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L'Usine de l'Energie

"Il faut plus de financements publics et privés pour le climat !", alerte Laurent Fabius

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Publié le , mis à jour le 07/06/2015 À 08H43

Entretien Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères et président de la COP21, souhaite que les décisions de la conférence du mois de décembre 2015, à Paris contribuent à l’émergence d’une croissance verte.

Il faut plus de financements publics et privés pour le climat !, alerte Laurent Fabius © GOGNY Thomas

L'Usine Nouvelle - Nous sommes à un peu plus de 200 jours de la COP21. Le président de la République a récemment évoqué les obstacles qui se dressent pour obtenir un accord. Êtes-vous optimiste sur l’engagement des pays à propos de la réduction de leurs émissions de CO2 ?

Laurent Fabius - Le contexte de la COP21 à Paris en décembre sera différent des précédentes. Trois changements importants se sont produits. Sur le plan scientifique, le phénomène du réchauffement climatique et son origine humaine ne sont plus sérieusement contestés. À partir du moment où les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ont mis en évidence ce lien, cela modifie la donne et le climatoscepticisme n’est plus justifiable.

Le deuxième changement concerne l’attitude de certains États émetteurs majeurs de gaz à effet de serre. Je pense à l’accord passé entre les États-Unis et la Chine. Le fait qu’ils s’engagent réellement est déterminant, car ce sont le premier et le deuxième pays émetteurs de CO2.

Enfin, les entreprises ont opéré une double prise de conscience. D’une part, elles ont compris que le réchauffement climatique constitue un risque d’ensemble et touche leurs propres activités. D’autre part, que la lutte contre le réchauffement climatique peut être source d’une croissance, la croissance verte. Ces éléments sont positifs pour favoriser la conclusion d’un accord, mais il faut rester prudent car il s’agit de mettre d’accord 195 pays, qui ont des différences objectives de situation, sans même parler de leurs différences politiques. Tout cela rend l’obtention nécessaire d’un consensus extrêmement complexe.

Quel accord peut-on espérer ? Un accord a minima ?

Beaucoup de pays voudraient un traité international classique en bonne et due forme. D’autres, comme les États-Unis, nous disent leurs difficultés car le Congrès ne le voterait pas. C’est peut-être pour cela que l’on a confié la présidence de cette COP à un diplomate...

Concernant le succès, je reprendrai volontiers cette formule de Léon Blum : "Je le crois, parce que je l’espère." Donc oui, je souhaite évidemment qu’un accord soit possible à Paris en décembre, il est indispensable et nous y travaillons activement. Mais si je n’avais que l’espoir d’un accord a minima, je ne vous recevrais pas avec autant de bonne humeur...

En matière de lutte contre le réchauffement climatique, qu’attendez-vous des entreprises ?

Nous avons décidé à Lima, lors de la COP20, que les COP comprendraient désormais un agenda de solutions ! Derrière cela apparaît l’idée que les gouvernements ne doivent pas être les seuls à s’engager pour le climat. Les villes, les régions, les entreprises, la société civile doivent également le faire. C’est déterminant. En préparation de la COP21, de grandes entreprises et de moins grandes ont ou vont publier leurs engagements sur leurs efforts pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Durant la COP, plusieurs événements seront consacrés aux entreprises, aux technologies qu’elles vont apporter, et aux financements. Les entreprises seront donc des acteurs significatifs.

Parmi les accords attendus par les industriels, il y a celui d’un prix du carbone mondial. Pensez-vous que ce sujet sera l’une des composantes de l’accord final ?

Gérard Mestrallet, le PDG d’Engie (ex-GDF Suez), me confirmait récemment que les entreprises souhaitent un horizon stable avec la fixation d’un prix du carbone, d’ailleurs déjà pratiqué dans un certain nombre de régions. Inclure cette question dans les négociations finales de l’accord de Paris n’est pas acquis au stade actuel. Mais il est souhaitable que l’on aille vers la fixation d’un prix du carbone. La conférence de Paris exercera un effet d’entraînement sur ce sujet.

