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La PME vendéenne Gobio en quête de l'exosquelette ultra-light

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En Vendée, la PME Gobio défend une approche pragmatique pour ses exosquelettes industriels. Ils doivent être légers, fonctionnels, moins coûteux et acceptables.

La PME vendéenne Gobio en quête de l'exosquelette ultra-light
Léger et mobile, l’exosquelette IP12, codéveloppé par Gobio et Skel-Ex, aide à travailler avec les bras en hauteur.

Ne pas transformer l’homme en Robocop ou en Iron Man. Telle est la philosophie de Gébé2 et de sa marque Gobio, pionnière en France dans la conception d’exosquelettes, ces solutions pour assister, soutenir ou prêter main-forte à l’homme au travail. Dans son usine neuve, à Saint-Hilaire-de-Loulay (Vendée), au sud de Nantes, Gébé2 fabrique toutes sortes de cellules robotisées clés en main pour l’industrie mécanique.

Un coin d’atelier est réservé à Gobio, acquis en novembre 2017. Avec son équipe de trois personnes, Benoît Sagot-Duvauroux, son fondateur, développe des exosquelettes qui n’ont rien à voir avec les super-héros. "Il s’agit de répondre à des questions précises : pourquoi les gens souffrent-ils au travail ? Pourquoi est-il pénible de poncer, par exemple ? Quel muscle, quelle articulation risque de s’endommager ?", précise cet expert, qui prône des équipements "simples, économiques et ergonomiques".

Plusieurs expérimentations concluantes

C’est le cas de l’IP12, codéveloppé depuis deux ans avec la société néerlandaise Skel-Ex. L’appareil, commercialisé depuis septembre 2017, est conçu pour les salariés travaillant les bras en l’air. Ce harnais s’enfile comme un sac de randonnée. Il suffit d’élever les bras pour qu’ils restent suspendus, comme posés. "Il s’agit d’une technologie simple à base de lames à ressorts et de jeux d’articulations. Tout est mécanique, sans apport d’énergie", commente Benoît Sagot-Duvauroux. Si Skel-Ex est l’auteur du concept, Gobio a travaillé sur la structure en composites, pour réduire le poids de l’équipement (3,5 kilos), et sur un habillage épuré en textile.

Diffusé à une vingtaine d’exemplaires, l’IP12 va évoluer au gré des retours clients tels Naval Group ou Alstom Transport qui le testent auprès de leurs soudeurs. "Là, on se rend compte qu’il faut encore protéger l’appareil contre les projections d’éclats de soudure", observe Benoît Sagot-Duvauroux. Pour d’autres, l’essayer c’est l’adopter. Ainsi, Daher a validé l’IP12 qu’il a mis en place dans son usine de Saint-Nazaire, spécialisée dans le matelassage des fuselages d’avions. L’équipementier s’apprête à passer commande pour en généraliser l’usage.

De son côté, Renault l’expérimente sur son site de Douai (Nord), tandis que des applications inattendues émergent, notamment chez les ensacheurs de salades de Bonduelle, à Lens (Pas-de-Calais), ou chez les opérateurs de Vinci pour ramener les cônes dans la camionnette. Signe d’une meilleure acceptabilité, l’exosquelette fait désormais l’objet de vidéos ou de reportages dans les journaux internes de ces entreprises.

Gobio a tâtonné avant d’en arriver là. En 2015, la marque avait lancé une première version d’un exosquelette comparable, non motorisé, destiné à charger des pièces lourdes. Saunier Duval, qui fabrique des chaudières murales à Nantes, fut le premier testeur de cet appareil avant d’y renoncer. "Ce n’était pas un produit assez universel. Il était de surcroît trop encombrant et surtout trop lourd, avec ses 8,5 kilos, analyse Benoît Sagot-Duvauroux. Nous restons en contact avec ce client, l’idée est de laisser aux entreprises le temps de s’approprier l’exosquelette, d’en valider l’usage."

