Economie

L'économie française enregistre sa plus forte baisse depuis 1949

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Publié le , mis à jour le 30/04/2020 À 09H25

Consommation des ménages, production, investissements... Presque toutes les composantes de l'économie française sont dans le rouge au premier trimestre 2020. Selon des données révélées le 30 avril par l'Insee, la croissance française a enregistré sa plus forte contraction depuis 1949.

L'économie française enregistre sa plus forte baisse depuis 1949
Le coup d'arrêt de la demande intérieure finale, moteur traditionnel de la croissance française, est le principal responsable du plongeon du PIB. /Photo prise le 16 mars 2020/REUTERS/Eric Gaillard
© Eric Gaillard

Sans surprise, l'économie française connaît un trou d'air d'une ampleur inédite au premier trimestre de l'année 2020. Le PIB affiche une contraction de 5,8 % sous l'effet de la quasi-paralysie de l'activité découlant de l'instauration du confinement le 17 mars, selon les premiers résultats publiés jeudi 30 avril par l'Insee. Il s'agit de la plus forte baisse depuis le début de cette série statistique en 1949, souligne l'institut.

Pire que mai 1968 et que la crise financière de 2009

À titre de comparaison, ce net recul, principalement lié à l'arrêt des activités "non essentielles" dans le cadre de la lutte contre l'épidémie de Covid-19, est plus important que celui enregistré au moment de la crise financière (–1,6 % au premier trimestre 2009) ou au moment de mai 1968 (–5,3 % au deuxième trimestre 1968). Il intervient après un quatrième trimestre 2019 déjà pénalisé par les grèves dans les transports et marqué par un recul de 0,1 % du produit intérieur brut (PIB).

L'Insee a adapté sa méthodologie du fait du contexte inédit. Il précise cependant que cette première estimation "reste fragile et est davantage susceptible d'être révisée" dans ses prochains publications.

Les économistes interrogés par Reuters anticipaient en moyenne une contraction de 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) de la France au cours des trois premiers mois de l'année. Dans une prévision publiée début avril, la Banque de France avait quant à elle estimé que la contraction du PIB atteindrait environ 6 % au premier trimestre.

Avec ce repli brutal, le PIB de la France est revenu à son niveau du quatrième trimestre 2015, souligne sur Twitter Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management. "Le retour vers le niveau de PIB de 2019 prendra plusieurs années", prévient-il.

Le demande intérieure plombe la croissance

Avec une contribution négative à l'évolution du PIB de -6,6 points, le coup d'arrêt de la demande intérieure finale, moteur traditionnel de la croissance française, est le principal responsable du plongeon du PIB en début d'année. Dans la consommation des ménages, seule la consommation alimentaire affiche une progression de 2,4 %.

La contribution de la variation des stocks des entreprises, très volatile, a été de +0,9 point après -0,5 point au trimestre précédent. Celle du commerce extérieur s'est établie à -0,2 point après +0,1 point.

Dans le détail, les dépenses de consommation des ménages ont chuté de 6,1 % et l'investissement global a plongé encore davantage, avec une baisse de 11,8 %. Les exportations ont également connu un recul marqué (-6,5 %), tout comme les importations (-5,9 %).

L'ensemble des postes de production sont en forte baisse avec un repli de 5,5 % pour la production totale de biens et services. Les secteurs les plus affectés sont la construction (-12,6 %), la production de biens (-4,8 %), la production manufacturière (-5,6 %) et celle de services marchands (-5,7 %).

Vers une récession plus marquée au second trimestre

Alors que l'activité du premier trimestre n'a été pénalisée que pendant deux semaines par le confinement, la contraction du PIB s'annonce encore plus marquée pour le trimestre en cours. Les économistes d'Euler Hermes tablent sur une chute de 16 % du PIB pour la période avril-juin. "Nous prévoyons seulement une reprise très progressive de l'activité pendant le déconfinement, qui devrait s'étaler sur trois ou quatre mois", précisent-ils dans une note en tablant sur une contraction de 8,9 % du PIB pour l'ensemble de l'année 2020.

Une prévision comparable à celle des économistes d'ING (à environ -9 %), qui préviennent cependant dans une note que ce scénario repose sur l'hypothèse d'un redressement rapide au troisième trimestre et soulignent qu'une part "non négligeable de l'impact exceptionnel [de cette crise] devrait persister au-delà de la reprise attendue au second semestre". Dans ses dernières prévisions, publiées mi-avril, le gouvernement anticipe une contraction de 8 % du PIB en 2020.

La confiance des différents acteurs économiques sera cruciale pour la suite, puisque le lent retour à la normale sera notamment conditionné par une reprise de l'investissement et de la consommation des ménages. Mais les craintes sur le chômage pourraient favoriser l'attentisme et les inciter à épargner plutôt qu'à consommer, notent les économistes d'Euler Hermes.

Avec Reuters (Myriam Rivet)

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