Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

Quotidien des Usines

L’industrie investit beaucoup... mais pas dans ses usines

Solène Davesne , , , ,

Publié le

France Stratégie et la Fabrique de l’industrie se sont penchés sur l'un des paradoxes de l’industrie française : elle investit plus que ses voisins européens mais a moins modernisé ses machines.

L’industrie investit beaucoup... mais pas dans ses usines
Les industriels français investissent plus que leurs voisins européens, contrairement aux idées reçues.
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Les industriels français investissent-ils mal ? Depuis 2012, la politique des gouvernements successifs a visé à regonfler les marges des entreprises, avec l’objectif in fine d’améliorer leur compétitivité hors coût. Avec peu d’effets visibles jusqu’ici. La balance commerciale reste catastrophique et les entreprises n’ont pas regagné de parts de marché à l’exportation. De quoi faire douter le Conseil national de l’industrie, l’instance chargée de représenter le secteur auprès des pouvoirs publics, qui a incité France Stratégie et le think tank La Fabrique de l’industrie de se pencher sur la question.

Un effort global plus élevé

L’étude publiée par les deux organismes bat en brèche plusieurs idées reçues. En réalité, les industriels français n’ont jamais cessé d’investir depuis vingt ans. Et ils concèdent même plus d’efforts dans ce domaine que la grande majorité de leurs voisins européens. Les industriels français ont consacré à l’investissement près de 25,7 % de leur valeur ajoutée, contre 24,1 % en Italie mais 19 % en Allemagne seulement. Seule la Suède affiche un taux plus élevé.

Mais cet effort sert peu à la modernisation des usines. Les industriels français investissent en proportion moins dans les machines et les équipements que l’Italie (15%) et l’Allemagne (8,5%). Depuis 2007, le taux d’investissement en machines a d’ailleurs reculé, de 7,9 % de la valeur ajoutée à 6,2 % en 2015. "Les entreprises investissent davantage pour renouveler et remplacer leurs vieilles machines que pour moderniser leurs équipements. Cela conduit à un degré de sophistication des nouveaux équipements moins élevé", pointe Rémi Lallement, l’un des co-auteurs de l’étude. Résultat : entre 2008 et 2013, le parc de machines a vieilli plus vite en France qu’en Allemagne. Le nombre de robots installés pour 100 salariés est près de deux fois plus important en Outre-Rhin qu’en France, même si le taux de robotisation reflète surtout le poids de l’industrie automobile, plus robotisée que les autres secteurs, dans l’économie allemande.

Des achats plus soutenus de logiciels

Où passe donc l’investissement des entreprises françaises ? Malgré la hausse des prix du foncier, les industriels tricolores ne dépensent pas plus en immobilier d’entreprises et en construction que leurs voisins européens. De la même façon, les dépenses de remises à niveau des équipements pour se conformer aux contraintes réglementaires sont grosso modo similaires des deux côtés du Rhin. En gros, les usines françaises ne sur-investissent pas dans des domaines improductifs.

L’écart se creuse en revanche sur les dépenses en investissement immatériel. Les industriels français dépensent beaucoup plus que leurs voisins en logiciels et base de données, avec un écart de près de 8 points de valeur ajoutée de plus par rapport à l’Allemagne par exemple. Et celui-ci se creuse. Depuis 2009, l’effort d’investissement en logiciel a progressé de 30 % en France, contre 13 % outre-Rhin  Le constat vaut aussi pour la R&D, de façon moins marquée. France Stratégie et la Fabrique de l’industrie n’écartent pas un possible biais statistique. La manière de comptabiliser les achats de logiciels, notamment lorsqu’ils sont externalisés, pourraient aboutir à une surévaluation des dépenses.

"Les retombées posent question"

Une autre explication tient à sa stratégie d’internationalisation des entreprises françaises. Les plus grandes, qui pèsent pour près 70 % de l’investissement total, privilégieraient en France les activités de conception et d’innovation, tandis que la production a été transférée à l’étranger. D’où la surpondération des investissements immatériels au détriment de ceux dans les processus de fabrication. A l’inverse, les industriels allemands misent davantage sur l’exportation depuis leur territoire national et investissent donc plus dans leurs processus de production à domicile. En gros, les investissements en France ne se traduisent pas nécessairement par davantage d’exportations de biens.

"Le bon critère pour juger de l’efficacité des investissements en France n’est pas forcément la productivité des usines et la compétitivité des produits made in France mais la profitabilité pour les entreprises. Les produits conçus en France et fabriqués ailleurs génèrent des profits qui sont rapatriés", souligne Rémi Lallement.  "Le constat qui se dégage est celui d’une France dont les entreprises réalisent un effort d’investissement globalement important mais dont la structure et les retombées posent question", conclut l’étude.  De quoi encourager les pouvoirs publics à cibler encore davantage leurs dispositifs de soutien à la modernisation de l'industrie. Ou à revoir ce qui n'incite pas à industrialiser sur le territoire : les taxes de production. Grand combat des industriels.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle