Economie

[Entretien] Elisabeth Borne, ministre du Travail, assure que "tous les projets de reconversion professionnelle seront financés"

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Publié le , mis à jour le 10/09/2020 À 18H55

Entretien Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion annonce que la prise en charge par l'Etat de l'activité partielle de longue durée ne baissera pas au 1er octobre comme prévu. Le reste à charge pour l'employeur sera donc maintenu à 15% de la rémunération nette du salarié. La ministre assure qu'un suivi des aides du plan de relance sera effectué pour être certain qu'elles bénéficient à l'emploi.

[Entretien] Elisabeth Borne, ministre du Travail, assure que tous les projets de reconversion professionnelle seront financés
Elisabeth Borne, ministre du Travail, répond aux questions de L'Usine Nouvelle.
© Pascal Guittet

L'Usine Nouvelle. - Les conséquences de la crise sur l’emploi seront-elles aussi graves qu’annoncé ou voyez-vous des signaux positifs ?

Elisabeth Borne. - La situation de l’emploi va être difficile dans les prochains mois. L’activité est repartie, mais pas dans tous les secteurs. L’aéronautique est en difficultés, la situation est contrastée dans les hôtels-restaurant et toujours ralentie dans le tourisme. On s’attend à de nouveaux plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) dans les prochaines semaines. Certaines entreprises étaient fragilisées avant la crise, d’autres ont la volonté de retrouver leurs marges, et parfois de réduire leurs effectifs, beaucoup ont été mises en difficultés par la crise. De mars à août, on a comptabilisé 345 PSE, contre 231 sur la même période de 2019.

Il faut donc continuer à proposer des dispositifs de soutien : prêts garantis par l’Etat, fonds de solidarité, activité partielle. Les conditions de celle-ci ont été prorogées jusqu’au 1er novembre, pour laisser le temps aux entreprises dont l’activité restera en retrait dans les prochains mois, de négocier avec leurs organisations syndicales des accords d’activité partielle de longue durée (APLD). Nous avons par ailleurs décidé de maintenir le niveau de prise en charge par l’Etat de l’APLD : le reste à charge de l’employeur sera maintenu à 15% de la rémunération nette, alors qu’il devait passer à 20% à partir du 1er octobre. Par ailleurs, les parents obligés d’arrêter de travailler pour garder leurs enfants qui ne peuvent plus aller à l’école seront indemnisés, comme avant l’été, par le biais de l’activité partielle classique.

Combien d’accords d’activité partielle de longue durée ont-ils déjà été signés ?

Des accords ont déjà été signés dans une vingtaine d’entreprises, de tailles extrêmement variées, allant de quelques salariés jusqu’à Safran. Beaucoup d’autres sont encore en discussion, chez Airbus, Air France, Aéroports de Paris… Pour que de nombreuses petites entreprises puissent en bénéficier, nous souhaitons que des accords soient trouvés dans les branches. La métallurgie a signé le sien, le Syntec qui rassemble les professionnels de l'ingénierie, du numérique, du conseil et de la formation professionnelle, est en passe de le faire, et d’autres accords sont en discussion dans la plasturgie, le commerce de gros et le transport aérien.

Ces démarches, menées avec les partenaires sociaux, permettent de protéger l’emploi et les compétences dans une conjoncture économique difficile. L’activité peut être réduite jusqu’à un niveau de 60% pour garder un maximum de salariés dans l’entreprise, et le temps non travaillé, utilisé pour suivre des formations, largement financées par l’Etat, avec le FNE-Formation. Nous serons attentifs à ce que les entreprises utilisent bien ce dispositif de formation. Renforcer les compétences, accompagner les changements de métiers, représente un enjeu important pour certains secteurs.

Comment mettre en œuvre rapidement le plan de relance ?

Ma première urgence, c’est le Plan Jeunes. On l’a présenté en juillet parce que c’est maintenant qu’il faut apporter des solutions aux jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi. Tous les dispositifs sont opérationnels, les 4000 euros pour l’embauche d’un jeune comme les aides au recrutement d’un alternant ou le dispositif pour aider les 16-18 ans décrocheurs à définir un projet professionnel. Nous donnerons dans les jours qui viennent des instructions aux préfets et aux recteurs sur le déploiement du Plan Jeunes. La clé, c’est de laisser des marges d’initiative aux territoires pour qu’ils s’approprient les outils que nous leur donnerons, avec des possibilités de fongibilité entre dispositifs. Garantie jeunes ou emploi aidé, accompagnement à la création d’entreprise… C’est localement que cela se décidera.

 

Retrouvez ici l'ensemble de nos articles consacrés au plan de relance

 

Les aides suffiront-elles à sauver la rentrée de l’apprentissage ?

