Environnement

“Il faut réduire le pouvoir des multinationales sur nos vies”, selon le porte-parole d'Attac Maxime Combes

Simon Chodorge , , , ,

Publié le

Entretien Attac entend manifester contre "l'impunité des multinationales" les 12 et 13 octobre, en visant notamment le groupe Total. Maxime Combes, porte-parole de l'association, expose à L'Usine Nouvelle leurs raisons et moyens visant à une régulation des grands groupes internationaux.

“Il faut réduire le pouvoir des multinationales sur nos vies”, selon le porte-parole d'Attac
Avec BNP Paribas et Total, Amazon fait partie des trois multinationales visées par un week-end d'actions d'Attac.
© Laetitia Duarte Filet

Attac, l’association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne, a prévu un week-end de mobilisation contre Amazon, BNP Paribas et Total les 12 et 13 octobre. L’association prévoit de bloquer les automates des trois entreprises partout en France pour dénoncer “l’emprise néfaste de ces multinationales”.

Ces manifestations interviennent avant deux rencontres internationales importantes. La Commission des Nations Unies pour le droit commercial international (CNUDCI) doit se réunir à Vienne (Autriche) du 14 au 18 octobre sur la “réforme du règlement des différends entre investisseurs et États”, c’est-à-dire les tribunaux d’arbitrage. Hasard du calendrier, au même moment à Genève (Suisse), un groupe de travail intergouvernemental des Nations Unies planchera sur un projet de traité contraignant sur les multinationales et les droits humains. Avant ces deux réunions, le porte-parole d’Attac, Maxime Combes, économiste de formation, livre son analyse sur la régulation des multinationales.

"Amazon a une emprise sur les entreprises locales"

L'Usine Nouvelle. - Pourquoi cibler précisément Amazon, BNP Paribas et Total ?

Maxime Combes. - Ces trois entreprises sont emblématiques des conséquences des agissements des multinationales en termes social, environnemental et démocratique. Total est l’une des vingt entreprises à l’échelle internationale qui depuis 1965 a le plus émis de gaz à effet de serre, selon un classement du Guardian. BNP Paribas est l’une des plus grandes banques françaises et l’une des plus impliquées dans le financement des activités nocives pour le climat. Enfin Amazon est devenu un géant international qui a une emprise sur l’ensemble des économies nationales et sur les entreprises locales parce qu’elles ont besoin d’être référencées sur internet et sont dépendantes du bon vouloir d’Amazon. On le voit avec la décision d’Amazon de renvoyer sur les petits fournisseurs français la taxe GAFA qui a été voulue par le gouvernement français. Amazon incarne également une disparition de commerces traditionnels pour le développement du commerce en ligne avec des conséquences sociales extrêmement fortes (pertes d’emploi, création d’emplois précaires et pénibles).

Quelles sont vos revendications pour ces deux réunions ?

Il existe 3 400 accords internationaux à travers les traités de commerce et d'investissement et les tribunaux d’arbitrage qui donnent des droits très importants aux multinationales. Il ne faudrait plus donner et étendre les droits des multinationales à travers les tribunaux d’arbitrage qui empiètent sur la capacité de régulation des pouvoirs publics. À l’inverse, il faudrait exiger un traité international qui régule les activités des multinationales et qui puisse donner des droits d’accès à la justice pour les populations qui sont victimes des agissements des multinationales. C’est un sujet moins présent dans nos pays occidentaux parce que nous avons un accès à la justice quand on est victime d’une violation d’une multinationale. C’est par contre un enjeu décisif pour bon nombre de pays du Sud où des populations n’ont pas accès à la justice de leur pays et à la justice internationale.

"Il faudra certainement arriver au démantèlement de certaines multinationales"

Est-ce que la régulation des multinationales doit forcément passer par leur démantèlement ?

Il existe toute une série de régulations qui peuvent être menées avant même de penser au démantèlement d’Amazon : lutte contre l’évasion fiscale, préservation ou extension des droits sociaux, lutte contre la pénibilité au travail, défendre l’existence des commerces locaux. De fait, en France, nous avons une loi anti-Amazon antérieure à l’émergence du groupe : le prix unique du livre. On peut imaginer des régulations de ce type sur d’autres secteurs.

Mais à terme, il faudra certainement arriver au démantèlement de certaines multinationales. Si on veut appliquer des politiques qui sont aujourd’hui énoncées mais pas mises en oeuvre, notamment sur le réchauffement climatique, il faut réduire le pouvoir des multinationales sur nos vies. Pour réduire ce pouvoir, on peut agir par la régulation publique nationale, européenne ou internationale. À un moment donné, il faudra se poser la question du démantèlement d’un certains nombre d’acteurs internationaux. Ce n’est pas impossible. Cela a déjà été fait aux États-Unis avec Standard Oil.

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