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[Infographie] Apprentissage, retraites, transports... Qui sont les experts du gouvernement ?

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Réforme. Les nominations d’experts en marge de l’équipe gouvernementale fleurissent. Les raisons et l’objectif de cette inflation.

[Infographie] Apprentissage, retraites, transports... Qui sont les experts du gouvernement ?

Jeudi 30 novembre, Alice Zagury, la fondatrice de l’accélérateur The Family, et son camarade de jeu Jean-Noël Barrot, député La République en marche, ont passé leur journée à sillonner l’ouest parisien. Réunion avec le comité financeur de la chambre de commerce et d’industrie des Yvelines, rendez-vous avec les commissaires aux comptes de Versailles, déjeuner au club de golf de la Boulie avec les entrepreneurs de Jouy-en-Josas puis visite de l’entreprise Oledcomm à Vélizy… Un périple quasi ministériel ! Pourtant, ils ne sont ni ministres, ni conseillers de cabinet, ni hauts fonctionnaires en exercice. Seulement responsables de la mission « financement » pour la future loi Entreprises du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Des personnes embarquées dans le quinquennat comme eux, il y en a beaucoup. Car l’exécutif s’est entouré d’une foule de personnalités à qui il a confié des chantiers. Hauts-commissaires ou délégués interministériels pour les sujets pérennes, rapporteurs de mission pour des sujets plus ponctuels… Le phénomène en lui-même n’est pas nouveau. Au début du quinquennat précédent, c’est même un « missionné » plus qu’un ministre qui avait orienté la politique économique vers une direction inattendue. Le diagnostic tranchant de Louis Gallois avait débouché sur le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) et le pacte de responsabilité. En son temps, Nicolas Sarkozy avait nommé un haut-commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, « avec un statut proche d’un secrétaire d’État puisqu’il participait au Conseil des ministres lorsque ses sujets étaient évoqués » souligne Marc Frangi, maître de conférences à Sciences Po Lyon.

Aujourd’hui, on compte pas moins de quatre hauts-commissaires (transformation des compétences, restructurations, réforme des retraites, économie sociale et solidaire). Une manière de pallier l’exécutif resserré promis par Emmanuel Macron ? En partie seulement, car la promesse s’est effilochée. Si le premier gouvernement d’Édouard Philippe, avant les élections législatives, ne comptait que 22 membres, il en est aujourd’hui rendu à 32 (17 ministres et 15 secrétaires d’État). Mais, curieusement, des ministères chargés de politiques publiques à gros budget comme celui de Muriel Pénicaud (Travail), qui doit orchestrer la réforme de la formation et un plan de compétences à 15 milliards d’euros, et d’Agnès Buzyn (Solidarités et Santé), qui doit réorienter les retraites, n’ont pas de secrétaire d’État. Parfois à leur demande. Un directeur de cabinet confie que « les échos des expériences précédentes ont montré un manque de fluidité entre le ministre et ses secrétariats d’État ».

Protéger les ministres

Pour Nicolas Matyjasik, conseiller du haut-commissaire à l’Économie sociale et solidaire (ESS), « les délégués et hauts-commissaires font de l’interministériel plus facilement tout en incarnant un sujet auprès des parties prenantes ». Autre raison plus pragmatique de l’inflation de nominations, la réduction par décret des membres de cabinet (10 pour un ministre, 4 pour un secrétaire d’État). « La norme semble très faible. Et l’on a pu constater que les administrations ont ­recruté des contractuels qui font un travail un peu semblable à celui des cabinets ces derniers mois », souligne René Dosière, ancien député (PS), expert en dépenses de l’État. Nommer des hauts-commissaires, eux-mêmes assistés de conseillers, ou missionner des experts permet de s’adjoindre des forces vives pour mener ce qu’un directeur de cabinet qualifie de « transformation phénoménale de la France » en n’enfreignant pas la règle. Le haut-commissaire à l’Économie sociale et solidaire devrait ainsi s’appuyer à terme sur une équipe de six personnes (plus qu’un secrétariat d’État), quand celle de Jean-Paul Delevoye sur les retraites grossit à vue d’œil. Quant aux experts comme Jacques Lewiner, le chercheur de l’ESPCI multi-entrepreneur qui mène un travail sur les aides à l’innovation, ou les chefs d’entreprise qui préparent la loi Le Maire, ils sont défrayés, mais pas rémunérés, bien qu’ils consacrent à leur mission en moyenne un tiers de leur emploi du temps.

Les contraintes budgétaires ne sont pas la seule motivation du gouvernement. Le recours à des personnalités extérieures permet aussi de « protéger les ministres de dossiers explosifs et de dépolitiser les sujets », estime un ancien membre de cabinet. Ce sera le cas du futur haut-commissaire aux restructurations, qui pourra se mobiliser sur la recherche de repreneurs et faire de la câlinothérapie auprès des intersyndicales, en désencombrant l’agenda du ministre. Il appartiendra aussi à Jean-Cyril Spinetta de déminer le dossier explosif du ferroviaire qui doit déboucher sur une loi en 2018 : villes desservies par les TGV, tarifs des péages, dette de la SNCF, conditions de transfert des personnels sur les lignes ouvertes à la concurrence. Les parties prenantes sont multiples : usagers, élus locaux, syndicats de la SNCF… et déjà à cran.

