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Finance verte, encore du boulot !

Arnaud Dumas , ,

Publié le

Finance verte, encore du boulot !
Engie est l’un des plus grands émetteurs de green bonds en France, avec 1,25?milliard d’euros en 2017.

Paris se rêve en capitale de la finance verte. Elle le sera au moins pour quelques jours. Le One Planet Summit voulu par Emmanuel Macron se tiendra le 12 décembre à la Seine musicale, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), et comportera un volet important sur les moyens d’orienter la finance mondiale vers la lutte contre le réchauffement climatique. Une vingtaine d’événements complémentaires labellisés par le One Planet Summit se tiendront du 11 au 13 décembre à Paris. Dont le Climate Finance Day, le 11 décembre au ministère de l’Économie, organisé notamment par l’association française Finance for tomorrow. L’un des objectifs visés par le président de la République consiste à assurer les financements pour tenir l’objectif de la COP 21 de limiter le réchauffement sous 2 degrés d’ici à 2100.

Réduire l’empreinte carbone des actifs

« Il y a aura de nombreuses annonces d’acteurs privés et d’État, assure Pascal Canfin, le directeur général de WWF France. On va franchir une marche supplémentaire. » Une coalition de grands investisseurs internationaux devrait pointer du doigt les 100 entreprises mondiales les plus émettrices de carbone dans lesquelles ils sont actionnaires. Cet activisme émerge depuis quelques années. De grands fonds de pension, qui gèrent la retraite de leurs clients, s’y sont rapidement mis pour s’assurer que leurs investissements seront pérennes sur le long terme. « La France est en avance en termes de cadre réglementaire », soutient Pascal Canfin. L’article 173 de la loi sur la transition énergétique votée en 2015 oblige les plus gros investisseurs français (assurance, prévoyance, sociétés de gestion…) à établir un rapport sur la manière dont ils prennent en compte le risque climatique dans leurs investissements. Les premiers rapports relatifs à cet article sont apparus cette année. Mais les résultats sont mitigés… Selon une étude de Novethic, sur 100 investisseurs français représentant 3 160 milliards d’euros d’actifs sous gestion, 15 seulement ont parfaitement respecté leurs obligations et présentent une stratégie en lien avec les objectifs de la COP 21. Au contraire, 31 n’ont tout simplement pas établi de rapport. Quant au contenu, il est variable. Certains mentionnent l’empreinte carbone de leur portefeuille, tout en pointant les difficultés méthodologiques pour la mesurer. Et seuls deux d’entre eux se sont risqués à comparer la trajectoire de réchauffement climatique de leur portefeuille par rapport à l’objectif de la COP 21. Ils atteignent 3,6 et 4 degrés…

Le charbon délaissé par les investisseurs

Le mouvement semble pourtant bel et bien amorcé. Proxinvest, la société de conseil de vote pour les actionnaires des sociétés cotées, l’a bien compris. Elle va intégrer des critères environnementaux dans sa politique de vote lors des assemblées générales 2018. « C’est très demandé par nos clients, explique Pierre-Henri Leroy, le président du conseil de surveillance. Les investisseurs se rendent compte qu’ils ont très peu de moyens de rétorsion sur ce point. » Proxinvest analysera la trajectoire de réduction de l’empreinte carbone, mesurée en tonne de CO2 par millions de chiffre d’affaires, pour voter ou non le renouvellement de mandat d’un dirigeant. La société de conseil espère également en faire un critère d’appréciation de la rémunération des patrons. « Cela rentre timidement dans notre politique de vote, mais cela y rentre », résume Pierre-Henri Leroy.

Des investisseurs font le choix de désinvestir des sociétés trop émettrices de CO2. Le secteur du charbon n’est plus en odeur de sainteté depuis la COP 21. De nombreux assureurs et banquiers ont commencé à sortir de leurs portefeuilles les entreprises y étant trop liées. Pour le pétrole, c’est plus lent… Paradoxe, le fonds souverain norvégien, qui a construit sa fortune sur les hydrocarbures, envisage depuis peu de se désengager du gaz et du pétrole. En France, BNP Paribas a annoncé en octobre l’arrêt des financements des entreprises impliquées dans l’extraction, la distribution ou le transport de gaz et de pétrole de schiste et de pétrole issu de sables bitumineux. En parallèle, la banque veut financer les énergies renouvelables à hauteur de 15 milliards d’euros d’ici à 2020.

L’investissement vert représente le moyen d’action positif de ces grands argentiers. Là aussi, des progrès restent à faire. Les green bonds, ces emprunts obligataires dont les fonds doivent être fléchés vers des projets en faveur de l’environnement, sont en plein essor. Les montants émis devraient atteindre 130 milliards de dollars en 2017 (+ 59 % par rapport à 2016, selon la Climate Bonds Initiative), la barre fatidique des 100 milliards ayant été franchie au moment de la COP 23. La France se situe parmi les plus gros emprunteurs verts, avec 15 milliards de dollars émis. L’État français (7 milliards d’euros), Engie (1,25 milliard) et la SNCF Réseau (750 millions) forment le trio de tête. Elle est également terre d’accueil pour les étrangers, la Bank of China venant d’émettre trois green bonds pour 1,2 milliard d’euros à la Bourse de Paris. Cela reste pourtant encore faible. Les green bonds ne représentent que 1,5 % du marché obligataire mondial… « Trop peu d’entreprises sont, comme Engie, en capacité de changer de modèle et d’émettre des green bonds », souligne Anne-Catherine Husson-Traore, la directrice générale de Novethic

Ce sera l’un des enjeux du One Planet Summit : persuader les investisseurs institutionnels de financer plus de projets. Christiana Figueres, l’une des artisanes de l’Accord de Paris, déclarait lors de la conférence sur les Principes de l’investissement responsable (PRI) en septembre qu’il fallait plus que doubler l’effort de financement. Elle a mis au défi les signataires des PRI d’orienter 1 % de leurs fonds vers les énergies renouvelables d’ici à 2020, soit 700 milliards de dollars. Contre 287,5 milliards de dollars en 2016, selon Bloomberg New Energy Finance… 

Deux ans après la COP 21, le compte n’y est pas

Les États vont devoir faire encore un effort pour préserver la planète. L’objectif fixé par l’Accord de Paris en 2015 risque de ne pas être atteint. Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies, le réchauffement climatique atteindra 3 degrés à la fin du siècle au vu des engagements actuels des pays signataires, au lieu des 2 degrés prévus. La sortie annoncée des États-Unis de l’accord sur le climat porte un coup supplémentaire à ces engagements. Une mauvaise nouvelle n’allant jamais seule, un rapport du Global Carbon Project signale que les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017. La Chine a augmenté ses émissions de CO2 de 3,5 %, tandis que l’Europe voit les siennes décroître, mais moins vite. Le One Planet Summit suffira-t-il à enrayer la machine ? C’est le pari que fait Emmanuel Macron. Il attend, le 12 décembre à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), une centaine de chefs d’État et près de 2 000 participants. 

 

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