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J’ai testé pour vous la méditation pleine conscience

Publié le

La pratique de la pleine conscience se développe dans les entreprises pour apaiser les relations dans les organisations et affronter avec lucidité les questions qui s’y posent. Plus qu’un outil de management c’est une démarche individuelle. L’école de management de Grenoble en a fait le sujet d’une chaire et a convié quelques journalistes à participer à un atelier d’initiation. Expérience vécue. Et sans filet.

J’ai testé pour vous la méditation pleine conscience
Yeux mi-clos, la meilleure façon de méditer
© CC

"Ecoutez votre souffle. Lâchez vos pensées ruminantes. Laissez de l’espace à vos émotions négatives. Elles sont comme des animaux sauvages. Si vous les enfermez dans une cage, elles vont vous tourmenter, si vous les laissez gambadez dans de grands espaces, elles vous laisseront en paix. Vous n’êtes pas votre émotion, vous l’observez tranquillement en vous concentrant sur votre respiration". Erwin Glatter, maître de conférence et ancien moine bouddhiste, dispense d’une voix douce ses conseils à un groupe de quelques journalistes.

Nous formons un cercle, assis sur des chaises de bureau dans une grande salle claire. Nous ne sommes pas dans un monastère mais à l’école de management de Grenoble. Bercé par la voix matinée d’un léger accent autrichien, nous sommes partis pour une séance d’initiation à la pleine conscience.

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La pratique, que l’on connaît aussi sous son vocable anglais de "mindfullness" en anglais gagne la sphère professionnelle. A l’école de management de Grenoble on a même monté une chaire sur le sujet qui associe une dizaine d’entreprises comme les sociétés d’informatique Hewlett Packard ou E2V ou les industriels Araymond, Böllhof ou Guichon valves. Ces entreprises très sérieuses ne sont pas parties dans un trip New Age, elles misent sérieusement sur la pratique pour améliorer les relations de travail, le bien-être de leurs salariés et au final leur performance. Sur des programmes, souvent conçu sur des modules de huit semaines à raison de deux heures par semaine, ces sociétés initient leurs dirigeants et salariés volontaires. La méthode a été développée par le neurologue américain Jon-Kabat-Zinn et popularisé en France par le psychiatre Christophe André.  Donc à quoi ça ressemble une session de méditation pleine conscience ?

Ce jour-là, nous ferons trois types d’exercices de focalisation de l’attention. Car le principe de la pleine conscience c’est d’être là, ici et maintenant, d’être vraiment présent à soi et aux autres.  En gros tout le contraire de nos vies professionnelles, empêtrées par des sollicitations constantes de mails, d’appels, de regrets des choses à faire, d’angoisse de la "to do list" qui s’allonge, de réponses à la va-vite à des collaborateurs que nous prenons à peine le temps d’écouter.

Les émotions sont des animaux sauvages

Après une petite introduction où Erwin nous explique qu’il faut nous détacher des pensées automatiques constantes qui encombrent notre cerveau, nous passons au premier exercice pratique où nous allons nous focaliser sur notre souffle. Il faut avoir les yeux mi-fermés (pour se concentrer) et mi-ouverts (pour ne pas se détacher du moment présent). Pas facile. Normalement il faut bien qu’une porte soit ouverte ou fermée. Je glisse un œil sur mes voisins, ils ont l’air d’y arriver.

La voix qui nous guide se fait de plus en plus douce, Erwin chuchote presque, j’ai peur de m’endormir, alors j’ouvre un peu plus les yeux. Du coup, je suis attirée par le magnifique panorama sur le massif de la Chartreuse sur lequel s’ouvre la baie vitrée, il y a un grand soleil aujourd’hui. Zut j’en oublie mon souffle. Mais Erwin est là, il a dû le sentir, il conseille de penser à un paysage que nous affectionnons et de le visualiser, retour à l’intérieur de moi-même. Tant pis pour la Chartreuse. Ce n’est pas très agréable, j’ai l’impression d’entendre mon cœur, je suis même un peu oppressée par mon propre souffle. Il paraît que c’est normal, il ne faut pas confondre méditation et relaxation.