Parallèlement, Gobio travaille sur un exosquelette motorisé, dont le prototype opérationnel devrait être testé en fin d’année pour un lancement commercial l’an prochain. Là encore, l’obsession est le poids. "Cet appareil pèse moins de 5 kilos, apport énergétique compris, et permet de soulever des pièces jusqu’à 10 kilos", annonce Benoît Sagot-Duvauroux, évoquant une solution connectée et un gant de pilotage. Il fait l’objet d’un programme de R & D collaboratif associant un consortium d’industriels, dont ThyssenKrupp. D’autres modèles sont attendus, pour élargir le spectre des usages possibles. L’exosquelette répond à plusieurs contraintes : poussières, peinture, températures, environnements difficiles, salles blanches…

Une offre étoffée

Gobio fonde également beaucoup d’espoir sur son "bras d’assistance zéro gravité". Dans l’atelier, l’engin est posé sur des rails SNCF afin de tester l’un de ses usages. En l’occurrence, accompagner le mouvement du cheminot qui doit travailler penché sur les rails en portant à bout de bras une meuleuse de 12 kilos. Une posture des plus pénibles qu’il faut tenir des heures. Avec le bras de Gobio, d’un rayon de 2,5 mètres, la charge de l’outil est annulée grâce à un système purement mécanique de vérin et de vis sans fin assurant l’équilibre de la charge à porter.

Initialement, ce système, adaptable sur chariot ou nacelles, fut développé pour l’usine General Electric de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), afin de faciliter la manipulation des grosses visseuses servant à monter les éoliennes offshore. Cet industriel en a déjà acquis une dizaine, validant son principe. L’engin est en cours d’homologation à la SNCF et d’importantes commandes pourraient suivre. Avant l’été, la marque vendéenne proposera une version mécatronique pour un usage débrayable, puis une version asservie et motorisée. Son offre ainsi étoffée, Gobio compte faire décoller son activité, tablant sur un chiffre d’affaires de 1 million d’euros cette année, contre 400 000 euros l’an passé, voire 2 à 3 millions d’euros en 2019. "Et, à l’avenir, bien au-delà, compte tenu des nombreux appels que nous recevons quotidiennement", anticipe Benoît Sagot-Duvauroux.

« L’équipement doit s’enfiler en une minute »

3 QUESTIONS A : Benoît Sagot-Duvauroux, directeur associé de Gobio

Qu’est-ce qui conditionne la réussite d’un exosquelette ?

Trois caractéristiques fondamentales doivent être prises en compte : l’utilité de l’exosquelette, sa praticité et son acceptabilité. Autrement dit, comment je me vois, comment les collègues me voient, si l’on se moque de moi ou si, au contraire, cela me valorise. Il faut aussi veiller à l’ergonomie, au confort et au design. L’équipement ne doit pas être trop lourd, trop chaud, trop long à mettre ni trop coûteux, car peu d’entreprises sont disposées à équiper leurs salariés d’exosquelettes de type militaire à 90 000 euros. Il faut viser un prix qui soit inférieur à 10 000 euros, voire à 5 000 euros.

Comment cela se traduit-il pour Gobio ?

Nous tablons sur des équipements qui s’enfilent en une minute et qui s’enlèvent en moins de 30 secondes. Le poids ne doit pas dépasser 5 kilos. La règle ergonomique est de ne pas excéder 10 % du poids de celui qui le porte.

Comment voyez-vous le futur des exosquelettes ?

L’un des axes importants sera la motorisation. Les systèmes seront directement insérés dans le vêtement. Cela passera par la miniaturisation. L’énergie produite par le mouvement sera récupérée pour diminuer la taille des batteries. On y parviendra dans cinq à dix ans. Une autre piste sera le pilotage par la pensée, via des électroencéphalogrammes, ou par le mouvement des pupilles.

 

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