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L'export, ultime défi de l'Hexagone

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Enquête La balance commerciale continue d’afficher un déficit abyssal. Signe d’espoir : depuis quelques années, les pertes de parts de marché se sont toutefois stabilisées.

L'export, ultime défi de l'Hexagone
Le déficit des biens manufacturés atteint 20 milliards d’euros au premier semestre.

Pakistan, Burkina Faso, Koweït, Algérie… Les camions médicaux de Toutenkamion ont réussi à se frayer une route aux quatre coins du monde. Pourtant, il y a dix ans encore, cette PME du Loiret n’était quasiment pas présente à l’étranger. Mais désormais, elle réalise la moitié de son chiffre d’affaires dans 40 pays. "Les perspectives sont florissantes pour les dix-huit prochains mois et nous étudions les marchés en Asie centrale", assure Stéphane Girerd, le PDG de cette entreprise de 170 salariés, qui a eu le déclic en 2009, lorsque ses marchés domestiques se sont brutalement retournés.

Des success-stories similaires, la France aurait besoin d’en enregistrer beaucoup plus. Alors que tous les indicateurs se sont redressés depuis deux ans, le commerce extérieur reste désespérément dans le rouge. Hors facture énergétique, la balance commerciale des marchandises affiche un déficit de 41,3 milliards d’euros en 2017, sa pire performance historique selon les Douanes. Rien n’indique que la situation devrait beaucoup s’améliorer en 2018. Sur les six premiers mois de l’année, le déficit des biens manufacturés atteint 20 milliards d’euros. "Collectivement, nous ne sommes pas bons", résume Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, lors d’un déplacement fin septembre en Normandie auprès d’entreprises exportatrices.

Certes, il ne faut pas noircir le tableau. Alors que services et industrie sont de plus en plus imbriqués, "il n’est pas forcément très pertinent de ne regarder que les échanges de marchandises pour mesurer la performance économique d’un pays", reconnaît Olivier Garnier, économiste à la Banque de France. Or dans le secteur des services, la France continue à dégager des excédents solides. Biens et services mélangés, le solde commercial de la France hors énergie reste ainsi encore excédentaire de 0,5 point de PIB, selon la Banque de France. Mais d’années en années, celui-ci s’effrite.

La lente dégringolade française

Quand les industriels perdent du terrain

De façon conjoncturelle, les importations expliquent une partie du dérapage du commerce extérieur. Depuis 2015 et le redémarrage économique, elles ont progressé plus vite que les exportations. Les industriels ont fait le plein d’équipements de production, rarement estampillés made in France. Mais les entreprises françaises peinent à s’imposer sur les marchés étrangers, hormis ses filières d’excellence traditionnelles, le luxe, l’aéronautique, la chimie, la cosmétique et les vins et spiritueux. En 2017, la part produite en France des grands contrats civils à l’international a aussi chuté de près de 10 %.

Résultat : depuis 2000, la part de marché de la France dans les exportations de la zone euro a fondu de 17 % à 12,9 % fin 2017, selon l’institut Rexecode. Dans le même temps, l’Espagne et l’Allemagne ont gagné du terrain et l’Italie s’en sort mieux. Même si les exportateurs français sont moins tournés vers la Chine et le grand export, leurs difficultés ne tiennent pas à un mauvais choix de pays cibles. Jusqu’en 2010, les exportations françaises ont progressé moins vite que la demande mondiale adressée. En clair, même sur leurs marchés de prédilection, les industriels ont perdu du terrain. "La hausse des coûts de production a eu une influence sur la stratégie des entreprises françaises de s’implanter davantage à l’étranger", avance Emmanuel Jessua, économiste chez Rexecode. Michel Vaissaire, le président de Diam international (70 % du chiffre d’affaires à l’export), reconnaît d’ailleurs que si ses présentoirs pour la cosmétique "sont exportés depuis la France pour les produits haut de gamme, les autres produits, eux, sont désormais fabriqués à l’étranger, et ce, pour rester compétitifs".

L’argument de la compétitivité-coût a souvent le dos large. Depuis trois ans, les parts de marché à l’export se sont presque stabilisées, sans pour l’instant se redresser. Le coût du travail horaire a arrêté de dériver, par rapport à l’Allemagne notamment, grâce au crédit pour la compétitivité et l’emploi et les mesures pro-entreprises prises depuis 2014. "On peut espérer que la hausse des marges porte ses fruits et permette de regagner en productivité et en compétitivité hors coût", souligne Emmanuel Jessua.

Donner les moyens aux chefs d’entreprise

Comment redresser la barre plus vite   Avec une belle régularité, les gouvernements successifs ont dégainé leurs plans de soutiens à l’exportation, pour tenter d’encourager les entreprises à se lancer. Sans grand succès jusqu’à présent sur le nombre d’exportateurs, qui tournent autour de 125 000 entreprises bon an, mal an, moins qu’en Italie par exemple. Depuis 2012, le quai d’Orsay a converti les ambassadeurs à la diplomatie économique. Depuis février, une nouvelle réorganisation du dispositif de soutien public à l’export a été lancée. "Le dispositif public est trop complexe pour les PME et certaines aides sont peu utilisées", confirment les députés Pierre Cordier (LR) et Denis Masséglia (LREM), auteurs du énième rapport d’information en date sur le sujet, remis fin septembre.

Pour y parvenir, Michel Vaissaire, qui dirige également la commission internationale de l’association d’entreprises CroissancePlus, plaide aussi pour de nouveaux outils, comme un amortissement plus rapide des investissements réalisés à l’étranger et la mise en place de volontariat international en entreprise seniors, permettant à des PME de bénéficier de l’expertise de consultants chevronnés à moindre coût. "Finalement, exporter n’est pas compliqué. Il suffit de donner de l’ambition aux chefs d’entreprise. Le changement générationnel dans les PME devrait aussi l’y aider ", estime-t-il. Une chance à saisir.

  • 60 000 PME faiblement exportatrices devront être accompagnées.

DES POSITIONS À CONFORTER

L’Afrique: un continent à reconquérir. La France, un hub pour l’Afrique, vraiment   En 2017, Paris a perdu sa place de premier exportateur européen vers le continent africain, détrôné une fois encore par l’Allemagne. Preuve que le fort recul des parts de marché depuis l’an 2000 – elles ont été divisées par deux de 11 % à 5,5 % en 2017 – ne tient pas qu’à l’influence chinoise croissante. D’autres pays émergents, à l’image de l’Inde et de la Turquie, mais aussi l’Espagne et l’Italie se font progressivement une place sur le continent.

L’Allemagne: client incontournable. Avec 16 % des exportations tricolores, l’Allemagne reste le premier marché à l’étranger des entreprises françaises. Mais en dix ans, ces dernières ont vu leur part de marché reculer de 1 point, dont 0,3 point depuis 2014. La faute à la réorganisation des chaînes d’approvisionnement vers l’Europe de l’Est. Alors que l’industrie automobile allemande a, elle, augmenté de 22 % ses importations, les exportations des équipementiers français ont progressé de seulement 12 % dans ce pays.

« La hausse des coûts de production a eu une influence sur la stratégie des entreprises françaises de s’implanter davantage à l’étranger. »
Emmanuel Jessua, économiste à Rexecode

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