutenue directement par Marwan Lahoud, le président du Gifas, le syndicat qui regroupe les sociétés de l'industrie aéronautique. Si ces grandes souffleries sont toujours compétitives selon les dirigeants de l’Onera, ces équipements construits après la Seconde Guerre mondiale nécessitent d’être remises à niveau.

La recherche, ce n’est pas que du vent

Ce n’est pas la seule raison : l’Onera fait surtout face à un trou d’air historique. A l’instar des bureaux d’études qui ont participé aux développements des derniers grands programmes aéronautiques (A380, A400M et A350), l’Onera souffre aujourd’hui d’une baisse de charge brutale après douze années de forte activité. Ses souffleries permettent d’évaluer et de mettre au point les géométries des avions et des missiles, une phase très en amont dans un programme aéronautique. Or le secteur est entré dans une phase de production industrielle, et ne devrait pas lancer de nouveau programme avant une décennie.

"Le chiffre d’affaire de notre activité liée aux souffleries a été divisée par plus de deux en l’espace de quatre ans, passant de 45 millions d’euros en 2011 à 18 millions d’euros cette année, s'inquiète Bruno Sainjon, PDG de l’Onera depuis le mois de mai dernier. Ce n’est pas un message d’alerte mais de vigilance que nous lançons. Nous disons aux autorités qu’il ne faut pas oublier le rôle de la recherche fondamentale pour l’industrie aéronautique". Aujourd’hui les subventions de l’Onera, qui est un institut Carnot, représentent 40% d'un budget annuel d'environ 200 millions d’euros, le reste étant assuré par des contrats avec les industriels.

Pas de souffleries, pas d’innovations de rupture

Mal connu, le rôle des essais en souffleries est pourtant crucial. "La mécanique des fluides est incroyablement complexe et ces équipements nous permettent de tester via des maquettes l’aérodynamisme des appareils du futur", précise Patrick Wagner, directeur des grandes moyens techniques de l’Onera. Bardées de capteurs, les maquettes soumises à des vents de près de 1200 km/h enregistrent des millions de données, relatives à la déformation de chaque partie de l'appareil. Sans ces souffleries, pas de nouveaux avions, ni d’hélicoptères et de missiles. Et Patrick Wagner de souligner que tous les Airbus, tous les avions Dassault, tous les moteurs de Safran, tous les Mirage et autres missiles du groupe MBDA sont passés par la case Onera. Les dirigeants de l’Onera n’ont d’ailleurs cessé de marteler le rôle historique de ces équipements techniques méconnus.

Une manière de dire que sans aide financière, l’organisme ne pourrait bientôt plus assurer son rôle, ce qui menacerait à terme la capacité d’innovations de la filière française. "Si la simulation numérique a fait d’énormes progrès, les souffleries restent essentielles pour mettre au point des innovations de rupture", assure Patrick Wagner. Aujourd’hui occupée à maîtriser la hausse des cadences de production, la filière devra bien s’atteler à de nouveaux programmes dans les années 2020.

A la recherche de nouveaux programmes

"Les gains incrémentaux à espérer selon le schéma classique de conception actuel sont limités, assène Patrick Wagner. Pour vraiment augmenter les performances des appareils du futur, il va falloir changer leurs formes. Et pour cela, les souffleries sont incontournables". L’urgence est d’autant plus pressante qu’à l’étranger, avant tout aux Etats-Unis et en Chine, de nouvelles souffleries voient le jour qui pourraient peu à peu faire de l’ombre aux équipements de l’Onera, uniques par leurs tailles et leurs performances.

"Depuis la fin des essais concernant l’A350, je cherche de nouveaux clients, confie Patrick Wagner. Le pourcentage du chiffre d’affaires lié à des clients étrangers est passé de 20 à 50% en quelques années". Des prises de contact, voire des visites à la soufflerie de Modane, ont été effectuées avec des industriels comme le chinois Comac, le canadien Bombardier ou bien encore le brésilien Embraer.

Des programmes encore hypothétiques comme l’open rotor (moteur avec soufflante non carénée) ou un ATR de 90 places pourraient fournir dans les prochaines années un surcroît d’activité. Quant aux remotorisations que sont l’A320neo et l’A330neo, les bénéfices pour l’Onera sont nuls, tant les modifications restent sommaires en termes d’aérodynamisme. On apprend à demi-mot qu’un appareil Falcon de Dassault devrait lui aussi passer par les souffleries savoyardes en 2016, sans davantage de précisions. Mais ces programmes ne suffiront pas à alimenter la soufflerie. Seul un plan de soutien sera capable de fournir à l'Onera de l'oxygène.

A Modane, Olivier James

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