[Entracte-Exposition] Du coeur Carpentier au robot bipède, la recherche expose ses prototypes au Cnam

Du 11 juillet au 6 septembre, le musée du Cnam, à Paris, présente à travers l’exposition "Prototypes, de l’expérimentation à l’innovation" une trentaine d’objets sortis des laboratoires français. Un moyen de valoriser les prototypes instrumentaux, oubliés de l’histoire de l’innovation.

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[Entracte-Exposition] Du coeur Carpentier au robot bipède, la recherche expose ses prototypes au Cnam
Au musée du Cnam, l'exposition "Prototypes, de l’expérimentation à l’innovation" offre à voir une trentaine de prototypes instrumentaux, créés par la recherche française.

Si les prototypes industriels ont bien leur place dans l’histoire du progrès technique, ceux dits instrumentaux, fabriqués dans les laboratoires de recherche, ont moins marqué notre mémoire collective. Pourtant, ils sont tout aussi moteurs de l’innovation. C’est ce que rappelle l’exposition Prototypes, de l’expérimentation à l’innovation, qui se tient au cœur du musée du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) du 11 juillet au 6 septembre, à Paris.

Une trentaine d’objets témoignent là de l’ingéniosité des scientifiques des laboratoires français et de leur lien avec l’industrie. Ils ont été sortis des placards des universités françaises grâce au travail mené depuis 2003 par la Mission nationale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain (Patstec), pilotée par le Cnam. Sa mission : sauvegarder le patrimoine de la recherche contemporaine, celle qui a 50 à 60 ans.

Quand ils ne sont pas mis aux oubliettes car remplacés par du neuf, "les prototypes scientifiques, dits aussi instrumentaux, sont souvent désossés pour servir à la fabrication d’autres outils", pointe Catherine Cuenca, directrice de la mission Patstec. Grâce à un long travail mené avec un réseau national de 17 partenaires, celle-ci a déterré des objets collector et clés dans l’histoire de l’innovation d’après-guerre. L’exposition – initialement prévue du 17 mars au 28 juin et qui aurait donc pu, elle aussi, finir au placard – en présente une trentaine. Tour d’horizon de ce retour aux origines de l’innovation.

A droite de cette photo, protégé dans une armoire de verre, un liquéfacteur mixte d’hydrogène et d’hélium. Construit à la demande de Louis Néel (prix Nobel de physique, 1970) par les professeurs Louis Weil et Albert Lacaze, il est capable de produire des fluides aux températures proches du zéro absolu (-273°C). Développé entre 1954 et 1956, il a été commercialisé par la société TBT, racheté en 1958 par Air Liquide, acteur français qui compte désormais parmi les leaders mondiaux des gaz industriels.

Tendons, muscles qui se rétractent après l’effort... Les chercheurs du Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (LIRMM, Hérault) ont décortiqué la marche des êtres vivants pour concevoir, en 2006, ce robot bipède "bio-inspiré". Baptisé Sherpa, du nom d’un groupe ethnique du Tibet et du surnom couramment donné aux guides et porteurs des sommets himalayens, il a été développé pour le transport des objets.

Cet objet a volé deux fois dans l’espace et pris des images inédites de la Terre ! Voici la VWFC, pour Very Wild Field Camera, soit une caméra à très grand champ. Instrument d’observation astronomique, elle a été conçue par le Laboratoire d’astronomie spatiale (LAS) de Marseille (Bouches-du-Rhône) et en partie réalisée par la société Barras Provence. En tant que composant du laboratoire européen Spacelab, elle a embarqué à deux reprises dans des navettes américaines, la Columbia en novembre 1983 et la Challenger en avril 1985.

Sa pièce maîtresse : un miroir hyperbolique convexe de 30 centimètres. Alors que le Spacelab était placé dans la soute de la navette, la caméra était exposée au vide spatial au travers d’un sas pour fonctionner. C’est ainsi qu’elle a notamment permis de détecter entre le Petit et le Grand nuage de Magellan des étoiles chaudes, riches en émission UV.

Voici une maquette presque tout droit sortie du rêve d’un professeur et devenue, 30 ans plus tard, un exploit médical mondial. Dans les années 1980, le chirurgien et cardiologue français Alain Carpentier image un cœur artificiel pour éviter le décès, chaque année, de centaines de malades faute de donneurs pour une greffe. Alors que les appareils de l’époque sont très encombrants et ne permettent pas l’autonomie du patient, il plaide pour une prothèse entièrement contenue dans la cage thoracique, adaptée à la physiologie de l’organisme et apte à fonctionner sans défaillances pendant des années. Un défi !

C’est le Centre technique des industries mécaniques qui se lance pour le relever, avec l’aide de l’Agence nationale de valorisation de la recherche (ANVR). Un an sera nécessaire pour concevoir la première maquette physique, étape clé de validation des choix fondamentaux (systèmes à membranes actionné par des pompes, coque en titane, ...). Cette maquette plus finalisée date elle de 1991 et a été testée sur un banc d’essai spécialement conçue à cet effet, avant d’être expérimentée sur l’animal. Le cœur artificiel Carpentier donnera ensuite naissante à la société Carmat, une pépite française qui travaille aujourd’hui à l’implantation de ses prothèses sur l’homme.

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