Les premières indications sont plutôt rassurantes. Nous gardons comme objectif, à notre portée, de signer autant de contrats d’apprentissage en 2020 qu’en 2019. Il faut réussir à booster les formations dans les domaines d’avenir, comme les métiers en transformation de la rénovation énergétique des bâtiments, secteur qui manque de personnes formées pour répondre aux besoins. Ce sont de beaux métiers, technologiques.

Patronat et syndicats jugent le plan de relance trop timide sur le financement des reconversions professionnelles. Pouvez-vous aller plus loin ?

Je le dis très clairement : nous assurerons le financement de tous les projets de reconversion. Dans le plan de relance, les crédits ne sont pas acquis. S’ils ne sont pas consommés, nous les réorienterons. Si des besoins nous remontent, nous trouverons évidemment les financements nécessaires pour accompagner les reconversions. Des entreprises de la restauration collective dialoguent avec celles de l’aide à la personne, comme Sodexo avec Korian, pour favoriser le passage d’un secteur à un autre. C’est très bien qu’elles prennent l’initiative de se parler !

Les entreprises doivent-elles offrir des contreparties aux aides de l’Etat ?

Les 15 milliards d’euros prévus pour l’emploi et la formation, par nature, accompagnent vers l’emploi. Sur tous les marchés publics qui seront passés grâce au financement du plan de relance, je serai attentive à la présence de clauses d’insertion, sur l’emploi des publics en difficultés ou d’engagement sur le recrutement d’apprentis. Les secteurs qui bénéficient de plans sectoriels, comme l’aéronautique, devront être capables de nous dire en quoi le plan de relance a permis de sauver des emplois. Quand on triple les crédits de recherche dans l’aéronautique pour soutenir l’ingénierie, le secteur devra nous dire combien d’emplois ont été sauvés chez Airbus, chez Safran...

Le Premier ministre souhaite pérenniser certaines mesures prises durant la crise, notamment en droit du travail. Lesquelles ?

Nous avons été amenés à faire certaines simplifications durant la crise et le dialogue social a très bien fonctionné dans cette période. Pourquoi ne pas en pérenniser certaines, comme la consultation des CSE par visioconférence ? Mais nous n’avons pas le projet de maintenir les dérogations sur les délais de consultation des instances représentatives du personnel, par exemple, comme le craignent les organisations syndicales.  

Allez-vous modifier la législation sur la durée du travail, comme le demande le Medef ?

Ce n’est pas dans notre agenda social. Les entreprises disposent déjà de beaucoup d’outils, à commencer par les accords de performance collective. Aujourd’hui, la priorité c’est l’emploi.

Un projet de loi sur l’égalité professionnelle femmes-hommes est-il toujours d’actualité ?

Nous aurons prochainement des échanges avec les partenaires sociaux sur le congé paternité, que nous avons l’intention de renforcer en faisant évoluer les textes. Il y a une très forte attente.

Faut-il imposer la parité dans les Comex ?

Il est important que la parité soit respectée dans les instances de gouvernance des entreprises, et pas seulement dans les conseils d’administration. Mais le Comex n’a pas d’existence légale, il faut trouver le bon chemin pour parvenir à la parité. Et continuer à mener ce combat parce qu’on est encore loin du compte, aujourd’hui.

La réforme des retraites se fera, a indiqué le Premier ministre. Comment l’aborderez-vous ?

Ce n’est pas un hasard si le dossier des retraites est traité au ministère du Travail. Il y a un lien évident entre la vie professionnelle et la retraite car l’âge de départ d’un salarié est largement conditionné par son état de santé en fin de carrière. Avec les partenaires sociaux nous aborderons donc les sujets de la prévention de l’usure au travail, de la carrière des seniors, de l’organisation des fins d’activité.

La crise n’a en rien retiré leur pertinence aux objectifs de la réforme. La nécessité d’un système plus juste et plus lisible est plus forte que jamais, alors qu’on voit que les salariés de la "deuxième ligne", aux carrières hachées, sont les plus pénalisés par le système actuel. Le gouvernement souhaite mener cette réforme à bien. En la distinguant bien du sujet de l’équilibre financier du système qui fait l’objet d’une autre démarche, avec un travail engagé en octobre.

Les discussions sur le système universel reprendront avec les partenaires sociaux en fin d’année et début 2021. Nous souhaitons pouvoir avancer sur cet engagement de campagne du président de la République. Mais je ne vais pas vous dire selon quelles modalités, puisque cela relève de la discussion avec les partenaires sociaux.

Vous venez d’arriver dans ce ministère, quel chantier vous tient le plus à cœur ?

L’insertion des jeunes. Dans le cadre du Plan Jeunes, il faut que nous arrivions à leur donner envie de bâtir un projet professionnel. Permettre à chaque jeune de trouver sa voie est un enjeu majeur de cohésion de notre société.

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