Technos et Innovations

[L’industrie c’est fou] Une micro-éponge facilite le recyclage de l’huile de cuisson en agrocarburant

Simon Chodorge , , , ,

Publié le

Des chercheurs australiens ont présenté en octobre une innovation prometteuse pour la chimie verte. Avec une éponge microscopique, ils souhaitent simplifier le recyclage de l’huile alimentaire usagée en agrocarburant.

[L’industrie c’est fou] Une micro-éponge facilite le recyclage de l’huile de cuisson en agrocarburant
Cette innovation pourrait rendre les bains de friture un peu moins agressifs pour l'environnement.
© Chmee2 / CC-BY 3.0

De la friteuse au réservoir. En Australie, des chercheurs se sont intéressés au recyclage de l’huile de cuisson usagée. Ils ont présenté fin octobre une éponge microscopique capable de simplifier la valorisation de vos bains de friture en agrocarburant. Pourrons-nous bientôt préparer du cordon bleu et du poulet frit sans culpabiliser ?

Dépasser les contraintes du recyclage actuel

Les amateurs de cuisine le savent : le recyclage des huiles alimentaires en agrocarburant existe déjà. La loi française interdit de jeter l’huile de cuisson dans les ordures ménagères ou de le réseau des eaux usées. En théorie, les personnes et les entreprises consciencieuses récupèrent l'huile pour la déposer en déchetterie ou pour la confier à des services de collecte dédiés.

Toutefois, avec les technologies actuelles, le recyclage de l’huile de cuisson requiert beaucoup d’énergie et il existe de fortes contraintes technologiques. “Les méthodes de production commerciales ne peuvent traiter que des matières alimentaires pures contenant 1 à 2 % de contaminants”, écrit dans un article le RMIT, l’Institut royal de technologie de Melbourne (Australie). À prix réduit, leur éponge pourrait quant à elle traiter une huile comportant jusqu’à 50 % de “contaminants”.

Une éponge en céramique

Pour ce faire, l’équipe de chercheurs a utilisé une éponge de taille microscopique en céramique. Ce matériau est déjà utilisé dans d’autres secteurs. On le retrouve dans les pots d’échappement des voitures ou même dans un projet de masque innovant made in France.

Ultra-poreuse, l’éponge est 100 fois plus fine qu’un cheveu et comporte différents composés actifs. “Les molécules entrent d'abord dans l'éponge par de grands pores, où elles subissent une première réaction chimique, puis passent dans des pores plus petits où elles subissent une seconde réaction”, explique le RMIT. “C'est la première fois qu'un catalyseur multifonctionnel a été développé, capable d'effectuer plusieurs réactions chimiques en séquence dans une seule particule de catalyseur”, ajoute-t-il. Autrement dit, l’innovation permet de réduire considérablement le nombre de manipulations nécessaires pour valoriser l’huile de cuisson.

 

 

(Un visuel de l'éponge en céramique, grossi 20 000 fois. Crédit : RMIT)

Cette technique s’inspire de nos propres catalyseurs naturels : les enzymes. Les enzymes permettent d’accélérer les réactions chimiques dans notre organisme pour contribuer à plusieurs fonctions essentielles du corps humain : la digestion, la dégradation de substances toxiques, le fonctionnement du coeur. “Notre approche bio-inspirée s’inspire des catalyseurs naturels – les enzymes – pour développer une manière puissante et précise de réaliser des réactions multiples dans une séquence déterminée”, explique Karen Wilson, co-autrice de l’étude.

Un coût de fabrication faible

L’éponge présente un coût de fabrication faible puisqu’elle n’utilise pas de métaux précieux. Selon les chercheurs, l’invention pourrait être particulièrement utile dans des pays en développement où le diesel est encore utilisé pour alimenter des générateurs électriques.

À terme, le RMIT imagine d’autres applications : transformer les déchets agricoles, les vieux pneus ou même les algues en carburant pour avion.  "Nous espérons également élargir la gamme des réactions chimiques pour inclure une activation de lumière et d’électricité pour des technologies de pointe comme la photosynthèse artificielle et les piles à combustible", projette Adam Lee, l’un des co-auteurs de l’étude.

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