"L’impôt sur les sociétés n’est pas notre priorité", explique Pierre Gattaz du Medef

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Entretien Code du travail, confiance, économie, industrie 4.0...Le président du Medef, Pierre Gattaz, décrypte l’état d’esprit des chefs d’entreprise en cette rentrée.

L’impôt sur les sociétés n’est pas notre priorité, explique Pierre Gattaz du Medef
Pierre Gattaz, président du Medef
© L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Les indicateurs macroéconomiques sont au beau fixe. Quel est l’état d’esprit des chefs d’entreprise ?
Pierre Gattaz - L’élection d’Emmanuel Macron a insufflé un esprit d’optimisme et de renouveau. La confiance est encore élevée, mais il y a une énorme attente avec deux marqueurs fondamentaux, la réforme du code du travail et le projet de loi de finances 2018. Le gouvernement va-t-il aller jusqu’au bout ou s’arrêter au milieu du gué ? Il se produit parfois des dérives sur les projets les plus consensuels. Dans la précédente loi de simplification, par exemple, la règle "le silence de l’administration vaut accord" a été grevée de 2 500 exceptions qui l’ont ruinée.

Comment évaluez-vous les ordonnances réformant le code du travail ?
Il y a des choses qui vont dans le bon sens c’est certain. Nous restons malgré tout extrêmement vigilants car de nombreux curseurs doivent encore être précisés. La clé de la réussite de cette réforme sera la capacité pour nos PME de se saisir des nouveaux espaces de liberté donnés aux salariés et aux chefs d’entreprise. Il est regrettable que l’ouverture de la liberté de négociation ne s’applique pas pour les -entreprises entre 50 et 300 salariés. Pour autant, nous accompagnerons cette réforme avec la pédagogie nécessaire.

La révision du code du travail est-elle un levier suffisant pour amplifier la dynamique de l’emploi ?
C’est une condition nécessaire, mais cela prendra un peu de temps. Il faut se souvenir qu’après les mesures Schröder, les Allemands ont mis trois ans à infléchir la courbe du chômage et dix ans pour donner corps à leur « miracle économique ». Dans un monde qui accélère, il faut donner de l’agilité à nos entreprises. Mais il n’est pas question pour autant de mettre en œuvre un modèle anglo-saxon, avec des contrats zéro heure, par exemple.

Craignez-vous un débat polarisé par une opposition dogmatique ?
Je ne le crains pas, je l’intègre. La CGT et les militants de la France insoumise ont déjà dit qu’ils iraient dans la rue. Ce qui compte, c’est la détermination et la pédagogie. Je ne vois pas pourquoi nous resterions les seuls à ne pas atteindre un taux de chômage à 5 %. Le statu quo serait un scandale. Pour y parvenir, il faut des entreprises qui ne soient plus corsetées. Dans un marché du travail avec un taux de chômage faible, le salarié qui n’est pas content de son entreprise la quitte et trouve un nouvel emploi très rapidement. On lui redonne ainsi du pouvoir.

Une étude de Natixis évoque une possible révolte des salariés à cause des inégalités et d’un partage de la valeur au profit des actionnaires, qu’en pensez-vous ?
D’abord, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ont été assez maîtrisés en France. Par ailleurs, je pense qu’il faut partager la richesse créée sous forme de bonus, de participation… Si l’on augmente trop les salaires, on est moins compétitif et plus sous pression en cas de retournement conjoncturel. À l’inverse, on peut redistribuer les fruits de la croissance. Dans mon entreprise, Radiall, nous versons entre deux et trois mois de rémunérations variables les bonnes années. C’est possible et sain.

Ne faut-il pas mieux inclure les salariés dans la gouvernance des entreprises ?
Je ne suis pas opposé à cette idée, mais il faut le faire avec des gens non politisés et des élus représentant vraiment les salariés, qu’ils soient syndiqués ou pas. Et il faut des mandats non reconductibles. Comme dans la vie politique, d’ailleurs.

Pensez-vous que l’industrie française peut repartir de l’avant ?
C’est une obligation ! La France ne peut pas rester avec une industrie à 12 % de son PIB. Elle doit se donner un objectif de 15 à 20 %. Cela prendra dix ans, mais nous avons des filières qui sont parvenues à rester dans la course : l’aéronautique, l’armement, la pharmacie, le luxe… Seul impératif : miser sur le haut de gamme.

Les industries performantes ne sont-elles pas celles qui ont su s’organiser ?
Si, et c’est pourquoi, sans revenir aux plans pompidoliens, il faut se redonner des visions collectives, chasser en meute, pour appréhender les mutations technologiques, environnementales, démographiques. Il y a des filières d’excellence à créer dans l’industrie 4.0, la santé de demain, les agro-industries, les infrastructures. Et il faut inclure tous les territoires. Le Medef va bientôt produire un document pour dynamiser 50 bassins d’emploi en grande difficulté. Qu’est-ce qu’on peut faire à Lens, à La Souterraine, pour que ces territoires deviennent comme la Vendée ? La Bretagne dans les années?1960 était à l’abandon. On y a mis les télécoms, l’État a investi dans les infrastructures, l’Ouest va bien aujourd’hui. Il faut une vision de conquête pour la France.

Quelles sont vos attentes par rapport au prochain budget ?
Sur la fiscalité, nous avons une alerte rouge sur le Cice (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), qui pourrait augmenter le coût du travail. Bruno Le Maire veut transformer les 7 points de la masse salariale du Cice en 6 points d’allégement de charges mal réparti. Car si les charges seront ramenées à zéro sur le Smic, elles vont augmenter sur les salaires plus élevés.

Êtes-vous tous d’accord au sein du Medef sur cette question ?
Oui, que ce soit pour la banque, le commerce, le bâtiment, l’industrie, le statu quo est préférable à une hausse du coût du travail.

Vous avez pourtant réclamé ces allégements de charges ?
Oui, mais pour le faire correctement, avec une baisse sur l’ensemble du spectre des salaires, il faut 30?milliards d’euros. Rappelons qu’en Allemagne et au Royaume-Uni, par exemple, les charges sont plafonnées. Quand vous payez deux ingénieurs en France, vous en payez trois en Allemagne.

La baisse du taux d’impôt sur les sociétés (IS) ne va-t-elle pas renforcer la compétitivité fiscale ?
C’est une mesure d’attractivité, mais beaucoup d’entreprises ne paient pas l’IS, plombées par le coût du travail et les charges de production. Ce n’est donc pas notre priorité. La nôtre consiste à baisser la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) et à transformer le Cice en vrais allégements de charges. Nous sommes assez inquiets sur la mise en œuvre du budget. Alors que la méthode était intéressante sur le code du travail, on a sur le budget une impression d’improvisation, de retour de mauvaises idées et d’une vision comptable. Il faut être dans une dynamique et avoir une vision courageuse de la baisse de dépenses publiques en impliquant les fonctionnaires de terrain. 

 

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