Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Auto

Jean-Claude Volot : "La créativité en matière de perversion dans le monde des acheteurs est infinie"

, , , ,

Publié le

En quête "d’humanisation de la relation entre sous-traitants et fournisseurs", Jean-Claude Volot, le médiateur à l’industrie nous livre, deux mois après sa nomination par Christian Estrosi, le ministre de l’Industrie, ses premiers constats sur sa mission, et sa principale obsession : créer des filières fortes.

Jean-Claude Volot : La créativité en matière de perversion dans le monde des acheteurs est infinie
Jean-Claude Volot,Médiateur national inter-entreprises et de la sous-traitance
© DR

Après deux mois à la médiation, Jean-Claude Volot a déjà 15 dossiers collectifs et 50 dossiers individuels à traiter, soit environ 70 000 salariés représentés par ces doléances entre sous-traitants et donneurs d’ordres.  Peu avant le déplacement de Christian Estrosi lundi à Metz pour faire le point sur sa mission de médiation, Jean-Claude Volot nous livrait ses ambitions et sa méthode pour « humaniser la relation entre clients et fournisseurs », avec comme devise, inscrite sur son papier en-tête « d’abord ne pas nuire ».  Pour réaliser ses ambitions, Jean-Claude Volot part d’un constat préliminaire simple : la pression  subie par les sous-traitants prend sa source dans la tyrannie du client. En tirant les prix, un effet domino s’installe et le sous-traitant voit ses marges comprimées entre le donneur d’ordres et le fournisseur de matière première. Pour lui, le sous-traitant est comme au milieu du sablier, étranglé par les marges réalisées en amont et en aval par un double effet d’entonnoir. Pour lui, en créant des filières où chacun se préoccupe du sort des fournisseurs, ce goulet d’étranglement par les marges serait appelé à disparaître.

L'Usinenouvelle : Vous avez été nommé en avril « Médiateur national inter-entreprises et de la sous-traitance ». Quelle est, deux mois après cette nomination, votre ambition à ce poste ?

Jean-Claude Volot : Que l’on aborde la relation entre clients et fournisseurs comme une processus qualité. J’ai pour ce faire rencontré les personnes de l’Afnor et l’ISO  afin que l’on crée une entrée de plus dans l’ISO 9000 : un point « qualité relationnelle avec les fournisseurs ». Il est bien sûr essentiel de pouvoir tout se dire, mais il faut aussi créer un espace d’écoute et instaurer une relation de qualité. Notre objectif à la médiation est que chaque entreprise nous remonte ses problèmes, qu’elle nous raconte quel type de problème elle rencontre.

Que se passera-t-il une fois ces problèmes remontés ?

A terme, nous allons dresser sur notre site une cartographie des anomalies de qualité relationnelle afin que l’on puisse mettre des actions correctives, comme dans la qualité, pour supprimer ce défaut. Aujourd’hui quand je vois dans le ferroviaire, des gens passer des commandes à trois mois alors qu’ils ont des commandes à cinq ans et des perspectives à dix ans, il est facile d’analyser pourquoi la filière ferroviaire ne fonctionne pas bien.  A l’identique, dans l’aéronautique, tous les trimestres les grands donneurs d’ordres viennent dire aux équipementiers et aux fournisseurs quelles seront les commandes à un an, à deux ans, à trois ans, et à chaque réunion ça change. Pourtant, dans l’aéronautique, par exemple avec le projet Corac, la feuille de route est tracée pour de longues années, à charge à chacun de suivre ou pas (et on s’arrangera pour que tout le monde suive).  Avec un projet comme Corac,  nous pouvons mesurer l’importance des plates-formes pour une filière.

"Carlos Ghosn à un coup de retard"

Jean-Claude Volot



A l’image de celle créée dans l’automobile ?

Oui, c’est le modèle défendu par Christian Estrosi, et c’est celui qu’il faudrait imposer à toutes les plates-formes. Récemment je participais à une rencontre pour faire le point sur la plate-forme automobile. J’y ai vu deux conceptions pour la filière : celle du patron de Peugeot et celle du patron de Renault. Philippe Varin, le PDG Peugeot est totalement dans un esprit de filière, à savoir : « je me préoccupe de mes rangs 1, qui se préoccupent de mes rangs 2 qui se préoccupent de mes rangs 3. Je globalise, et je regarde comment je peux  dégager de la rentabilité à tous les étages de ma filière. »  Si, en tant que leader je veux créer de la valeur pour mon entreprise, il faut que trouver le moyen de donner de la valeur à ma filière. A cette conception de Peugeot s’oppose celle de Renault. Carlos Ghosn, le « maestro de la stratégie »,  est pour moi d’une autre d’époque en étant encore dans un discours d’inflexion des marges à son profit. Avec cette réflexion, il a un coup de retard. Le patron de Peugeot est là où il faut être aujourd’hui et il sera puissant, car il gonfle sa filière, comme Toyota, comme Volkswagen ou comme certains groupes coréens l’ont fait. Il a bien compris que l’avenir était là et non plus dans l’assèchement des marges.

