Entre sifflets et applaudissements, les organisations patronales font front commun à Lyon

Après la manifestation parisienne de la CGPME, lundi 1er décembre, le Medef, la CGPME et l’UPA ont rassemblé environ 3 000 chefs d’entreprise à Lyon, deux jours plus tard. L’occasion de manifester un grand ras-le-bol contre les taxes et les lois. L’incompréhension entre le gouvernement et le monde patronal était dangereusement palpable.

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Entre sifflets et applaudissements, les organisations patronales font front commun à Lyon

La photo était réussie. Mercredi 3 décembre, ce ne sont pas moins de six présidents qui étaient sur la scène de l’Amphithéâtre à Lyon pour signifier l’unité du mouvement patronal : les trois présidents nationaux du Medef, de la CGPME et de l’UPA et leurs représentants locaux. Dans la salle pouvant contenir 3000 personnes et quasi remplie, la foule debout ne cachait pas sa joie, applaudissant à tout rompre. Et Pierre Gattaz, lyrique pour une fois, ne leur avait pas encore dit que "les chefs d’entreprises sont les héros de la Nation".

Un accord sur le fond

Pour mémoire, l’an dernier, l’UPA n’avait pas rejoint les deux autres confédérations, préférant au carton jaune brandi déjà dans la ville dirigée par Gérard Collomb, une pétition qui, selon les organisateurs, avait recueilli un million de signatures. Au-delà des différences de forme (lundi la CGPME manifestait à Paris, pas le Medef), l’unité du front patronal progresse sur le fond. D’ailleurs, les trois présidents locaux ont terminé leur déclaration commune en parlant d’une seule voix.

Laurent Constantin, qui dirige une agence web, confiait avant le début de la réunion : "être venu l’an dernier et constaté que malheureusement rien n’a changé, rien ne s’est arrangé." Le choc de simplification ? "Un choc ça sous-entend une action rapide, alors qu’on ne voit toujours rien", rétorque-t-il, très en phase avec l’opinion générale des participants, du dirigeant de base au patron du Medef. Ils veulent bien reconnaître que certaines mesures vont dans le bon sens, Pierre Gattaz a salué dans un silence glacial le travail du ministre Thierry Mandon en matière de simplification. Mais le rythme n’y est pas. "Il faut agir vite" réclame Bruno Cabut, le dirigeant local de l’UPA.

Entre sifflets pour le gouvernement et applaudissements pour Gattaz, écoutez l'ambiance de la réunion

De bonnes choses qui ne vont pas assez vite au goût des patrons et d’autres qui vont dans le mauvais sens, quand le gouvernement n’est pas purement et simplement soupçonné d’avoir un double discours : favorable aux entreprises par devant, mais prenant des mesures pas vraiment business friendly. Ce que résumera, avec une éloquence étrange, mélange d’André Malraux et de truculence façon banquets républicains, François Turcas de la CGPME de Rhône Alpes : "Ils sont où les cadeaux qu’on aurait fait aux patrons ? Y’en a pas. Les cadeaux, c’est de la com’ ! On nous a menti. On fait croire que tout a été fait pour le patronat. Résultat : si ça ne s’arrange pas, ce serait de la faute du patronat."

Une tirade saluée par des applaudissements, avant qu’il ne conclue pas un "nous devons intensifier notre lutte" tout aussi apprécié.

Pour devenir député, un stage d’un an en entreprise

Dans la ligne de mire des uns et des autres figurent deux textes, critiqués à l’envi lors des différentes interventions : le compte pénibilité et la loi Hamon. Si on ne réclame pas l’abrogation, on souhaite que ces textes soient très vite oubliés par le gouvernement. Sans oublier les plus classiques : droit du travail réputé trop complexe et les charges et la fiscalité trop lourdes.

Pendant deux heures, la salle a oscillé entre applaudissements aux discours des uns et des autres et sifflets contre certaines mesures. Car il ne s’agissait pas de siffler les hommes. Durant un bon quart d’heure, un chef d’entreprise est venu jouer le candide à un quizz vrai/faux en douze questions, où les spectateurs étaient invités à siffler s’ils pensaient que l’affirmation proposée était erronée. D’où des sifflets contre le code de travail trop épais, la dette française trop élevée ou encore le pacte trop lent à mettre en place.

Au-delà des effets de tribunes, les chefs d’entreprise se sentent incompris et mal aimés du monde politique et administratif. Dans la salle, Pascal Janzam, dirigeant d’une société d’assistance de maîtrise d’ouvrage de 5 personnes résumait la situation : "on en a assez d’avoir des normes qui nous empêchent de travailler". Un peu plus tard, sur scène, un dirigeant d’entreprise proposera même un "vis ma vie de chef d’entreprise pendant un an" imposé à tous candidats à la députation, pour qu’ils aient une idée "des conséquences de leurs lois". Le succès remporté par la proposition en dit plus long qu’une thèse sur l’état des relations entre le monde économique et politique.

Il n’y avait que Pierre-Marc de Mourgues, le président d’Optimex, un fabricant de pompes pour l’industrie, pour expliquer qu’il était venu pour voir, expliquant, philosophe "j’ai décidé une bonne fois pour toutes de m’accoutumer aux lois, de faire avec. J’ai la passion de faire mon métier alors je m’adapte. Et quand ça ne va pas, je râle comme tout le monde." Comme tout le monde, mais ensemble ce soir.

Christophe Bys

Vous pouvez retrouver sur Twitter les réactions des participants avec le hashtag #patronsmilitants

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