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Grèce : la dette n’était plus le problème

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Analyse A peine élu, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras a décrété que "la Troïka appartient au passé". L'Europe et le FMI attendent pourtant de la Grèce qu'elle rembourse, comme prévu, sa dette de 320 milliards d'euros. Alexis Tsipras qui a annoncé "la fin de l'austérité" a cependant assuré ne pas vouloir rompre avec l'Europe... Alors qui règlera la note ? 

Grèce : la dette n’était plus le problème © Wikimedia commons

Guerre de tranchée ou négociations ? Nul se sait de quoi seront faits les mois à venir entre le gouvernement grec, l’Europe et le FMI.

Objet du délit : le remboursement de la dette, 320 milliards d’euros ou 175% du PIB. Une montagne. L’argument massue du gouvernement Tsipras : son peuple n’en peut plus de l'austérité imposée par la troïka. Il faut suspendre le paiement de cette insoutenable dette "illégitime" ou l'annuler en partie. Et dans les faits ?

Début 2015, à l'orée des élections, le véritable enjeu pour Athènes n'était plus tant la dette que la reprise de la croissance. Du fait des divers plans d'ajustement, au plan macro-économique (ce qui ne dit rien de la situation des grecs !) le pays était revenu l'an dernier en situation budgétaire de léger excédent primaire avant service de la dette. C’est là le résultat des restructurations massives de 2012 puis de 2014. Celles-ci, on le sait ont conduit à un "haircut" de 140 milliards d'euros pour les créanciers privés (en fait une réduction nette de 50 milliards) et le transfert vers le "public" de trois quarts des dettes pour éviter un risque systémique.

Des remboursements prévus pour 2015 et 2016

Les engagements grecs sont désormais surtout portés par le FMI et l'Europe via la BCE, les Etats membres, France et Allemagne en tête, ou les fonds de stabilité. Tout cela s'est accompagné d'un allongement de la maturité (en moyenne 16 ans, un des plus longues en Europe) et d'une révision favorable des taux. Autres faits notables, certains emprunts aux fonds européens sont à taux nul et la BCE rétrocède au trésor grec les bénéfices réalisés sur ses prêts. Le pays a certes devant lui de gros remboursements en vue en 2015 (février) et 2016 mais ceux-ci étaient anticipés. Ils devaient être "compensés" par de nouveaux prêts conditionnés aux réformes de structures désormais vouées aux gémonies.

Le résultat a été pointé par plusieurs économistes. Selon les calculs récents du think-tank Bruegel, notamment, le coût du service de la dette aurait été en 2014 de "seulement" 4,3% du PIB, voire de 2,6% en tenant compte de tous les mécanismes de soutien. Moins que l'Espagne (3,2%) ou l’Italie (4,7%). Là réside, le cœur de l'incompréhension entre le gouvernement Tsipras et ses partenaires : difficile d'expliquer une nouvelle remise de dette à un contribuable portugais, irlandais ou au Commissaire européen chargé de l'euro, le letton Valdis Dombrovskis dont le pays a lui aussi connu une chute du PIB de 25% avant de se relancer.

Fin 2014, l'économie grecque semblait avoir enfin trouvé son point bas et s'apprêtait à repartir avec un bond attendu à 2,9% par la Commission ou le FMI. L'incertitude quant aux négociations entre le gouvernement d'Alexis Tsipras et ses créancier aura, sans doute, raison de cette reprise de la croissance, seul véritable remède au fardeau de la dette. La terrible ironie étant que le nouveau pouvoir, "vierge" du comportement désastreux des deux camps qui se sont longtemps partagés la conduite du pays, est le mieux placé pour mettre à bas le clientélisme qui mine l'économie.

Pierre-Olivier Rouaud

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