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Jean-Baptiste Rudelle (Criteo) : "Les freins sont dans la tête"

Publié le

Pour le fondateur de Criteo, entreprise qui pèse plus de 2 milliards de dollars au Nasdaq, les entrepreneurs français vont créer de plus en plus de champions mondiaux.

Jean-Baptiste Rudelle (Criteo) : Les freins sont dans la tête

Sommaire du dossier

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Y aura-t-il plus d’entrepreneurs demain ?

Il y a déjà eu un changement considérable. Après l’éclatement de la bulle internet, début 2000, les start-up avaient assez mauvaise réputation. Dans l’esprit de beaucoup de monde, c’était un truc réservé aux Américains, mais que l’on arriverait jamais à dupliquer en France. Et puis quelques belles histoires, dont Criteo, ont fait prendre conscience que les start-up pouvaient non seulement générer de l’argent, créer de l’emploi, mais aussi se développer à l’international. Cela a donné plus d’ambition à une nouvelle génération d’entrepreneurs. Souvent les freins à la croissance sont dans la tête. Vous vous autolimitez pour ne pas avoir l’air ridicule. Cela influence votre manière de gérer votre croissance. Avoir plus d’exemples crédibles crée de l’émulation. Cette nouvelle génération va produire des champions mondiaux de taille de plus en plus importante. Je pense que cette tendance va s’accélérer dans les prochaines années.

Est-ce une évolution spécifiquement française ?

La France est plutôt en train de combler son retard. Les pays nordiques ont initié le mouvement. La Suède a développé Spotify et Skype entre autres, or c’est un petit pays. Mais leur culture de partage est davantage propice à la réussite. Cette culture venue de Californie est en train de se diffuser dans le monde de l’internet en Europe et en France. Comme notre pays a aussi des atouts à faire valoir, nous reprenons la place qui correspond à notre potentiel.

Quels sont nos atouts ?

La France forme des ingénieurs très qualifiés qui sont une ressource très importante pour les start-up technologiques. Contrairement au discours dominant, l’environnement fiscal français est bon. Sur certains aspects, comme le dispositif de jeune entreprise innovante ou le crédit d’impôt recherche, il est plus avantageux que d’autres. Beaucoup d’incitations à l’innovation existent. Je ne dis pas que tout est parfait, mais prétendre qu’on ne peut pas créer d’entreprise en France parce qu’il y a trop d’impôt est réducteur. C’est plus facile de créer une start-up en France que dans d’autres pays. C’est parce que cela marchait bien en France que Criteo est parti à la conquête du marché américain. Mais notre plus gros site reste Paris.

Vous avez lancé le projet Galion avec d’autres entrepreneurs de la french tech comme Frédéric Mazzela (BlaBlaCar). Quel est votre objectif ?

Nous avons fait pas mal d’erreurs avec Criteo. L’objectif est que la nouvelle génération puisse aller plus vite en bénéficiant d’un partage d’expérience et accélérer le rattrapage avec les autres pays européens et la Californie. Les entrepreneurs sont finalement des gens très seuls et sont demandeurs d’échanges. Nous avons publié une étude par exemple sur comment répartir le capital entre fondateurs. Quand une nouvelle industrie émerge, il y a en général dix à vingt concurrents sur la ligne de départ. Deux ans plus tard, un est souvent devenu très gros et les autres ont disparu. Cela tient parfois à des petites décisions, ce que les Américains appellent l’exécution. La mise en œuvre est souvent plus importante que l’idée.

La France est championne des créations d’entreprises, mais que faut-il pour les faire grandir ?

On crée des PME en France, mais peu de start-up. Les PME sont destinées à rester petites. Les start-up ont, dès le départ, été conçues pour avoir un maximum de croissance, ce qui implique des critères concrets : avec qui je m’associe ? Est-ce que je suis prêt à ouvrir mon capital ? À associer mes salariés au résultat pour attirer des talents ? Chez Criteo par exemple, 100 % des salariés sont intéressés au capital, mais peu d’entreprises françaises s’y sont mises. Ces trois critères sont des évidences dans la Silicon Valley. C’est culturel.

Les grandes écoles font partie de ce problème culturel ?

Pendant longtemps, les talents des grandes écoles étaient aspirés par les grands groupes. C’est en train de changer. Il y a quelques années, j’avais voulu parler de l’entrepreneuriat dans mon ancienne école d’ingénieurs Supélec. Le directeur était réticent, car il était jugé entre autres sur le salaire moyen de sortie. La nouvelle direction a un autre état d’esprit et a mené une réflexion pédagogique pour aider les élèves à monter leur start-up. Tous ne sont pas destinés à devenir entrepreneurs, mais certains ont cela au fond d’eux.

Qu’attendez-vous des politiques ?

Il y a un aspect communication important dans le discours politique et il faut encore mettre en valeur la création d’entreprise. La puissance publique dispose aussi d’énormément de données qui peuvent soutenir de nouveaux services. Certains pays sont plus volontaristes que la France dans l’open data et cela nécessite de la volonté politique.

Le manque de financement est-il un frein ?

C’est un faux problème. Les bons projets arrivent à se faire financer. Le capital-risque est mieux développé qu’en Allemagne ou en Italie. Lorsque les start-up en sont au stade d’aller à l’international, il est justifié d’aller chercher des financements ailleurs.

Le numérique creuse les inégalités. Faut-il réguler plus fortement ce secteur ?

Dans certains secteurs, le numérique crée de l’hyper-concentration et le législateur doit être volontariste pour éviter des abus de position dominante. On pourrait imaginer un certain nombre de données accessibles à des tiers pour permettre à tout le monde de participer à l’écosystème de manière égalitaire. Cette forte concentration creuse effectivement les inégalités. C’est un vrai débat citoyen qui va devenir de plus en plus important dans l’avenir.

trois idées phares pour 2017


La France peut devenir le pays européen comptant le plus de licornes « Des start-up du numérique valorisées de plus d’un milliard de dollars. Les succès de Criteo, Sigfox ou BlaBlaCar encouragent la nouvelle génération à voir grand dès le départ. »

La France est un paradis fiscal pour start-up « Contrairement aux idées reçues, l’environnement fiscal est plutôt plus favorable que dans d’autres pays, grâce aux multiples dispositifs de soutien à l’innovation. Le manque de fonds d’investissement d’une certaine taille n’est pas non plus une bonne excuse. »

La différence avec la Californie est surtout culturelle « Intéresser tous ses salariés à la réussite de l’entreprise, s’associer à d’autres et ouvrir son capital sont des réflexes sur la côte ouest américaine. Pas encore ici. »

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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