L’industrie court après son futur

Le gouvernement a lancé son plan d’action pour accélérer la transformation numérique des PME industrielles. 500 millions d’euros vont y être investis.

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L’industrie court après son futur
Au siège de Dassault Systèmes, le gouvernement a lancé son plan d’action pour accélérer la transformation numérique des PME industrielles.

Casques augmentés sur les yeux, des salariés de Dassault Systèmes présentent une démonstration de formation en réalité virtuelle. Le Premier ministre Edouard Philippe a choisi de se rendre au siège du groupe, l’un des champions français de l’industrie du futur, à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), pour présenter ses mesures incitant les entreprises à se moderniser.

Derrière la vitrine des grands groupes, bien engagés dans la transformation numérique, la réalité est moins rose. Malgré la prise de conscience ces dernières années des enjeux de la robotisation et à la numérisation des processus de production depuis quelques années, la France reste encore à la traîne dans la course mondiale.

"Depuis 2013, notre compétitivité coût s’est redressée", constate le Premier ministre Edouard Philippe mais "nous avons perdu en compétitivité hors-coût" en partie à cause "d’un outil de production de mauvaise qualité". En 2016, les usines françaises ont certes profité d’une entrée en force de nouveaux robots, en hausse de 39 % sur un an, selon la Fédération internationale de la robotique.

Bien mais insuffisant encore pour combler le retard accumulé. La France compte 132 robots pour 10 000 salariés dans l’industrie, contre 122 en 2012. Mais dans le même temps, l’Allemagne et l’Italie sont allés plus vite et ont continué à creuser l’écart. Résultat: le taux de robotisation allemand frise les 309 robots/10 000 salariés et 185 côté transalpin.

Se concentrer sur les PME

Pour accélérer le virage numérique de l’industrie, le gouvernement entend concentrer ses efforts sur les PME, le maillon faible. Et a prévu d’y consacrer 500 millions d’euros, dont la moitié pour sa mesure phare, le retour du sur-amortissement pour les investissements dans des équipements industriels. Le gouvernement a décidé de réactiver le dispositif fiscal, déjà testé entre avril 2015 et avril 2017 et largement plébiscité par les industriels. Pendant deux ans, à partir de janvier 2019, les entreprises pourront déduire 40 % de leurs dépenses de leurs impôts, soit une économie nette de 11 % sur les investissements, selon Matignon.

Le dispositif est toutefois plus ciblé que la précédente version et seules les PME et certains investissements en robotique et en numérique (équipements de réalité augmentée, capteurs connectés et les machines à commande numérique entre autres) seront concernés, même si Bercy doit encore finaliser le périmètre. "Nous ne sommes pas des supporteurs des niches fiscales, mais c’est un signal extrêmement important pour faire progresser la numérisation de l’industrie", se félicite Philippe Varin, le président de France industrie.

Malgré les effets d’aubaine, les industriels soulignent que le sur-amortissement avait porté ses fruits en 2016, en faisant redémarrer l’investissement dans un contexte de reprise économique vacillante. Même si les indicateurs économiques sont désormais au vert, "l’industrie a besoin d’un soutien pour rattraper son retard de modernisation des usines", estime Bruno Grandjean, le président de l’Alliance pour l’industrie du futur, qui regrette que ETI et grands groupes soient exclus du sur-amortissement.

Renforcer les dispositifs existants

En amont, le gouvernement prévoit surtout de renforcer les dispositifs déjà existants pour évangéliser les PME. Alors que l’Alliance pour l’industrie du futur a piloté 5 200 audits, financés par les régions, dans des PME industrielles depuis 2015, l’Etat entend sensibiliser 10 000 PME supplémentaires d’ici 2020, avec du "porte à porte de masse". En tout, 80 millions d’euros du grand plan d’investissement seront débloqués à cet effet. Les vitrines, qui valorisent les meilleurs exemples d’industrie du futur, devraient passer de 40 à une centaine au moins.

Par ailleurs, 70 millions d’euros vont être mis sur la table pour inciter les 16 filières industrielles représentées au Conseil national de l’industrie à se doter de plateformes numériques, favorisant la mutualisation et les échanges entre grands groupes et sous-traitants. En la matière, seules deux filières, l’aéronautique, avec BoostAerospace, et l’automobile, se sont d’ores et déjà dotées d’outils communs.

Dernière mesure : le gouvernement prévoit la création d’une vingtaine de centres d’accélération pour diffuser plus largement l’industrie du futur sur tout le territoire, reprenant la proposition de l’institut Montaigne. Un rapport, remis fin novembre, devrait en préciser les contours. Mais l’enjeu est de regrouper et de remettre de l’ordre entre les différentes structures déjà existantes et atomisées, sur le modèle de ce qu’ont fait l’Allemagne et les Etats-Unis. "Ce qui est important, c’est que les pouvoirs publics ne considèrent plus le numérique comme un secteur à côté de l’industrie. Il est au cœur de celui-ci", approuve Bernard Charlès, le directeur général de Dassault systèmes et l’un des rédacteurs du rapport Montaigne.

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