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L'Allemagne doit investir davantage

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Critiqué pour sa politique économique et budgétaire, le pays, qui a réalisé un excédent commercial record de 253 milliards d’euros en 2016, doit augmenter ses dépenses publiques.

L'Allemagne doit investir davantage
La chancelière allemande pourrait égaler le record d’Helmut Kohl si elle remportait les législatives en septembre.

Décidément, la balance commerciale allemande commence à agacer partout dans le monde. Après l’administration Trump en janvier, c’est au tour d’Emmanuel Macron de critiquer le modèle allemand, dimanche 16 avril. « L’Allemagne devra admettre que ses forces économiques ne sont plus acceptables dans leur état actuel. Le pays profite d’un déséquilibre dans la zone euro, ce qui n’est bon ni pour son économie, ni pour l’économie européenne », explique le candidat dans les colonnes du quotidien « Berliner Morgenpost ». L’objet de la grogne tient en un chiffre : 253 milliards d’euros d’excédents commerciaux en 2016, un record jamais atteint ! Cela représente 8,3 % du PIB, alors que la Commission européenne estime qu’il y a un risque de « déséquilibre macroéconomique » au-delà de 6 % du PIB.

Du côté du gouvernement allemand, on ne voit pas le problème. « Ces résultats sont le fruit d’un développement de l’offre et de la demande orientées vers les marchés et l’expression de la bonne compétitivité de l’économie allemande », souligne un porte-parole du ministère de l’Économie, pour qui d’autres facteurs entrent en compte, « comme le cours de l’euro ou la faiblesse du prix du pétrole sur lesquels l’Allemagne n’a pas de marge de manœuvre ».

Pour comprendre l’attachement des Allemands à leur modèle, il faut remonter aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Dévastée, l’économie s’appuie alors sur la force du Mittelstand, ces petites et moyennes entreprises à 90 % familiales et très spécialisées. Grâce à des règles de succession favorables et à l’appui des banques régionales, elles peuvent adopter des stratégies sur le long terme, se développer à l’export et ainsi augmenter leurs fonds propres. Pourtant, au tournant des années 1990, après l’euphorie de la réunification, la compétitivité allemande faiblit et tombe en récession. Le pays perd près de 500 000 emplois, le taux de chômage dépasse les 10 %. Les Allemands sont appelés à se serrer la ceinture. Avec les réformes de l’Agenda 2010, appliquées entre 2003 et 2005, le droit du travail est simplifié, l’âge de la retraite repoussé à 65 ans, les allocations chômage rabotées. Des accords de compétitivité dans les entreprises aboutissent à un gel des salaires, en contrepartie du maintien de l’emploi et du renoncement aux délocalisations. Ces mesures contribueront à redorer le blason made in Germany au début des années 2010.

335,5 milliards d’euros prévus en 2018

Mais ce modèle, qui a aussi entraîné la montée de la précarité et la stagnation de la demande intérieure, s’essouffle. C’est pourquoi, si les critiques des partenaires commerciaux de l’Allemagne ont longtemps été balayées, certains économistes commencent à abonder dans leur sens. Marcel Fratzscher, le président de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW), alerte depuis des années sur les faiblesses de la politique d’investissement. « Ce n’est pas tant le volume des exportations qui pose problème. C’est plutôt le faible volume des importations en raison de l’insuffisance des investissements dans le secteur des services non exportateurs. De plus, l’investissement privé reste limité, car préférant investir à l’étranger, beaucoup d’entreprises allemandes ne renouvellent pas leur équipement vieillissant. » Selon ses chiffres publiés en 2015, le déficit s’élèverait à 90 milliards d’euros.

Résultat, qu’il s’agisse des routes, des écoles ou du déploiement de l’internet à très haut débit, la modernisation des infrastructures prend du retard. Selon un rapport, 3,8 millions de mètres carrés de ponts devraient être rénovés d’urgence. Dans son programme de réformes pour 2017, le ministère de l’Économie met l’accent sur l’augmentation des investissements publics. Les dépenses de l’État sont déjà passées, entre 2015 et 2016, de 301 à 312 milliards d’euros. Pour 2018, elles sont planifiées à 335,5 milliards, principalement dans le social (environ 108  milliards), la défense (38,5 milliards), l’éducation (17,5 milliards) et l’intégration des réfugiés (20 milliards). Les dépenses pour les infrastructures routières ont augmenté de 25 % depuis 2013. Le gouvernement fédéral a aussi décidé de soulager de près de 79 milliards d’euros sur quatre ans les Länder et les communes, en particulier les plus pauvres. Enfin, l’enveloppe pour l’habitat social sera complétée de 3 milliards d’euros entre 2016 et 2019. Cela reste cependant insuffisant vu les besoins.

Depuis l’introduction du salaire minimum généralisé, le coût du travail augmente et la demande intérieure a repris. Pour autant, sur les 43,6 millions d’actifs, 7,5 millions ont encore un contrat atypique ou à temps partiel, inférieur à 20 heures par semaine. Dans leur grande majorité, ces emplois sont occupés par des femmes. L’Allemagne devra poursuivre ses efforts pour réduire les inégalités sociales. « Nous avons besoin de réformes pour améliorer la formation, attirer les jeunes vers l’entrepreneuriat, développer le numérique, confirme Hubertus Porschen, le président de l’association des jeunes entrepreneurs (BJU). Le financement est insuffisant. S’il est facile d’obtenir un premier tour de financement, le deuxième est souvent plus compliqué. »

Merkel, prête pour un quatrième mandat

En 2017, les Français ne sont pas les seuls à être appelés aux urnes. Le 24 septembre, les Allemands réélisent aussi leur Parlement, et indirectement leur futur chancelier pour les quatre années à venir. Au pouvoir depuis 2005, Angela Merkel se représente pour un quatrième mandat. Si elle est élue, elle égalerait le record de son mentor, Helmut Kohl, resté seize ans aux commandes de l’État. Mais face à elle, l’ancien président du Parlement européen Martin Schulz, le candidat des sociaux-démocrates, fait figure de candidat sérieux. Il reste cependant en retrait derrière la favorite (40 % des intentions de vote, contre 46 % pour Merkel). Même si les programmes détaillés ne seront publiés qu’en juin, la chancelière actuelle entend bien s’appuyer sur son bon bilan économique : une croissance de 1,9 % du PIB en 2016, le budget à l’équilibre depuis 2014, la hausse des salaires. De son côté, Martin Schulz mènera une politique sociale très à gauche et a promis de s’attaquer aux réformes Hartz mises en place par Gerhard Schröder. Une position qui n’est pas du goût des associations patronales, qui l’accuse déjà de vouloir faire du populisme social.

 

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