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Entre les fablabs et les pouvoirs publics, une relation compliquée

Marine Protais ,

Publié le

Le Réseau français des fablabs (RFF) a fait part mercredi 26 septembre de ses réactions suite aux annonces du gouvernement pour soutenir et développer les tiers-lieux dans l’Hexagone. Une analyse mitigée qui illustre le rapport ambivalent qu’entretiennent les fablabs tricolores avec les pouvoirs publics.

Entre les fablabs et les pouvoirs publics, une relation compliquée
Le gouvernement a annoncé un plan pour soutenir le développement des fablabs et autres tiers-lieux.
© CC - Arduino Day 2014 @MUSE Trento by MUSE FabLab | by musefablab

Une enveloppe de 110 millions d’euros sur trois ans, la mise en place de 300 fabriques des territoires et la création d’un conseil national des tiers-lieux. Voilà les principales mesures du plan gouvernemental annoncé mercredi 19 septembre pour soutenir le développement des fablabs, incubateurs et autres espaces de coworking dans l’Hexagone. Qu’en pensent les principaux intéressés ? "C’est une bonne chose que le gouvernement s’intéresse aux tiers-lieux. Le rapport dont sont issues les mesures est assez intéressant et plutôt complet", répond d’abord Simon Laurent, président du Réseau français des fablabs (RFF), une association coordonnant les différents ateliers numériques tricolores. Avant d’émettre quelques critiques.

La centralisation, un sujet sensible

Le RFF, qui a publié mercredi 26 septembre une analyse des propositions du gouvernement (à lire ici), s’inquiète notamment de la création d’un conseil national des tiers-lieux qui pourrait prendre la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). "La centralisation est un sujet sensible pour les fablabs, qui ont plutôt l’habitude de travailler en réseau", explique Simon Laurent. Le RFF préférerait voir la mise en place d’"Etats généraux" des tiers-lieux réunissant différents acteurs de l’écosystème.

Autre source d’inquiétude : la mise en place de 300 fabriques des territoires. Ces structures préconisées par le rapport de mission de Patrick Levy-Waitz, président de la fondation Travailler autrement, s’appuieront dans la mesure du possible sur les tiers-lieux existants et joueront le rôle de têtes de réseau pour fédérer les écosystèmes locaux. "Pour le moment nous ne savons pas qui se chargera de leur gouvernance, ni sur quels critères les lieux accueillant ces fabriques seront choisis", s’interroge Simon Laurent. Pour Camille Bosqué, membre du conseil scientifique du Réseau français des fablabs, ces fabriques pourraient mettre en concurrence les tiers-lieux. "Cela risque de profiter aux fablabs déjà bien installés au détriment de plus petites structures, qui ont pourtant besoin d’aide. Cela risque également de lisser et d’uniformiser l’écosystème des fablabs français."

Patrick Levy Waitz promet que le but n’est pas "n’est pas que l’Etat encadre ou fasse à la place des tiers-lieux, mais qu’il les soutienne et les aide à se développer et à s’organiser". La démarche se veut "bottom-up" (partant du terrain). L’idée est de partir des besoins des tiers-lieux. Cette approche est d’ailleurs saluée par le Réseau français des fablabs, qui se dit prêt à travailler avec le gouvernement pour la mise en place des différents dispositifs annoncés.

Intérêt et défiance

Le rapport qu’entretiennent les fablabs avec les pouvoirs publics est ambivalent. Il est à la fois "tissé par l’intérêt et la défiance", décrivent Isabelle Berrebi-Hoffman, Michel Lallement et Marie-Christine Bureau dans leur livre "Makers, enquête sur les laboratoires du changement social". "En comparaison avec les Etats-Unis et beaucoup d’autres pays, la France présente une caractéristique forte : pour leur implantation comme pour leur fonctionnement, la plupart des makerspaces de l’Hexagone bénéficient du soutien des acteurs publics", observent les sociologues. Certains fablabs sont mêmes intégrés à des institutions publiques, notamment des universités, ou ont été créés par des Conseils régionaux et départementaux, comme la Nièvre qui a développé son réseau départemental de fablabs.

(mauvais) Souvenir de 2013

Si le nouveau plan du gouvernement suscite quelques inquiétudes c’est aussi qu’il ravive un mauvais souvenir de 2013. Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg, alors respectivement ministre déléguée chargée des PME, de l'Innovation et de l'Économie numérique et ministre de l’Economie, lancent un appel à projets "fablabs" avec l’ambition de développer ces lieux sur l’ensemble du territoire. 2,2 millions d’euros de subvention sont à la clé. Seuls 14 lieux parmi les 154 participants profiteront de cette aide publique. Les résultats de l’appel à projets créent des tensions au sein du réseau français. Camille Bosqué, du RFF, parle même d’une "forme de traumatisme" pour l’écosystème. Il y a eu une scission "entre les fablabs retenus par l’appel à projets et ceux qui ne l’ont pas été", décrit Nicolas Bard, fondateur d’Ici Montreuil. D’autant que certains fablabs, pourtant en place depuis plusieurs années comme l’Electrolab à Nanterre, ont été écartés de la sélection à la surprise des acteurs de l’écosystème.

"Nous avons eu très peu d’informations sur les raisons pour lesquelles nous n’avons pas été retenus, regrettent les dirigeants de La Machinerie à Amiens. D’autres projets ont été sélectionnés alors que les structures n’existaient pas encore." Le timing de cet appel à projets n’était pas le bon, estiment-ils. "Ce n’était pas le moment pour l’écosystème français de se structurer. Il fallait laisser les différentes initiatives se développer avant d’essayer de les structurer." En 2018, la structuration du réseau leur semble davantage à l’ordre du jour.

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