L'incroyable projet de Bercy qui va rendre verts les gilets jaunes

[Poisson d'avril] Bercy aurait trouvé un moyen très astucieux de réduire le déficit grâce à une nouvelle taxe qui en année pleine rapporterait près d'un milliard d'euros. Mais le président n'a pas l'air convaincu, les économistes sont divisés, et des députés voudraient créer des niches fiscales. Récit d'une note hallucinante qui pourrait bientôt signer la fin du gilet jaune sur nos routes. 

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L'incroyable projet de Bercy qui va rendre verts les gilets jaunes
©JC Tardivon/MAXPPP - © JC Tardivon / Maxppp - Cote-d'Or, Dijon, 23/03/2019 - Acte 19 avec une manifestation de gilets jaunes dans le centre-ville de Dijon. Inscription there is no planet B Yellow jacket protest on march 23rd 2019 in France

"Ils osent vraiment tout à Bercy", se serait emporté le président de la République, parodiant Michel Audiard, le réalisateur des Tontons flingueurs, film-culte de l’hôte de l’Elysée. D’habitude maître de ses nerfs autant que des horloges, l’époux de Brigitte Macron est tombé dans une colère noire en lisant une note rapportée par son conseiller à l’économie, note émanant du ministère de l’Economie dans le quartier de Bercy à Paris.

Mais avant d’en dévoiler le contenu, il faut revenir sur le contexte économique de ce printemps 2019. L’équation budgétaire reste un véritable casse-tête pour le gouvernement. Et ce n’est pas la croissance de 2018 à 1,6 % plutôt que 1,5 % qui y changera grand-chose. Le déficit public et la dette publique restent à des niveaux élevés. Le gouvernement est au pied du mur : il doit réussir à juguler la dépense, tout en réduisant la dette et sans augmenter la pression fiscale. Aussi bien à Bercy, Matignon qu’à l’Elysée, on se souvient que les mouvements observés à l’automne et durant tout le l’hiver sur les ronds-points français sont nés de l’annonce d’une taxe.

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La révélation que Bercy travaille à une taxe sur le gilet fluorescent a donc tout du bâton de nitroglycérine. Nous sommes en mesure de vous le révéler : c’est la direction générale du Trésor qui a été à la manœuvre. Investis par Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, leurs ministres de tutelles, les fonctionnaires ont été priés de trouver de nouvelles recettes et, tel Christophe Colomb découvrant le Nouveau monde, ils sont arrivés indirectement à leurs fins. "Il y a en France 33 millions de véhicules particuliers et autant de gilets fluorescents. Et on ne paie que la TVA sur ce gilet", explique Céline Z… haute fonctionnaire de Bercy qui a travaillé sur ce projet top secret. D’où l’idée particulièrement astucieuse, prouvant la dextérité intellectuelle de la haute administration : en taxant le gilet fluorescent, c’est l’assurance de trouver 33 millions de contribuables. Sauf qu’aujourd’hui tous les Français sont équipés de gilets jaunes.

Il en faut plus pour décourager les hauts fonctionnaires de Bercy. Une astuce a vite été trouvée : il faut rendre le gilet jaune obsolète en décrétant le port d’un gilet vert obligatoire, gilet vert qui sera surtaxé. "Un gilet vert c’est super, s’est aussitôt enthousiasmé Daniel Cohn Bendit qu’on sait pourtant proche d’Emmanuel Macron. Ainsi l’automobiliste fera savoir qu’il est écolo et chaque fois qu’il enfilera son gilet il se souviendra que son automobile est un problème majeur. Et qu’on vienne pas me dire que c’est un truc de bobos, parce que la terre c’est notre avenir je le disais encore à Nicolas Hulot la semaine dernière, en regardant un match de foot….." (on n’a pas tout écouté).