Je pense aux deux papiers à écrire, à mes collaborateurs en vacances, à mon chef qui m’a demandé de réaliser une interview urgente. En plus demain c’est la grève, je vais avoir du mal à rentrer à Paris. Mais qu’est ce qui m’a pris de me fourrer dans cette galère ? Erwin intervient pour nous dire qu’il faut être bienveillant avec nous-mêmes, qu’il faut cesser d’être notre propre ennemi. C’est vrai après tout, c’était mon idée d’aller comprendre ce qui intéressait les entreprises dans la pleine conscience pour en parler à nos lecteurs. Donc j’ai fait le bon choix et les autres articles je les ferais plus tard. J’ai raison d’être là. Erwin arrête de parler, nous allons faire silence pendant cinq minutes pour nous concentrer sur notre souffle. Ca se passe mieux, je reprends confiance.

J'ai un trou à ma chaussette

Mais les exercices de focalisation de l’attention ne se pratique pas qu’assis, on peut aussi être en mouvement. Nous attaquons la méditation en marchant. Quelques enseignants de l’école management de Grenoble présent, adeptes de la pleine conscience, enlèvent leurs chaussures, car il va nous falloir sentir tout notre corps et nos pieds sur le sol. Moi aussi du coup. Pas de chance, j’ai un trou à ma chaussette. J’ai un peu honte et pour désamorcer je le fais remarquer en souriant bêtement. L’assemblée est bienveillante. Je ne me réduis pas à mon trou dans ma chaussette. Erwin lance son appli sur smartphone (il en existe de nombreuses) qui décomptera les cinq minutes où nous allons cette fois-ci sentir notre marche. Avant il indiquait la fin avec un petit gong tibétain mais il veut se défaire de ce folklore pour marquer le fait que la pratique est laïque. On n’est pas dans une secte.

Les yeux toujours mi-fermés nous déambulons tous dans la salle, en nous attachant au déroulé des pieds qui se posent sur le sol. C’est vrai que l’on prête rarement attention à sa marche. J’entends mes articulations qui craquent à chaque pas et celle de mes voisins aussi. Je suis obsédée par ces bruits, je n’arrive pas à m’en détacher, mais je stresse moins sur mes papiers à écrire. La Chartreuse brille toujours au fond de la salle. Ca y est les cinq minutes sont finies. Mais pas la séance. Selon Erwin il y a une différence entre "être occupé et être préoccupé", c’est à cela que nous entraînent ces exercices.

Lors du dernier nous allons déguster un morceau de chocolat (bio et fairtrade évidemment). Erwin distribue religieusement un carré fourré à quelque chose. A la vue ce doit être de la pâte d’amande, au goût il y a visiblement de l’orange aussi. On se rassied, on ferme les yeux, chacun malaxe, c’est plutôt bon et la déglutition prend un moment. C’est là encore un exercice pour "être à ce que l’on fait", notre guide nous indique que nous pouvons prendre ainsi plaisir à une foule de petits moments comme notre douche matinale. La pleine conscience doit nous apprendre à regarder avec lucidité notre fonctionnement et se traduire en action. Dans une situation professionnelle, après beaucoup de pratique, je devrais pouvoir dire calmement à un collaborateur qui m’agresse sur un dossier en retard. "J’entends bien le fond de ton message mais la façon dont tu l’exprimes provoque de la colère chez moi. Je te propose que nous en reparlions après pour trouver une solution." Ya plus qu’à !

Anne-Sophie Bellaiche

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3 commentaires

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31/05/2016 - 08h30 -

Merci pour ce retour d'expérience intéressant. Preuve, une fois de plus, que la médecine moderne occidentale, par ses propres protocoles, découvre et met en lumière une pratique reconnue dans la médecine traditionnelle et millénaire en Asie (ayurvédique en Inde, notamment). Par sa démarche plus cartésienne, elle apporte sans doute aussi un autre éclairage. Le seul bémol que je relève (c'est un avis personnel) dans cette démarche : le fait de toujours ramener, au final, à cette quête obsessionnelle de performance. Dans l'article, un passage m'a interpellé : "Avant il indiquait la fin avec un petit gong tibétain mais il veut se défaire de ce folklore pour marquer le fait que la pratique est laïque. On n’est pas dans une secte." Le gong tibétain saurait-il être réduit à une pratique folkorique ou sectaire ? Derrière tout regard, il y a quand même un background culturel...
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Nom profil

29/05/2016 - 10h17 -

Expérience "live" intéressante. Si vous voulez creuser encore plus, je vous invite à consulter mon blog Management Védique. Il y a un article approfondi sur les effets de la pleine conscience sur l'individu. Bonne journée.
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28/05/2016 - 15h38 -

Je propose d'envoyer en stage conjointement E Valls et Martinez le patron de la CGT
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