Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'usine Agro

L’agriculture numérique, nouvelle clé des champs

,

Publié le

L’agriculture numérique, nouvelle clé des champs
Magnum, un tracteur conçu par Case IH, capable de travailler en autonomie de jour comme de nuit.

La vache Fine, une pie noire bretonne, a joué la vedette tout au long du Salon de l’agriculture, Porte de Versailles, à Paris. À Paris-Nord Villepinte, c’est un tracteur sans cabine conçu par l’équipementier agricole Case IH qui a attiré sur lui les projecteurs du Sima, le Salon international du machinisme agricole, du 26?février au 2?mars. Magnum, ce prototype de tracteur autonome ne roule pas encore dans les champs. Pas plus que le NHDrive de New Holland, qui, lui, conserve une cabine pour un chauffeur et offre plus de polyvalence. New Holland, qui appartient avec Case IH au groupe CNH Industrial, n’envisage pas encore de commercialiser le NHDrive du fait de la réglementation actuelle. En attendant, les constructeurs misent sur une intégration pas à pas des différentes technologies du tracteur autonome. À terme, celui-ci pourrait, par exemple, travailler la nuit, pour profiter des meilleures fenêtres météorologiques.

Digitalisation accélérée

Quelque 600 innovations dopées au numérique étaient présentées sur les stands du Sima. Des nouvelles machines agricoles intégrant toujours plus d’électronique aux applications en passant par les plates-formes numériques, l’agriculture poursuit sa transformation digitale. Drones, cartes satellites, tablettes et capteurs… l’agriculture de précision se connecte. Elle utilise déjà les services de télédétection, des systèmes d’aide à la décision et d’autoguidage pour les tracteurs à l’aide de GPS et de traitement de données. Sa numérisation permettra demain une modulation des doses d’engrais, de pesticides et d’herbicides, afin de réduire les quantités utilisées et la pollution des sols, des nappes phréatiques et des eaux de surface. Les agroéquipementiers rivalisent d’innovations, mais les perspectives d’investissement restent moroses en France, le marché accusant trois années de baisse, à cause du recul des revenus des agriculteurs.

La récolte catastrophique de blé en 2016 ne devrait pas inciter les céréaliers à renouveler leur parc de tracteurs, de moissonneuses-batteuses et autres machines. Le marché de l’agroéquipement était estimé à 6,5?milliards d’euros en 2013 par Axema, le syndicat français des industriels de la filière, contre 5?milliards d’euros en 2016. Pour Axema, qui représente environ 90 % de l’offre française de matériels agricoles, l’année 2017 pourrait toutefois être celle du renouveau. « Nous envisageons une hausse du marché en 2017, mais les agriculteurs vont raisonner leurs investissements », estime Élodie Dessart, économiste chez Axema. Ce rebond devrait être stimulé par l’appétit des agriculteurs pour l’innovation. « Il y a deux ans, nous parlions déjà d’agriculture numérique, mais nous ne pensions pas que cela allait être aussi fort cette année », confie Martine Dégremont, la directrice du Sima.

1 000 fermes pour préparer l’avenir

Le marché reste « tiré par la dynamique des nouveaux produits », comme ceux qui permettent d’optimiser les traitements phytosanitaires ou les semis, rapporte Élodie Dessart. Le fabricant breton Sulky a présenté au Sima sa trémie duo, qui permet de semer deux plantes, la seconde accompagnant la culture principale. Cette solution doit permettre de réduire les traitements chimiques et de répondre à une demande sociétale d’une agriculture plus verte. « Nous ne retrouverons pas les anciens niveaux du marché français. Il faut revenir à plus de constance, car il y a eu énormément de fluctuations des ventes, souligne Alexis Guillotin, le chef des produits de Sulky. Mais nous considérons la baisse du marché français comme une opportunité pour travailler davantage vers l’export. »