Une sélection soignée

On attend de chacun des diagnostics et des positions franches qu’un ministre a parfois des difficultés à tenir. Ces discours sans concessions, la Cour des comptes, une institution de la République qui n’est pas avare de rapports, ne s’en embarrasse pourtant pas. Mais, selon l’un de ses magistrats, « la Cour décide elle-même de ces sujets, ne répond pas à une question politique et n’est pas là pour faire de la concertation ». Effectivement, Édouard Philippe a déjà bien orienté la mission Spinetta en déclarant « qu’après avoir doté la France du réseau à grande vitesse le plus performant d’Europe, il est temps d’orienter ce secteur vers les mobilités du quotidien » et que « dans un monde qui va s’ouvrir […] à la concurrence, il est impératif que nous réfléchissions aux moyens d’assurer la stabilité et la compétitivité de ce secteur ». Parmi les nombreuses personnalités missionnées par le ministère du Travail, beaucoup sont concentrées sur des enjeux de concertation très chronophages, notamment Sylvie Brunet, qui travaille sur l’apprentissage avec le soutien logistique de France Stratégie.

La sélection des personnalités est soignée. Certes, on retrouve quelques très proches d’Emmanuel Macron, comme Thomas Cazenave, délégué interministériel à la transformation publique et ex-membre de son cabinet à Bercy, et Jean-Paul Delevoye, qui a géré les investitures des parlementaires d’En Marche. Mais l’idée est « de recruter des experts ultra-qualifiés sur les sujets », défend le proche d’un ministre. Le haut-commissaire à l’ESS, Christophe Itier, était le président du Mouvement des entrepreneurs sociaux, Jean-Marc Borello, missionné sur les contrats aidés, est à la tête d’une grande entreprise d’insertion, le groupe SOS, le mathématicien et député (LREM) Cédric Villani est la tête chercheuse du gouvernement sur l’intelligence artificielle.

L’exécutif a aussi monté de nombreux binômes composés d’un expert de la société civile et d’un député, manière d’associer le Parlement en amont des réformes. « Être en binôme avec des parlementaires, et pas uniquement entre industriels, permet de comprendre les contraintes de deux côtés », témoigne Lionel Baud, le patron de Baud Industries. Et comme la plume est toujours tenue par des inspecteurs généraux des ministères, l’administration est dans la boucle dès le départ. Restera aux « vrais » politiques à faire le tri dans tout cela. Sachant que chacun a été briefé pour se limiter à quelques recommandations opérationnelles. « Hier, nous avons fait un premier crash test de nos propositions avec des entrepreneurs. Nous en avons supprimé deux », témoigne Clémentine Gallet, la PDG de Coriolis et responsable du groupe création et croissance pour la future loi Le Maire. Du côté des experts, le message a été reçu. Seront-ils écoutés ? 

Les experts du quinquennat

L’exécutif s’est entouré de nombreuses personnalités à qui il a confié des chantiers pour déminer, concerter, afficher ses priorités ou sa volonté de co-construire les réformes. Petite typologie subjective.

Les « déceptions » du Conseil de la simplification

C’était l’un des symboles du « choc de compétitivité » de François Hollande. Depuis le 1er juin, le Conseil de la simplification a tiré le rideau. Les fonctionnaires mobilisés, une quinzaine, sont repartis dans leurs administrations d’origine. Faire travailler ensemble chefs d’entreprise, fonctionnaires et parlementaires pour faire émerger des idées nouvelles, la méthode est proche de celle revendiquée par le nouveau gouvernement. Soufflée par Thierry Mandon, ancien secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur, la création du Conseil a été portée à bout de bras en 2013 par le secrétaire général adjoint de l’Élysée, Emmanuel Macron. « Repartir de zéro à chaque nouvelle majorité est regrettable. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles on n’y arrive pas », pointe Guillaume Poitrinal, l’ancien patron d’Unibail qui a coprésidé le Conseil pendant deux ans, surtout « déçu par le manque de continuité ». Pour relancer le chantier, le gouvernement a commandé un nouveau rapport au patron de Kusmi Tea, Sylvain Orebi, et à la députée LREM Sophie Errante, dans le cadre de son projet de loi « entreprises » prévu pour avril. De quoi laisser dubitatif Guillaume Poitrinal, pour qui « faire des catalogues d’idées ne sert à rien car la difficulté vient de la mise en œuvre ». Lui-même reconnaît que la dynamique du Conseil, qui a fait émerger 300 mesures de simplification, s’est essoufflée lorsque l’Élysée, puis Matignon, s’en sont désintéressés. La mauvaise volonté de l’administration et le poids des lobbys ont repris le dessus. 

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