Concrètement, dans votre mission, vous traitez les problèmes par filière ? 

Dans ma lettre de mission on me demande de traiter les médiations individuelles à condition que l’entreprise réclamante accepte d’être déclarée au donneur d’ordres. Donc il y en a peu, une cinquantaine tout au plus. Les plus grands dossiers sont des médiations collectives, à travers les fédérations professionnelles qui se plaignent, par exemple les fondeurs, les moulistes, les ingénieristes qui apportent des réclamations. On entreprend les débats et les discussions. Mais on réglera les problèmes de manière macro. L’idée est bien celle des filières, telles que sorties des états généraux de l’industrie.

Vous évoquez parfois la « maltraitance » subie par les sous-traitants. Le terme n’est-il pas un peu fort ?  

Non, et ils connaissant la  plus terrible : la maltraitance morale telle que peut parfois être la relation client entre fournisseurs et donneurs d’ordres. Il est difficile d’imaginer jusqu’où peuvent aller les acheteurs. Une famille métier peut détourner la LME. Par exemple, vous livrez en France et vous envoyez une facture depuis une filiale étrangère. Pire, certaines entreprises nous disent qu’elles ne peuvent pas envoyer une facture sans autorisation du client, même si le client est livré. La créativité en matière de perversion dans le monde des acheteurs est infinie, comme chez les humains. Mais je leur dis bien : « Nous ne sommes pas dupe. » Mon objectif est de réhumaniser la relation et cela passe par une optimisation des plates-formes, des filières, et si l’on y arrive améliorerons les choses. Si nous avons d’autres leaders comme Philippe Varin, et il y en a, les choses iront dans le bon sens pour l’industrie française.

Pour finir, quel conseil donnez-vous aux fournisseurs ?

D’être contra-cyclique et de chercher d’autres clients quand les affaires fonctionnent. Il faut qu’il soit autonome et indépendant. Un fournisseur qui a plus de 50% de son portefeuille avec un seul client est mort. Nous avons une règle, celle des 15%. Quand on vous propose plus, il faut refuser et se diversifier. L’intérêt court terme du client n’est pas l’intérêt du fournisseur. Et du côté du client, il faut chercher un fournisseur indépendant, qui peut conforter ses fonds propres, qui peut investir, faire de la R&D. Quand des acheteurs comprendront que c’est par là que passe l’intérêt des filières, alors nous aurons des filières fortes.
 

Pour aller plus loin :

? Le site du médiateur
? Le portrait de Jean-Claude Volot

Réagir à cet article

4 commentaires

Nom profil

14/06/2010 - 12h27 -

Ce qui ce passe dans le bâtiment est scandaleux les 3 ténors saignent leurs sous traitants d'une façon abominable, je ne comprend pas pourquoi les collectivités travaillent avec des entreprises générales sur leurs projets ce n'est de l'intérêt de personne.
Répondre au commentaire
Nom profil

10/06/2010 - 10h29 -

...et à l'inverse l'autre phrase serait : La créativité en matière de persuasion dans le monde des vendeurs est infinie?
Répondre au commentaire
Nom profil

08/06/2010 - 21h29 -

Quel angélisme! En fait tout n'est que rapport de force et PSA semble mieux l'habiller que Renault mais c'est pareil. Et cela car on oublie le client final qui est la cause de tout parcqu'il veut payer ses voitures moins cher!
On pourrait faire l'économie de ces médiations inutiles.
Répondre au commentaire
Nom profil

08/06/2010 - 21h29 -

Quel angélisme! En fait tout n'est que rapport de force et PSA semble mieux l'habiller que Renault mais c'est pareil. Et cela car on oublie le client final qui est la cause de tout parcqu'il veut payer ses voitures moins cher!
On pourrait faire l'économie de ces médiations inutiles.
Répondre au commentaire
Lire la suite
Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle