Technos et Innovations

[L’industrie c’est fou] La start-up française Interstellar Lab développe (vraiment) des villages autonomes pour la Terre et l'espace

Simon Chodorge , , , ,

Publié le

Images Interstellar Lab dévoile ce 21 novembre un projet de village autosuffisant inspiré des technologies du secteur spatial. Hébergée à Station F (Paris), la start-up française veut se faire une place dans le secteur du New Space.

[L’industrie c’est fou] Le français Interstellar Lab développe des villages autonomes pour la Terre et l'espace
Après quelques mois d’existence discrète, Interstellar Lab a présenté son projet Ebios, pour “experimental bioregenerative station”.
© Interstellar Lab

De Paris à la Californie, puis des États-Unis… à Mars ? Jeudi 21 novembre, Interstellar Lab dévoile son projet de village autosuffisant. En s’inspirant des technologies du secteur spatial, la jeune entreprise française souhaite concevoir des habitats terrestres innovants. À terme, elle imagine l’installation de bases spatiales sur la Lune et sur la planète rouge, dans le sillage de la NASA et de SpaceX. 

Qui est Interstellar Lab ? 

Installée à Los Angeles (en Californie, aux États-Unis) et au campus parisien Station F, Interstellar Lab a été fondée en septembre 2018 par Barbara Belvisi. Un nom connu de la French Tech. Avant d’investir le New Space, cette entrepreneuse a co-fondé Hardware Club, un fonds de capital-risque spécialisé dans l’électronique et la robotique. Elle a également contribué aux lancements de l’incubateur The Family et du Hello Tomorrow Challenge, un événement dédié aux “deep tech”

Aujourd’hui, la start-up compte une équipe internationale de sept personnes. Elle souhaite recruter dix autres salariés pour s'enrichir de profils d’ingénieurs mécaniques, de designers produits et d’ingénieurs en agronomie. 

Développer des habitats bio-régénératifs

Après quelques mois d’existence discrète, Interstellar Lab a présenté son projet Ebios, pour “experimental bioregenerative station”. Dès 2021, l’entreprise souhaite ouvrir un “habitat terrestre bio-régénératif”, dans le désert de Mojave, en Californie, à proximité des grands acteurs américains qui rêvent de tourisme spatial et de colonies martiennes. 

Qu’est-ce que l’habitat bio-régénératif ? “Ce sont des systèmes où il n’y a pas de déchets, explique à L’Usine Nouvelle Barbara Belvisi. Tout est recyclé et réutilisé grâce à l’intégration de solutions hardware et software, et en remettant la biologie au coeur du système.” 

En somme une station zéro déchet, qui produit ses propres aliments, avec une empreinte carbone neutre et conçue en circuit fermé. “L’idée est de se poser la question : comment arriver à construire sur un terrain vague, sans eau courante, sans électricité et où il n’y a pas de nourriture”, complète l’entrepreneuse. 

“Nous allons utiliser des technologies qui sont déjà disponibles. Notamment sur le traitement des eaux avec des filtres à charbon actif ou des systèmes de désinfection par ultraviolet”, poursuit la fondatrice d’Interstellar Lab. La jeune pousse a aussi développé ses propres technologies : notamment un système de traitement et de purification des eaux usées grâce aux plantes. L’entreprise souhaite aussi étudier l’utilisation des technologies d’impression 3D pour construire ses bâtiments. 

Une station de 105 personnes

En Californie, Interstellar Lab imagine une station de 70 000 mètres carrés capable d’accueillir 105 personnes. Sur les plans de la start-up, l’architecture évoque des pétales de fleurs où les logements entourent des serres en forme de sphère. Le village californien devrait compter également un centre d’entraînement pour astronautes, un pôle scientifique et un pôle artistique. Cette première station pourrait représenter un coût d’environ 30 millions d’euros même si le montant est susceptible d’évoluer. 

Avant d’envisager des stations spatiales, Interstellar Lab pense à installer dix stations sur la Terre. La deuxième pourrait être implantée en Floride et la troisième voir le jour en Europe. L’entreprise entend s’y prendre progressivement avant de développer une architecture complètement fermée. La première station californienne devrait donc encore dépendre de l’extérieur dans une moindre mesure, notamment pour l’air. 

“Nous développons des systèmes dont nous avons vraiment besoin”

Des serres et des logements sur la Lune ou Mars, est-ce bien sérieux ? Elon Musk, le fondateur de SpaceX, a déjà mentionné la possibilité d’une base martienne en 2028. La NASA envisage plutôt une première mission humaine en 2033. Un objectif déjà considéré comme très ambitieux par les industriels du secteur. 

Si la colonisation de l’espace reste un rêve lointain, Interstellar Lab défend un autre intérêt : valoriser les retombées technologiques sur Terre de l’exploration spatiale. “Nous développons des systèmes dont nous avons vraiment besoin aujourd’hui”, argumente Barbara Belvisi. 

Côté financement, Interstellar Lab a mené une première levée de fonds auprès de business angels. L’entreprise reste discrète sur le montant mais précise les noms de deux investisseurs : Bruno Maisonnier, fondateur d’Aldebaran (l’ancêtre de SoftBank Robotics Europe) et d’AnotherBrain et Charles-Édouard Bouée, ancien patron du cabinet de conseil Roland Berger.

Une nouvelle levée de fonds pourrait suivre l'an prochain. Barbara Belvisi reste lucide quant à la suite de l’aventure : “Les villages sont à la fois destinés à la science et au grand public. Les visiteurs vont pouvoir passer une semaine chez nous et choisir leur mission : formation astronaute, agriculture… Nous avons un modèle commercial semblable à celui d’un centre de vacances pour générer de la trésorerie et du revenu. Par ailleurs, nous pourrons être amenés à revendre les technologies que nous développons.”

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