La France est traditionnellement le premier marché européen des agroéquipementiers. Pourra-t-elle, demain, devenir une championne de l’agriculture de précision ? C’est l’ambition d’InVivo. Le premier groupe coopératif agricole français a investi plus de 10?millions d’euros dans sa filiale Smag, spécialisée dans les solutions numériques pour agriculteurs. Mais comment démontrer la création de valeur économique, environnementale et sociétale apportée par ces outils ? Au Salon de l’agriculture, InVivo a annoncé la création d’un réseau de 1 000 fermes numériques, chargées de sélectionner et de tester les solutions qui bouleverseront le monde agricole de demain. Il ambitionne d’intégrer les meilleures au sein d’un ERP agronomique, dans l’espoir de devenir, d’ici à 2025, un acteur majeur du secteur.

Quid de la concurrence des géants américains, comme l’agrochimiste Monsanto et l’équipementier John Deere ? Biocontrôle, semences, stockage… « Notre particularité est d’accompagner l’agriculteur dans tous les domaines, insiste Laurent Martel, patron d’InVivo Agriculture. Avec un aspect made in France important. Nous sommes une coopérative qui appartient aux agriculteurs, gage fondamental pour la propriété de leurs données. » Des données hébergées dans un cloud souverain agricole français, promet InVivo. 

« Nous avons de beaux atouts en matière de robotique »

Roland Lenain, directeur de recherches à l’Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture

  • La robotique agricole est-elle une filière d’avenir ?

C’est une filière industrielle d’avenir parce que l’agriculture doit atteindre des niveaux de production très importants pour nourrir la planète et réduire son impact environnemental. Cela implique de nouveaux procédés de production, comme l’agriculture de précision et la réduction des produits phytosanitaires. Certaines opérations sont faites à la main pour utiliser moins de produits chimiques. Ces tâches entrent typiquement dans le champ de la robotique. Les robots peuvent se substituer à l’homme pour les tâches les plus pénibles, voire dangereuses. On peut, par exemple, envoyer un robot à la place d’une personne durant les périodes de pulvérisation de produits phytosanitaires afin d’éviter son exposition. Le robot a de plus tout son temps et il peut moduler les quantités de matière pulvérisées, ce qui est beaucoup plus délicat à la main.

  • Que fait-on en France dans ce domaine ?

Nous avons de beaux atouts en matière de robotique : des laboratoires de recherche assez bien positionnés à l’international, un savoir-faire, des tractoristes, des agroéquipementiers… Il y a déjà des robots commercialisés, comme Oz de Naïo Technologies pour le maraîchage.

  • Quelles sont les difficultés rencontrées dans la conception de ces robots ?

Les robots industriels utilisés dans l’agriculture pour la traite et le fourrage sont du même type que ceux utilisés dans l’industrie automobile. Ils sont performants en intérieur, car un site intérieur est un lieu structuré, vous pouvez installer des mires pour que les robots se repèrent… À l’extérieur, il faut compter avec des variations d’environnement, des conditions climatiques qui font que le fonctionnement du robot n’est pas toujours le même. C’est donc plus compliqué. Il y a une grande variabilité des dynamiques et des tâches. Lors de la cueillette de pommes dans un verger, les fruits n’ont pas tous la même forme, la même couleur, et on ne sait pas à l’avance où ils sont positionnés.

  • Les agriculteurs ont-ils les moyens d’investir dans la robotique ?

Il faut que nous utilisions des capteurs au coût compatible avec le prix que l’agriculteur est prêt à y mettre. Nous attendons beaucoup de l’automobile : des capteurs comme les Lidar, développés pour la voiture autonome sont cruciaux pour la robotique agricole, mais encore trop chers. Nous pensons que la pression de l’industrie automobile va faire baisser les prix. Un autre enjeu en matière de coût est de réussir à mettre au point des algorithmes assez robustes avec des capteurs limités en prix, et donc en performances. Il existe aujourd’hui des petits robots à des tarifs très raisonnables, mais ils ne peuvent effectuer que des tâches limitées. Par exemple, ils ne peuvent faire que du désherbage dans des lignes de végétation, s’arrêtant s’il pleut ou s’ils sortent du champ. 

Réagir à cet article

 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus