Gazprom : "La Russie ne répondra certainement pas par une hausse des prix du gaz", selon Thierry Bros

D’abord Google, maintenant Gazprom. La Commission européenne a officiellement accusé, mercredi 22 avril, le groupe public russe d’abuser de sa position dominante dans huit Etats membres d’Europe centrale et orientale. Le géant gazier encourt une amende égale à 10% du chiffre d’affaires mondial du groupe, soit plus de 10 milliards d’euros. Une sanction potentielle qui se révélerait, selon Thierry Bros – analyste gaz de la Société Générale – sans incidence sur les prix du combustible pour les industriels européens.

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Gazprom :

L'Usine Nouvelle - Les charges retenues contre Gazprom sont lourdes. Comment faut-il considérer ce communiqué de griefs ?

Thierry Bros - Il est difficile de dire que Gazprom n’a pas divisé les marchés ni pratiqué des prix différents entre les marchés ainsi divisés. Mais il sera pourtant ardu de démontrer que le gazier russe a effectivement "cloisonné des marchés gaziers d'Europe centrale et orientale" et facturé "des prix inéquitables dans certains Etats membres" dans chacun de ces pays. La bataille entre avocats s’annonce serrée. Les contrats concernés ont été conclus selon le principe - certes favorables à Gazprom -, de maximisation de la rente, propre à l’économie russe. Les remontrances de l’Europe restent l’occasion pour la Russie de démontrer que ses contrats sont solides, plus que de la mettre dans l’embarras. Même si le risque de sanction demeure entier...

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Doit-on craindre un impact défavorable sur le marché européen du gaz ?

Je ne crois pas à un impact immédiat sur l’approvisionnement de gaz vis-à-vis des Russes, en raison de cette seule affaire. Les incidences se ressentiront à plus long terme. En effet, la Russie commence à sérieusement considérer que l’avenir de la demande n’est pas en Europe mais en Chine, premier consommateur mondial d’énergie. C’est plutôt cette concurrence-là que les Européens devraient redouter.

Après les sanctions liées à la crise ukrainienne, la Commission européenne s’attaque à nouveau aux intérêts économiques de la Russie. L’accumulation des sanctions ne pèse-t-elle pas sur l’avenir des partenariats entre l'Europe et la Russie ?

Ce qui est sûr, c’est que la Russie, dans une logique de maximisation de la rente, montre des signes de lassitude vis-à-vis de la position pro-marché de l’Union européenne. Pour preuves, l’abandon du projet de construction du gazoduc South Stream en décembre 2014, la vente de la participation de Gazprom dans le fournisseur de gaz naturel allemand Verbundnetz Gas (VNG)… Gazprom a maintenant douze semaines pour répondre à l’UE, sachant qu’il n’est pas exclu qu’un accord amiable soit trouvé entre les deux parties.

Propos recueillis par Aurélie M'Bida

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