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L’actionnariat salarié, un acte "patriotique" risqué

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Publié le

Alors que SPIE termine avec succès un plan d’actionnariat salarié et qu’une plainte a été déposée par des salariés actionnaires d’Areva s’estimant lésés, Pierre-Yves Gomez, directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises (IFGE-EM Lyon), revient sur les risques pris par les salariés qui entrent au capital de leur entreprise.

Les entreprises citées


D.R. - Areva

SPIE a clôturé le 11 décembre son nouveau plan d’actionnariat salarié sur un succès : lancée début octobre, la souscription a atteint 97% de son objectif. 4 millions d’actions ont été achetées par les collaborateurs du groupe, dans 14 pays, pour un montant de 53 millions d’euros. Les salariés détiennent désormais 4,7% du capital.

La France est championne d’Europe de l’actionnariat salarié, avec 44% de salariés actionnaires de leur entreprise, selon le cabinet Erès. Mais cet investissement n’est pas sans risque : fin novembre, 240 salariés d’Areva ayant acheté des actions de leur entreprise en 2013 ont porté plainte pour "fausse information", après une perte de valeur de leur investissement de quasiment 50%.

Pierre-Yves Gomez, directeur de l’Institut français de gouvernement des entreprises (IFGE-EM Lyon), soupèse les risques pris par les salariés qui investissent dans le capital de leur entreprise.

 

L'Usine Nouvelle : Pourquoi les salariés achètent-ils des actions de leur entreprise ?
Pierre-Yves Gomez : Souvent, parce qu’elles sont bon marché et représentent donc un bon investissement. Quand l’entreprise émet des actions spécifiques pour ses salariés, elle leur propose en général une prime d’émission, très favorable : les actions sont vendues environ 20% en-dessous du prix du marché. S’ils avaient le droit de revendre le lendemain, ce qui n’est pas le cas, ils feraient immédiatement une plus-value. Les salariés peuvent aussi être appelés à la rescousse pour stabiliser le capital de leur entreprise quand elle est victime d’une attaque hostile. C’est ce qui est arrivé quand Bouygues a été attaqué par Bolloré.

Est-ce risqué ?
Le capital reste un placement risqué, car lié aux vicissitudes du marché. De là vient un malentendu : les salariés se sentent embarqués dans une stratégie de défense de leur entreprise, et quand le cours de l'action baisse, ils perdent une partie de leur placement. Ils sont les défenseurs de l’entreprise et sont spoliés. Le risque dépend de la part de son patrimoine qu’un salarié investit dans son entreprise. Si elle est importante, toute variation du cours de l’action aura un effet immédiat sur son patrimoine.

Mais celui-ci est virtuel…
Certes, mais certains salariés font des investissements, achètent une maison, par exemple, en utilisant leurs actions comme garantie. Si le cours baisse fortement, ils sont très exposés. C’est ce qui est arrivé à certains salariés de France Télécom qui ont dû revendre leur bien immobilier. Mais ce sont rarement les entreprises risquées, avec une forte volatilité de leurs actions, qui ouvrent leur capital à leurs salariés, même si cela arrive.

Les salariés d’Areva estiment, eux, ne pas avoir disposé des bonnes informations économiques sur leur entreprise avant de s’engager dans l’achat d’actions. Est-ce un autre type de risque ?
Les libéraux affirment que les salariés sont bien placés pour savoir si l’entreprise est viable. Mais en fait, pour eux, il s’agit d’un acte patriotique, qui reste un pari. Les salariés d’Areva ont pris le risque d’être citoyens, et ils ont le sentiment d’avoir été manipulés, car cette citoyenneté ne leur a pas été bénéfique.

La justice devra se demander quelle était l’information pertinente à leur fournir. L’entreprise va plaider la bonne foi. Pourtant, une information ne peut pas être totalement transparente. Si elle est alarmante, elle fait chuter les cours, si elle est trop optimiste et est démentie, elle fait aussi chuter les cours…

D’un point de vue d’éthique des affaires, toute entreprise doit s’interroger : jusqu’où doit-elle aller dans l’information sans gruger les salariés ? L’actionnariat salarié est peut-être une forme d’engagement des salariés en faveur de leur entreprise. Mais du coup, s’ils ont l’impression de s’être fait avoir, le désengagement est tout aussi grand. Or un employeur ne doit pas oublier que les salariés, de protecteurs de l’entreprise, peuvent devenir ses fossoyeurs.

Quand Eiffage s’est fait attaquer par le groupe de BTP espagnol Sacyr, en 2007, le PDG de l’époque a bloqué les ventes d’actions des salariés, qui détenaient un quart du capital. Eux aussi peuvent être intéressés par le gain financier qu’apportent des actions !

Propos recueillis par Cécile Maillard

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1 commentaire

Nom profil

17/12/2015 - 11h28 -

Il y a 2 façons d'être actionnaire:
- non impliqué (par exemple, on joue et on veut des gains, et rapides)
- impliqué. Ce qui signifie "qu'on ai été impliqué par la structure", donc une gouvernance sans langue de bois et si possible en temps réel.
Mon avis c'est qu'on ne peut pas mélanger les deux - sinon on perd la motivation première de la structure.

C'est possible d'être un actionnaire impliqué dans une structure "à taille et activité compréhensible par tous" ( = humaine; beaucoup de Scop - et jusqu'à + de mille personnes - marchent très bien).
A l'inverse, les grandes structures ("d'êtres humains", quelles qu'elles soient) nécessitent des axes et des actes politiques liés à un mode de décision simplifié, car il est vital qu'il soit rapide, compte tenu de l'inertie naturelle du nombre (sauf en manipulant les foules!) et de l'impossibilité même de comprendre tout ce qui passe en temps réel "dans la tête" d'un tel nombre.
Dans ce cas, on ne peut pas impliquer tout le monde - d'où l'apparition naturelle de cette maladie quasi-dermatologique des grands ensembles humains (quels qu'ils soient) : "la langue de bois".
Enfin, il y a une part nécessairement secrète dans l'activité de chaque groupe humain, et ça ne satisfait pas tout le groupe si on ne lui explique pas, au moins, pourquoi.
La solution: morceler les groupes d'actionnaires internes, dans ces grands groupes, selon une logique "ethnologique" (la production, les commerciaux, la maintenance, les anciens, les "Europe", les... etc. selon une pertinence sociologique à étudier) avec un programme d'information-communication interne commun, et une communication orale adaptée, la plus limpide possible.
Et c'est bon pour le management ... et le moral!
Cela se prépare, c'est vrai.
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