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"L'industrie doit jouer plus collectif", selon Philippe Varin

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Publié le , mis à jour le 02/02/2018 À 10H01

Philippe Varin, le président du conseil de surveillance d'Areva, est élu jeudi 1er février président de France Industrie. Dans une interview accordée à L'Usine Nouvelle en novembre 2017 il détaillait ses ambitions pour réunir tous les industriels, petits et grands.

L'industrie doit jouer plus collectif, selon Philippe Varin
Philippe Varin, président du conseil de surveillance d’Areva

L'Usine Nouvelle - Vous allez prendre la tête de France Industrie en janvier, qui réunit le Cercle de l’industrie et le Groupe des fédérations industrielles. Est-ce que cela veut dire que l’industrie n’était pas assez audible ?

Philippe Varin - Sa représentation est trop morcelée. Le Cercle de l’industrie représente les grandes entreprises. Le Groupe des fédérations industrielles (GFI) est, lui, largement centré sur les préoccupations des PME et des ETI et les grandes entreprises y sont moyennement actives. On peut aussi ajouter le Conseil national de l’industrie, qui est l’instance de dialogue entre l’État, les industriels et les syndicats. Pour le gouvernement, qui cherche à avoir des interlocuteurs représentatifs de l’industrie, cela rend les discussions très complexes. Or, je l’ai constaté lors de la dernière campagne présidentielle : chacune de ces entités porte finalement des recommandations très similaires. Le regroupement permettra de parler d’une voix plus forte. L’objectif, c’est de gagner le poids que peut avoir le Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI) en Allemagne ou la Confindustria en Italie.

Quel message voulez-vous porter ?

L’industrie doit jouer plus collectif. La compétitivité n’est plus uniquement celle de l’entreprise, mais celle d’une filière dans son ensemble. Les plates-formes numériques sont devenues par exemple un outil indispensable, qui nécessite que les différents acteurs d’une filière se mettent d’accord sur un standard, un logiciel commun. Mener des programmes de R & D en commun a aussi un vrai sens. Je l’ai vécu dans l’automobile avec le lancement du programme du véhicule 2 litres aux 100 kilomètres, qui réunissait aussi bien des grands donneurs d’ordre que les sous-traitants. Les têtes de filières doivent jouer leur rôle. On entend souvent dire qu’il faut chasser en meute à l’international. Mais si les industriels travaillent déjà ensemble en France, les choses se feront naturellement à l’étranger. Aujourd’hui, des fédérateurs de filières à l’export sont nommés par le ministre des Affaires étrangères. Je pense que c’est aux industriels de les désigner en leur sein.

L’industrie vous semble-t-elle désormais assez prise en compte ?

Une France sans usines serait au mieux une utopie, au pire une catastrophe économique. Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et le pacte de responsabilité ont commencé à redresser la situation, même si une grande partie des 40 milliards d’euros engagés n’ont fait que corriger le matraquage fiscal du début du quinquennat précédent. Les mesures prises d’ores et déjà par le nouvel exécutif permettent de mettre fin au décrochage de l’industrie, mais il faut maintenant aller beaucoup plus loin. Cela nécessite un sursaut collectif. Nous avons actuellement une vraie opportunité : l’État est prêt à jouer son rôle et à prendre sa part dans les efforts structurels, ce qui est objectivement nouveau à cette échelle-là. Mais il demande aussi à l’industrie de tenir le sien. Nous ne sommes pas dans le « tout État » ou le « tout entreprise ».

Comment entendez-vous réconcilier les Français avec l’industrie ?

En étant unie, l’industrie sera capable de mieux communiquer. Elle aura aussi plus de moyens pour le faire. Le label French Fab, par exemple, qui a été lancé par Bpifrance, peut être porteur d’une adhésion similaire à celle de la french tech. Nous pouvons aussi profiter du fait que de nombreux députés ont désormais une expérience dans l’entreprise, ce qui est nouveau. Ils sont demandeurs de rencontres et nous allons pouvoir échanger utilement avec eux. L’importance croissante de l’apprentissage sera aussi un facteur de rapprochement entre l’industrie et le grand public.

L’industrie française tarde à se moderniser. Quel diagnostic portez-vous ?

Je suis le premier à me réjouir de l’embellie conjoncturelle actuelle. Mais n’oublions pas la tendance lourde : la part de l’industrie dans le PIB est passée de 16,5 % en 2000 à 12,5 %, tandis qu’elle est restée à 23 % en Allemagne. Nous avons aussi en partie raté le virage de la robotique. Cette situation de décrochage est d’autant plus frustrante que nous avons des bases solides. Nos grandes entreprises, dans l’automobile, l’aéronautique, le développement urbain notamment se portent très bien. Notre autre force tient à la compétence de nos ingénieurs et chercheurs, rendus compétitifs par le crédit d’impôt recherche et à la vitalité de notre tissu de start-up.

Qu’attendez-vous du gouvernement pour redonner de l’élan à l’industrie ?

Nous soutenons les dispositions adoptées sur le marché du travail. La dynamique est là. La réforme à venir de la formation aura un impact important dans la durée. Nous sommes aussi satisfaits de la baisse de la fiscalité sur le capital. Mais il reste un angle mort avec le problème des taxes de production. Or, ces impôts représentent à eux seuls 70 milliards d’euros de handicap par rapport à l’économie allemande.