Daniel Cohn Bendit veut donc imposer un amendement pour que le nouveau gilet soit fabriqué en coton bio et made in France. Outre l'effet d'image, ce choix augmentera la valeur marchande du nouveau gilet, et donc le montant des taxes. Une vraie mine d'or... Certains députés LREM voudraient que les Français nécessiteux, gagnant moins de 7 500 euros par mois, soient exonérés de cette taxe qui leur serait versée via un trop plein sur l'impôt sur le revenu, qui viendrait en déduction du prélèvement à la source sur les six premiers mois de l'année, tandis que les contribuables exonérés recevraient un chèque "gilet" en déduction de leur prime pour l'emploi, minorée toutefois du montant de leurs aides aux logements. Ce afin de maintenir un peu de justice fiscale.

Bio ou pas, avec ou sans exonération pour les plus fragiles, obliger les Français à s’équiper contribuera à relancer la consommation des ménages et fera rentrer de l’argent dans les caisses de Bercy. Les recette attendues sont entre 100 et 300 millions d’euros, selon la qualité du gilet envisagée. La note a été approuvée et transmise. Et à Bercy, certains ignorant le courroux de Jupiter, réfléchissent déjà à repeindre en noir les triangles de signalisation avec le même objectif : provoquer un renouvellement et faire entrer de l’argent dans les caisses. "Le détecteur de fumée pourrait bientôt devenir obligatoirement arc en ciel", nous a confié un inspecteur de finances tout de gris vêtu, "il faut faire un geste pour les LGBT+".

En attendant, le débat économique pointe et la polémique n’est pas loin. Sylvie Lafleur, membre du collectif des économistes approximatifs, n’a pas attendu longtemps pour réagir devant une caméra qu'elle voit plus souvent que ses étudiants : "Une fois encore ce gouvernement prouve qu’il n’a rien compris aux enjeux économiques et sociaux. Il est urgent de relancer la consommation des ménages en offrant à tout le monde des gilets violets qui seraient financés via la dépense publique qui seule assure la croissance à long terme".

De quoi faire réagir son collègue Robert Dulong, du think tank "Economie suffisante et déconnectée du réel", lui aussi davantage agrégé de BFM que de l'Université : "Bercy a une très bonne idée. Il n’y a que le signal prix qui est opérant quand on maîtrise la dérivée seconde et l’optimisation sous contrainte en dynamique poussée, ce qui, croyez-moi, n’est pas vraiment le cas des économistes approximatifs. Tout ça pour vous dire que l’idée est bonne. Tout le reste, c’est du blabla". Avant de nous confier "si vous pouviez faire passer l’idée qu’un gilet anglais serait plus élégant dans votre article. On ne ressemble vraiment à rien avec ces trucs jaunes, où on ne peut même pas glisser une montre à gousset."

Qui gagnera la bataille ? Personne ne le sait encore. Après son emportement initial, le président Emmanuel Macron se serait laissé convaincre par ses visiteurs du soir, Stéphane Bern et Line Renaud, toujours très écoutés. Le spécialiste de l’anachronisme historique et la chanteuse pré yéyé, ont insisté : "il faut changer la couleur des gilets jaunes", Line Renaud s’est même engagée à chanter une chanson sur les nouveaux gilets verts. "Pour séduire les jeunes de 60 ans, je suis prête à tout", a expliqué l’inoubliable interprète de Ma cabane au Canada.

Une chose est sûre, nous explique un éditorialiste de renom qui préfère rester discret. "Avec une seule mesure, Macron réussirait un doublé : fini les gilets jaunes ringardisés par le nouvel habit vert et bienvenue les recettes excédentaires. Un génie comme lui ne peut pas passer à côté de cette idée majeure ! " A moins que le système D des Français ne l’emporte. Des filières clandestines de fabrication de gilets verts se seraient déjà mises en place et seraient à l’œuvre. Selon nos observations, on trouverait actuellement des gilets verts en vente au pied du métro Barbès à Paris. Ils s’écouleraient à 10 euros les 100 et échapperaient ainsi à la fameuse taxe. Pas de quoi inquiéter ABC Gilets, le fabricant officiel des gilets fluorescents qui annonce avoir reçu une importante commande. Une bonne nouvelle pour l’emploi. L'entreprise prévoit l'ouverture d'un nouveau site pour assurer les cadences de production.

ET si ce "gilet vert" était fabriqué en écailles ?!

Vous l'avez compris, il s'agit bel est bien du poisson d'avril 2019 de la rédaction de L'Usine Nouvelle !

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