L’Allemagne découvre le salaire minimum pour tous

A partir du 1er janvier 2015, un salaire minimum de 8,50 euros bruts de l’heure s’applique en Allemagne. Une première dans un pays où l’Etat fédéral a toujours laissé syndicats et organisations patronales négocier les questions salariales.

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L’Allemagne découvre le salaire minimum pour tous

Fruit d’un compromis entre la chancelière Angela Merkel et ses partenaires sociaux-démocrates (SPD) de la grande coalition, un salaire minimum entre en vigueur, en Allemagne, au 1er janvier 2015. Il a été fixé à 8,50 euros bruts de l’heure, soit 1473 euros bruts par mois pour un salarié travaillant 40 heures par semaine (contre 9,61 euros en France au 1er janvier 2015, soit 1457 euros par mois sur la base de 35 heures). Le montant sera réévalué tous les deux ans, par une commission composée de représentants patronaux et syndicaux.

En-dehors de quelques branches faisant l’objet d’accords salariaux, et où le salaire minimum ne s’imposera pas avant le 1er janvier 2017, toutes les entreprises sont concernées, sur tout le territoire. C’est dans les anciens territoires de l’Est, qui n’ont jamais rattrapé le montant des salaires de l’Ouest, que l’impact sera le plus fort. Au total, ce sont 3,7 millions de salariés allemands qui verront augmenter leur salaire en 2015, et un million de plus d’ici le 1er janvier 2017, sur un total de 42 millions d’actifs.

Dérogations

De nombreuses exceptions ont été prévues afin de calmer la grogne patronale. Ne bénéficieront pas du salaire minimum les moins de 18 ans non qualifiés, les apprentis et les chômeurs de longue durée durant les six premiers mois de leur reprise d’un emploi. Les saisonniers, premiers visés par la loi afin de lutter contre des salaires à moins de 5 euros de l’heure dans l’agriculture, seront eux aussi payés 8,50 euros de l’heure. Mais leurs employeurs ont obtenu le droit de retirer de leur paie des frais pour fourniture du gîte et du couvert. Point important : la responsabilité des entreprises recourant à des sous-traitants sera engagée si ceux-ci n’appliquent pas le salaire minimum.

Le vote par le parlement allemand d’une loi fédérale instaurant un salaire minimum national est une grande première. L’Allemagne délègue traditionnellement les questions sociales au dialogue entre patronat et syndicats. Une douzaine de branches sont d’ailleurs dotées d’un salaire minimum, souvent plus intéressant que celui prévu par la loi : il est de 14,70 euros dans la métallurgie. Mais de plus en plus de salariés allemands ne sont couverts par aucun accord de branche. C’est la raison pour laquelle les puissants syndicats de la métallurgie (IG Metall) et des services (Verdi), après s’être longtemps opposés à un salaire minimum par souci de préserver un dialogue social, s’y sont résolus.

Un impact mal évalué

En Allemagne, le débat fait rage sur l’impact de cette mesure. La fédération des chambres de commerce craint que ce surenchérissement du coût du travail n’entraîne la disparition de 200000 emplois. Certaines enquêtes ont même parlé de la disparition d’un million de postes. Les économistes pointent le risque que les salariés les moins qualifiés aient encore plus de mal qu’avant à trouver un travail. Un sondage montre que les entreprises concernées par ces hausses de salaire ont prévu des mesures pour les compenser : augmentation des prix pour les entreprises de la restauration, les coiffeurs, les taxis ; licenciements ou diminution du temps de travail dans le commerce ; baisse des primes dans l’industrie. D’un autre côté, quatre millions de salariés verront leur pouvoir d’achat augmenter et consommeront plus qu’avant. Les effets macroéconomiques sont donc difficiles à évaluer.

Angela Merkel, elle, ne voulait pas du salaire minimum fédéral par crainte d’une perte de compétitivité des produits allemands à l’export. Mais les secteurs exportateurs ont recours à une main d’œuvre qualifiée et mieux payée que 8,50 euros de l’heure. Le secteur agroalimentaire devrait être le seul vraiment touché. Ce qui réjouit déjà les industriels et producteurs français de ce secteur, confrontés à la forte concurrence allemande.

Cécile Maillard

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