L'indispensable stratégie gaz

Fin juin, en plein débat sur le projet de loi de transition énergétique, l'UIC pointait l'absence de stratégie gaz. Et avait promis de soumettre des propositions rapidement, ce qui a été fait la semaine dernière.

Les mesures urgentes sollicitées s'articulent en quatre points. Les chimistes en France réclament d'abord d'explorer le potentiel du pays en hydrocarbures, notamment non conventionnels, et de statuer sur l'intérêt économique des réserves. Le second volet porte sur les enjeux de compétitivité des gazo-intensifs. Sur ce thème, l'UIC demande une réduction des coûts de transport dédiée, une valorisation des capacités d'effacement, une unification du marché national du gaz pour en finir avec le différentiel nord/sud, et une fiscalité énergétique adaptée au gaz utilisé comme matière première. Troisième enjeu : le renforcement de la compétitivité du marché, un volet qui demande la possibilité pour les industriels de négocier seuls ou en consortium des contrats à long terme d'approvisionnement, et un meilleur accès au gaz naturel liquéfié, par exemple via des traités bilatéraux avec des pays producteurs. Enfin, le quatrième volet porte sur le développement du gaz naturel renouvelable via le biométhane et la méthanation (production de gaz naturel à partir d'électricité et de CO2).

« Certains secteurs sous pression, voire en péril »

Pour asseoir son propos, l'UIC a publié les résultats d'une étude confiée au cabinet Carbone 4 sur les enjeux économiques des hydrocarbures non conventionnels pour la chimie en France. Sans surprise, l'étude constate un déficit flagrant et durable de compétitivité entre l'Europe et les États-Unis sur le gaz depuis l'explosion de l'exploitation des gaz de schiste outre-Atlantique. Avec des prix américains de 3 à 4 $ le million de BTU contre de 12 à 13 $ en Europe, l'effet est radical sur certains secteurs, mis de facto sous pression, voire en péril. Le delta entre les prix américain et européen pour le polyéthylène est ainsi de 400 €/tonne, de 300 €/t pour le PVC, et de 100 €/t pour l'ammoniac. Ce qui représenterait des coûts, respectifs, de l'ordre de 800, 450 et 160 M€ par an pour combler les écarts de compétitivité actuels. L'UIC s'inquiète en particulier de la filière éthylène, laquelle pourrait être très durement impactée à très court terme. Au final, 10 000 emplois directs et une trentaine de sites se trouvent menacés en France.

De ce constat, l'étude tire quatre scénarios. Le premier, celui de l'inaction, imagine des répercussions dramatiques pour les filières éthylène, ammoniac et chlore/soude, qui rendraient les « installations de production des grands intermédiaires chimiques en France parmi les moins compétitives au monde ». Le deuxième scénario se base sur des contraintes de financement aux États-Unis et à une fin de la surproduction d'éthane qui ferait remonter son prix. Dans ce cas, la filière oléfines en Europe pourrait souffler, mais l'écart de compétitivité perdurerait pour l'ammoniac, tandis que celui de la filière chlore/soude continuerait de s'aggraver. Le troisième scénario mise sur une révolution des gaz de schiste en Europe. Celui-là ne serait pas suffisant pour contrer une nécessaire restructuration de la filière oléfine européenne, basée sur naphta et non sur éthane, mais l'écart de compétitivité s'améliorerait pour l'ammoniac et se stabiliserait pour le chlore/soude. Enfin, l'ultime scénario esquisse des politiques volontaristes françaises et européennes visant à la fois à protéger les industriels intensifs en énergie et à favoriser un modèle économique bas carbone. En réalité, une combinaison des trois derniers scénarios serait probablement l'idéal. Et elle semble urgente.

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