International

L'affaire Wirecard salit la réputation de rigueur des entreprises en Allemagne

, , , ,

Publié le , mis à jour le 24/06/2020 À 07H31

L'affaire Wirecard va-t-elle bousculer le système allemand de contrôle de la gestion des entreprises ? Le scandale, qui a éclaté le 22 juin, génère un tollé chez les investisseurs étrangers et les responsables politiques.

L'affaire Wirecard salit la réputation de rigueur des entreprises en Allemagne
Wirecard, entreprise spécialisée dans le traitement des opérations de paiement, a reconnu le 22 juin que 1,9 milliard d'euros inscrits dans ses comptes n'avaient sans doute jamais existé. /Photo d'archives/REUTERS/Michael Dalder
© MICHAEL DALDER

La disgrâce soudaine et spectaculaire de Wirecard suscite des appels en faveur d'une réforme du système allemand de contrôle de la gestion des entreprises. Ex-coqueluche de la Bourse de Francfort, l'entreprise de fintech s'est retrouvée lundi 22 juin au coeur d'un scandale d'irrégularités comptables. L'affaire risque de faire souffrir un peu plus la réputation d'intégrité de l'Allemagne.

L'ancien président du directoire arrêté

Wirecard, entreprise spécialisée dans le traitement des opérations de paiement, a reconnu le 22 juin que 1,9 milliard d'euros inscrits dans ses comptes n'avaient sans doute jamais existé. Un trou énorme qui menace la survie de l'entreprise.

Markus Braun, ancien président du directoire de Wirecard, a démissionné vendredi 19 juin avant d'être placé mardi 23 juin en détention. Il est soupçonné d'avoir gonflé le bilan du groupe afin de le rendre plus attractif aux yeux des investisseurs et des clients. Le dirigeant sera toutefois libéré dès qu'il se sera acquitté d'une caution de 5 millions d'euros, a annoncé le parquet de Munich. Lorsqu'il sera libéré sous caution, il devra se présenter à la police chaque semaine.

Selon deux sources proches du dossier, le parquet envisage également d'émettre un mandat d'arrêt à l'encontre de Jan Marsalek, limogé lundi 22 juin de son poste de directeur général adjoint de Wirecard. L'avocat de ce dernier n'a pu être contacté.

Cinq ans après le dieselgate, un nouveau scandale

Pour une partie des investisseurs étrangers, l'affaire souligne les faiblesses de la supervision et du contrôle dont font l'objet les dirigeants d'entreprise en Allemagne. L'image de sérieux et de rigueur des patrons allemands est ainsi de nouveau salie, cinq ans après le scandale "dieselgate" de falsification systématique des tests anti-pollution chez Volkswagen.

Le constat semble déjà avoir été dressé par le gouvernement. Alors qu'il avait initialement jugé que la BaFin, l'autorité de surveillance des marchés financiers, avait "travaillé très dur" et "fait son travail", le ministre des Finances, Olaf Scholz, lui a reproché des erreurs mardi 23 juin en promettant d'étudier un possible durcissement des règles de contrôle des entreprises. "Le ministère des Finances, tout comme [...] la BaFin, doit s'expliquer", estime Florian Toncar, député au Bundestag.

Felix Hufeld, le président de la BaFin, a reconnu que le dossier Wirecard était "un désastre absolu" et que l'institution qu'il dirige, comme d'autres, avait commis des erreurs. La BaFin a certes ouvert des enquêtes liées à Wirecard ces derniers mois... Mais pour viser des vendeurs à découvert et des journalistes qui mettaient en cause la sincérité des comptes de l'entreprise.

"L'opacité était tout simplement extrême"

Barry Norris, d'Argonaut Capital Partners, est l'un des gérants de fonds qui ont misé sur la chute du cours de l'action Wirecard après s'être vu présenter par la société un document de 50 pages truffé de graphiques mais avare de chiffres. "L'opacité était tout simplement extrême", a-t-il dit à Reuters.

Pour certains investisseurs, la solution consisterait à renforcer les pouvoirs des administrateurs non-exécutifs en matière de surveillance des dirigeants d'entreprise. "Dans le cas de Wirecard, le conseil de surveillance ne semblait pas disposer du pouvoir de modifier les comportements", estime ainsi Kathleen Dewandeleer, d'Aberdeen Standard Investments à Londres.

Le cas Wirecard illustre aussi le réflexe allemand consistant à privilégier la protection des entreprises. "C'est un formidable exemple qui démontre [...] la culture anti-hedge fund et anti-ventes à découvert existant en Allemagne", dit ainsi Christian Putz, directeur général d'ARR Investment Partners.

Wirecard doit négocier en urgence avec ses créanciers

Wirecard a repoussé le 18 juin la publication de ses comptes pour 2019, faute de leur validation par le cabinet EY. L'entreprise a ensuite annoncé le retrait de ses résultats préliminaires 2019, de ceux du premier trimestre 2020 et de ses prévisions. La fintech comptait des géants comme Visa et Mastercard parmi ses investisseurs. Elle doit désormais entamer en urgence des négociations avec ses banques créancières, auxquelles elle doit environ 1,75 milliard d'euros, pour tenter d'éviter une crise de liquidité due à ce trou dans la caisse, qui représente environ un quart de son bilan.

Certains responsables politiques qui espéraient que la réputation de sérieux et de rigueur de l'Allemagne constituait un atout pour le développement de la place financière de Francfort, se voient aujourd'hui rattrapés par les critiques. "On pouvait s'attendre à ce qu'une telle situation se passe n'importe où ailleurs mais pas en Allemagne", a déclaré le ministre de l'Économie, Peter Altmaier, au site internet t-online.

Avec Reuters (John O'Donnell et Simon Jessop ; avec Holger Hansen à Berlin et Maiya Keidan à Londres ; version française Marc Angrand, édité par Jean-Michel Bélot)

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte