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L’Europe tente de faire bloc face à la Chine mais rien n'est gagné

Solène Davesne , ,

Publié le

Analyse Emmanuel Macron a convié Jean-Claude Juncker et Angela Merkel à Paris pour un sommet avec le président chinois Xi Jinping. Malgré une prise de conscience, les Européens peinent encore à affirmer une stratégie coordonnée face à Pékin.

L’Europe tente de faire bloc face à la Chine mais rien n'est gagné
La skyline du quartier d'affaires de Shanghai (Chine).
© Baycrest / CC BY-SA 2.5

Après l’euphorie des contrats mirobolants signés par Airbus et le faste du grand dîner d’Etat la veille, le ton risque d’être un peu plus rude entre Emmanuel Macron et Xi Jinping ce 26 mars au matin, pour le deuxième jour de la visite d’Etat du président chinois à Paris. Le président français a convié le président de la commission Jean-Claude Juncker et la chancelière allemande Angela Merkel à se joindre à la discussion avec le président chinois.

Un jeu collectif pas franchement habituel dans le cadre très protocolaire des visites officielles. Emmanuel Macron  estime que l’Europe doit parler d’une seule voix pour aborder les sujets qui fâchent, alors que Pékin sait jouer des divisions entre pays européens.

Une nouvelle doctrine européenne

Avant l’Italie ce week-end, le Portugal, la Grèce et la Hongrie notamment avaient déjà signés des accords cadre avec Pékin pour participer à son projet de nouvelles routes de la soie, que Paris perçoit comme une façon pour la Chine d’étendre son aire d’influence. La France n’est pas la seule à s’en inquiéter. A Bruxelles, le ton est devenu plus offensif.

La semaine dernière, la Commission a transmis aux dirigeants réunis lors du conseil européen à Bruxelles une liste de dix propositions pour muscler sa politique vis-à-vis de la Chine et rééquilibrer ses relations économiques avec Pékin, qualifié désormais autant de "partenaire de négociation" que de "rival systémique". "Tant l’Union européenne que ses Etats membres ne peuvent atteindre leurs objectifs en rapport avec la Chine que s’ils sont véritablement unis", estime la Commission européenne.

Faire bouger la Chine à l'OMC

Pour se faire mieux entendre, la Commission propose ainsi de rappeler à la Chine ses engagements en matière de réforme de l’OMC, en particulier pour faire bouger les règles actuelles de l’organisation mondiale en matière de subventions à l’industrie et de transferts de technologies forcés lors du prochain sommet Europe-Chine le 9 avril.

Pour limiter la concurrence déloyale chinoise, Bruxelles prévoit aussi de publier d’ici l’été "des orientations" pour tenir compte des différences de normes existantes en matière de droits du travail et de réglementations environnementales dans les critères d’attributions des marchés publics européens. Une façon de rééquilibrer la compétition entre entreprises européennes et chinoises. La Commission prévoit aussi d’ici la fin de l’année de nouvelles mesures pour encadrer la concurrence déloyale des investissements réalisés en Europe par des entreprises publiques, ou largement financées, par des Etats étrangers.

Le déploiement des réseaux 5G sous surveillance

Autre sujet de tension : le déploiement en cours des infrastructures de 5G. Les Européens n’ont pas suivi les Américains, qui font pression sur leurs alliés pour fermer les marchés d’installation des équipements des réseaux 5G au groupe chinois Huawei. Mais ils ne sont pas pour autant naïfs. Côté français, Bercy estime que la 5G ne doit pas se faire uniquement avec le groupe chinois, sans pour autant les exclure d’office.

Aujourd'hui, les opérateurs télécoms français doivent demander l’autorisation de l’Etat pour l’installation d’équipements de fournisseurs comme Huawei et ZTE pour le cœur de réseau et en Ile de France, région politiquement la plus sensible. Un groupe de parlementaires a déposé un amendement au Sénat afin d’étendre la  procédure aux antennes et à tout le territoire. A Bruxelles, la Commission européenne doit publier dans les prochains jours une recommandation "afin de prévenir les éventuelles sérieuses implications pour la sécurité des infrastructures numériques critiques" dans le domaine des réseaux 5G.

Un nouveau dispositif de contrôle des investissements en avril

Mais derrière les intentions, la mise en musique de cette stratégie plus offensive n’est pas encore gagnée. Pour preuve, le tout nouveau dispositif européen de contrôle des investissements étrangers. Bloqué pendant des années par l’Allemagne notamment, qui a fait volte-face depuis le rachat de sa pépite Kuka par le chinois Midea, le mécanisme doit officiellement entrer en vigueur en avril. Son contour reste toutefois très light, loin du fonctionnement du CIFUS américain régulièrement cité en exemple par Bruno Le Maire.

Non contraignant, le dispositif européen ne prévoit qu’un échange d’informations entre Etats-membres sur les investissements étrangers. Les autres pays et la Commission pourront remonter leurs inquiétudes mais la décision de bloquer ou non les opérations restera de la compétence des Etats. Malgré les craintes exprimées par les Etats-Unis et certains partenaires européens sur le rachat potentiel de EDP, l’'EDF portugais', par le groupe chinois Three gorges, Lisbonne n’entend pas intervenir.

"On est au commencement d’une politique", estime-t-on à la Commission, optimiste, en relevant le changement de paradigme rapide sur le sujet. Alors que la moitié des pays seulement disposent d’un dispositif national de contrôle des investissements, la Suède, la république tchèque et le Danemark examinent désormais la possibilité de se doter d’un dispositif à leur tour. Reste que le concret risque encore de se faire attendre. Les Etats-membres ont jusque fin 2020 pour mettre en pratique le système d’échange d’informations sur les investissements étrangers.

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