L'allemand Aixtron trop sensible pour être laissé aux Chinois

En pleine vague d’acquisitions d’entreprises allemandes par des Chinois, le gouvernement allemand a gelé une offre sur le fabricant d'équipements de production de semi-conducteurs Aixtron. Le ministre de l’économie élabore également un plan pour limiter les rachats étrangers.

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L'allemand Aixtron trop sensible pour être laissé aux Chinois

L’activité d’Aixtron est-elle trop sensible pour passer sous pavillon chinois ? C’est l’information avancée par le journal Handelsblatt, citant des sources au sein des services secrets allemands. Selon le quotidien économique, c’est sur intervention des services de renseignement américains que le gouvernement allemand aurait décidé de bloquer vendredi 21 octobre l’offre de rachat du fabricant situé à Herzogenrath à la frontière française par le Chinois Fujian Grand Chip Investment (FGC). Ce nouvel examen " pour des raisons de sécurité" pourrait durer "jusqu'à trois mois", a précisé un porte-parole du ministère de l'Economie. L’offre de 670 millions avait pourtant obtenu un feu vert début septembre et venait de recevoir le soutien d’une majorité d'actionnaires d'Aixtron.

Mais les services secrets américains ont montré "que des produits d'Aixtron, destinés au secteur des semi-conducteurs, pouvaient aussi être utilisés à des fins militaires, ce qui fait craindre à Washington que la Chine ait recours aux équipements d'Aixtron dans son programme nucléaire", avance le quotidien allemand. Face à ces révélations, pour le journal Die Welt, le gouvernement allemand ne s’est pas montré assez prudent et n’aurait jamais dû accepter le rapprochement en premier lieu. Il n’est en effet un secret pour personne que les produits d'Aixtron peuvent certes servir dans de nombreux domaines publics (éclairage à LED, électronique…) mais aussi dans des programmes militaires, comme les technologies laser ou le guidage infrarouge de missiles. Aixtron coopérerait aussi avec l’agence de R&D du département de défense américaine Darpa, comme l’affirme le journal Süddeutsche Zeitung.

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Guerre commerciale

Mais ce nouveau protectionnisme ne fait pas que des heureux. Ainsi, pour le journal Frankfurter Allgemeine, Aixtron est tout simplement la victime d’une guerre commerciale entre la Chine et l’Allemagne. Si les actionnaires se sentent floués (l’action a perdu 13 % à l’annonce de la décision du gouvernement), l’entreprise se dit également en danger. "Cette décision met aussi dans une situation difficile les 750 employés du groupe", critique le journal. Le patron du groupe, en difficulté économique, avait en effet annoncé que sans l’arrivée d’un partenaire financier solide, il devrait réduire son portefeuille de produits et le nombre de ses collaborateurs.

On peut aussi voir dans le blocage du gouvernement – qui constitue une première – un prétexte tant l’appétit insatiable des Chinois pour la technologie "Made in Germany" commence à irriter outre-Rhin. Sur le premier semestre 2016, 37 acquisitions ont été réalisées, autant que sur l’année 2015. Déjà, la reprise du fabricant de robots Kuka par le Chinois Midea pour 4,5 milliards d’euros avait provoqué une levée de bouclier. Le ministre de l’économie Sigmar Gabriel et le commissaire européen au numérique Günther Öttinger avait ouvertement dit préféré une solution allemande ou européenne. En vain. Mais la perte de ce fleuron national a servi de déclencheur. Le ministre a ainsi présenté un plan en six points destiné au gouvernement et aux instances européennes dans le but de limiter les acquisitions d’entreprises européennes par des investisseurs extérieurs. Si l’Empire du Milieu n’est pas explicitement cité, il est clair qu’il est dans le collimateur. Si c’est trop tard pour Kuka ou KraussMaffei, un autre symbole du Mittelstand allemand, Berlin espère qu’il servira pour d’autres. Le ministère de l’économie vient ainsi de prendre un délai de réflexion concernant le rachat par le spécialiste chinois des LED MLS de Ledvance, la branche ampoule d’Osram pour 400 millions d’euros. Sigmar Gabriel sera en visite en Chine du 1er au 5 novembre. Cette question y sera donc sans aucun doute évoquée.

Gwénaëlle Deboutte, à Berlin

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