Pensez-vous que l’industrie, qui représente 30% de la consommation d’énergie dans le monde, fait suffisamment d’efforts ?

Des progrès ont été accomplis, c’est incontestable. Mais les secteurs les plus consommateurs d’énergies fossiles ont encore beaucoup d’efforts à faire. Ce qui frappe aussi, c’est la diminution rapide du prix des technologies nouvelles.

La présence des entreprises durant les COP est dénoncée par la journaliste canadienne Naomi Klein comme du lobbying et elle attend de leur part des "fausses solutions". Entendez-vous ces arguments ?

La COP21 doit respecter certains principes et certaines règles, parmi lesquelles l’exigence que les décisions soient prises par les représentants des gouvernements. Mais si on peut associer d’autres acteurs qui portent une responsabilité dans le réchauffement climatique et dans la lutte nécessaire contre celui-ci, ce serait sot de ne pas le faire. Si les entreprises s’engagent, nous pourrons atteindre des objectifs plus ambitieux de diminution des émissions. Pour autant, nous ne devons pas commettre de confusion sur les responsabilités et les engagements des uns et des autres.

Le risque n’est-il pas qu’il y ait des engagements fermes des entreprises et que cela soit plus flou du côté des États ?

Les États ont l’obligation de publier leurs objectifs. Un certain nombre d’entre eux, représentant environ un tiers des émissions, l’ont déjà fait. Le secrétaire général de l’ONU vient d’inviter par lettre chaque État à le faire. Quand on aura l’essentiel des contributions, on pourra comparer avec l’objectif de limiter la hausse des températures à 2°C et voir s’il est nécessaire de proposer des mécanismes ou de fixer des objectifs complémentaires pour respecter les 2°C.

Pour avancer vers un monde bas carbone, le financement est le nerf de la guerre. Que peut faire la COP21 pour progresser dans ce domaine ?

L’objectif a été fixé à 100 milliards de dollars [près de 90 milliards d’euros] par an à partir de 2020. Depuis peu, existe le fonds vert doté d’un peu plus de 10 milliards d’euros. C’est insuffisant. Il est demandé aux gouvernements, aux agences de développement, aux acteurs financiers internationaux de prendre pleinement en compte cette question, de se mobiliser davantage. Le monde a besoin d’un effort supplémentaire, plus de financements publics et privés pour le climat. Le prochain G7, qui aura lieu en juin en Allemagne, devrait aborder cette question.

Pour limiter à 2°C le réchauffement, il reste encore beaucoup d’efforts à faire...

Oui, mais il n’y a pas de solutions de rechange parce qu’il n’y a pas de planète de rechange. Attention : la croissance verte peut aussi offrir des opportunités exceptionnelles de développement. Si nous savons transformer la contrainte en opportunité, ce sera de très bon augure pour l’avenir.

Propos recueillis par Olivier Cognasse et Thibaut de Jaegher

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1 commentaire

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13/05/2015 - 19h23 -

Le discours se veut rassurant mais je n'y crois pas trop.
Nous sommes toujours dans l'incantation. J'attends encore
un signe fort, significatif. Tous nos dirigeants se disent
prêts à lutter contre le réchauffement climatique mais tous
agissent dans le sens contraire :
-B.Obama vient de donner son accord pour prospecter du pétrole en arctique et continue d'exploiter les gaz de schiste.
-Le Canada s'accroche à ses sables bitumineux.
-L'Australie continue à exploiter ses mines de charbon.
-La Chine construit toujours des centrales à charbon.
-L.Fabius fait la promotion du tourisme en France et se
vante de faire un tour du monde par mois.
-Quant à Anne Hidalgo, elle veut ses J.O. pour 2024, comme
si des J.O. étaient plus importants que l'avenir de nos
petits-enfants.
Je pourrais aussi parler des Cies low cost qui sont une
aberration et du Kérosène toujours non taxé.
Donnez-moi un exemple de renoncement à une activité polluante. Le Dakar, la Formule 1, le Salon du Bourget etc... Nous ne renoncerons à rien. Alors, j'ai besoin d'un conseil, moi, je fais quoi?
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