"En Iran, la concurrence va être plus intense"

L’accord sur le nucléaire devrait entrainer la levée des sanctions économiques contre l’Iran début 2016. Les entreprises françaises sont dans les starting-blocks pour faire leur retour sur le marché iranien. En dix ans, les exportations françaises ont été divisées par cinq et la France n’arrive plus qu’en septième position des principaux fournisseurs de Téhéran. Pour Thierry Coville, chercheur spécialiste de l’Iran à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), les entreprises ont tout à gagner à revenir sur le marché iranien. 

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L'Usine Nouvelle : Les entreprises françaises sont-elles en bonne place pour profiter de la levée des sanctions contre l’Iran ?
Thierry Coville : Les entreprises françaises s’intéressent énormément à ce marché. La France était avant l’embargo le deuxième fournisseur de l’Iran. C’est un pays de 80 millions d’habitants, qui compte les premières ressources au monde de gaz et est peu endetté. Avant 2010, Peugeot y vendait 450 000 véhicules, son deuxième marché après l’Europe. Mais beaucoup de concurrents ont tiré profit de l’absence des entreprises européennes pour prendre des parts de marché. Les entreprises chinoises sont restées, les Indiens aussi. Il faut aussi compter sur les entreprises turques. Les entreprises américaines, qui étaient parties pour beaucoup au moment de la révolution, sont en train de négocier leur retour. La concurrence va être plus intense en Iran. Bon nombre d’entreprises françaises ont déjà relancé leurs réseaux en Iran, le Medef y avait organisé en début d’année dernière une délégation. Les entreprises françaises ont un avantage : elles bénéficiaient d’une bonne image avant l’embargo.


Dans quelle situation économique est l’Iran aujourd’hui ?
Après l’embargo européen sur le pétrole et les sanctions américaines qui interdisaient aux banques de travailler avec l’Iran, l’inflation a atteint 45 % en 2012 et le PIB s’est effondré de 6 %. Après l’élection de Rohani en 2013, l’inflation et la récession ont ralenti. Sa volonté affichée de négocier un accord a permis à la monnaie de se raffermir. Pour 2014, le FMI prévoit désormais un retour à la croissance de 3 %, même si l’effondrement des prix du pétrole devrait impacter l’activité. Mais le problème de l’économie iranienne est le chômage, officiellement de 10 % mais probablement proche de 18 à 20 % de la population active. En particulier, il touche beaucoup de jeunes diplômés, alors que l’Iran compte 80 millions d’habitants. La levée des sanctions produit une énorme attente au sein de la population. La difficulté pour le gouvernement va être de bien gérer cette période, alors que des réformes sont nécessaires. Plutôt que d’importer massivement, le gouvernement veut renforcer la compétitivité de l’industrie nationale. Il faudra aussi de l’argent pour recapitaliser le secteur bancaire mais aussi pour relancer les dépenses d’infrastructure qui ont été quasiment inexistantes depuis trois ans et la mise en place de l’embargo. Le gouvernement devra aussi s’engager dans la privatisation de l’économie, alors que le secteur privé ne représente encore que 15 % de l’économie. Cela peut représenter des opportunités pour les entreprises.

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Les entreprises françaises ne risquent-elles de payer l’attitude de fermeté de Paris lors des négociations?
Il ne faut pas surestimer les problèmes diplomatiques. Il est possible que sur de gros contrats, l’Etat manifeste sa mauvaise humeur mais les Iraniens sont pragmatiques. Il y a des opportunités dans tous les secteurs. Dans l’aéronautique, presque toutes les flottes d’avions sont à renouveler, le gaspillage de l’eau et le traitement de l’eau sont un vrai problème. Les privatisations peuvent être une opportunité pour des sociétés étrangères. Il y a aussi un marché important dans l’automobile mais aussi l’agroalimentaire, les services informatiques.

Propos recueillis par Solène Davesne

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