La transformation du Cice vous convient-elle ?

Nous avons toujours réclamé une baisse de charges pérenne, donc nous sommes satisfaits, même si le mode de calcul est moins avantageux pour les entreprises. Mais il reste un problème de cohérence à limiter les allégements à 2,5 fois le smic, si le projet de la France est de s’orienter vers l’industrie à haute valeur ajoutée et donc des salaires plus élevés. Je me réjouis que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ait déclaré réfléchir à cette question.

Déplafonner le crédit d’impôt recherche comme le propose Bruno Le Maire serait-il utile ? Cela ne profitera-t-il pas davantage aux grands groupes ?

Si on peut faire plus de recherche en France, parce que les grandes entreprises déplafonnent leur crédit d’impôt recherche, je ne vois pas pourquoi il faudrait s’en priver. N’oublions pas que ce sont les grandes entreprises qui tirent la R & D en France.

Le gouvernement a aussi annoncé la nomination d’un haut-commissaire à la réindustrialisation…

Je ne peux pas anticiper sur des décisions qui vont être prises. De façon générale, l’État est en train de réfléchir à l’organisation la plus efficace possible pour les filières et à une simplification des aides à l’innovation. Sur les quatorze comités de filières, certains fonctionnent bien, d’autres pas du tout. C’est aux industriels avant tout d’en tirer les conclusions lorsque l’une d’entre elle ne marche pas.

Bruno Le Maire veut accélérer les cessions de participations. Faut-il revoir le rôle de l’État actionnaire ?

Il y a des domaines régaliens où on n’imagine pas des investisseurs privés intervenir. Et puis, des cas spécifiques : chez PSA, la montée de l’État au capital avait été une condition pour la participation de Dongfeng. Mais l’État n’est pas toujours le mieux placé pour gérer sur le long terme. Chacun doit savoir ce qui ressort de sa responsabilité. C’est très différent au Royaume-Uni, où l’État n’intervient absolument pas dans les affaires des entreprises. Quand j’étais CEO de Corus entre 2003 et 2009, j’étais allé voir la ministre de l’Industrie. Je lui avais expliqué que l’acier était un secteur stratégique. « You are not in France », m’avait-elle, répondu quand elle avait compris que l’entreprise avait besoin d’argent. Je ne dis pas que le Royaume-Uni est un modèle, mais je constate que la part de l’industrie dans son PIB est maintenant au même niveau que celle de la France.

STX, Alstom… Plusieurs grands groupes industriels sont passés sous pavillon étranger ces derniers mois. Y a-t-il une crise du capitalisme à la française ?

Je ne me réjouis pas de voir des sièges sociaux quitter la France. Mais faire la liste des sociétés françaises rachetées sans regarder les acquisitions que réalisent les entreprises françaises à l’étranger est une faute de raisonnement : voyez les récentes acquisitions à l’étranger de PSA, Air liquide, Suez, et bien d’autres. C’est une bonne chose que soient créés des groupes européens. Des concurrents d’un nouveau style sont en train d’émerger, notamment en Asie, et il est important d’avoir des acteurs européens avec la taille et la capacité de réaction suffisante pour faire face à ces nouveaux compétiteurs. Nous avons longtemps été critiques des autorités de la concurrence européenne, lorsqu’elles empêchaient les concentrations pour aujourd’hui protester lorsque celles-ci ont lieu.

On a le sentiment que ces cessions sont malgré tout le résultat d’échecs stratégiques successifs…

Une société qui s’écarte de ses racines, de son savoir-faire pour occuper d’autres territoires le paye un jour. La création de valeur durable est dans ses compétences et son histoire. Regardez Areva : je pense que céder l’activité éolienne offshore avait du sens, car celle-ci n’avait pas d’avenir au sein d’une entreprise qui n’a pas les compétences ni la taille pour développer cette activité. Il faut être fort dans son cœur de métier.

Emmanuel Macron veut renforcer la participation des salariés. Y êtes-vous favorable ?

Lorsque nous avons négocié l’accord de compétitivité chez PSA, les salariés savaient que la situation serait difficile pendant trois ou quatre ans, mais nous avions négocié un retour à meilleure fortune. Depuis deux ans, les salariés en voient les premiers bénéfices. La même chose a été faite chez Areva. Je suis favorable à ce que les salariés aient un intérêt aux résultats de l’entreprise. Ce sujet doit effectivement être à l’ordre du jour et il y a plusieurs moyens de le mettre en place, que ce soit via la participation, l’intéressement ou l’actionnariat salarié.

Et avoir une meilleure représentation des salariés dans les conseils d’administration ?

Il n’y a pas forcément une solution unique. En France, nous sommes encore trop dans une culture d’affrontement, même si nous sommes en train d’évoluer. Et toutes les entreprises n’ont pas le même niveau de travail collectif. Dans mon expérience personnelle, je n’ai jamais regretté d’avoir des représentants de salariés autour de la table du Conseil, mais s’il faut viser une plus grande implication des salariés, ce n’est peut-être pas à ce stade la priorité de l’imposer. 

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