[En images] Des calculatrices aux ordinatrices, la Gaîté Lyrique retisse le lien des femmes à l’informatique

[ENTRACTE] L'exposition Computer Grrrls, jusqu'au 14 juillet à la Gaîté Lyrique à Paris, expose 23 artistes et collectifs internationaux qui interrogent nos rapports aux technologies informatiques, et notamment celui des femmes. Elle rappelle aussi comment l'informatique, un secteur très féminin il y a deux siècles, s'est masculinisé dans nos pays occidentaux.

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[En images] Des calculatrices aux ordinatrices, la Gaîté Lyrique retisse le lien des femmes à l’informatique
Dans l’exposition Computers Grrrls, l’installation "Cyber/technofeminist cross-readings" de l’artiste néerlandaise Manetta Barends.

Le monde des ordinateurs s’est fortement masculinisé. Ce phénomène, qui date des années 1980, est tellement fort dans nos pays occidentaux que l’on redécouvre seulement aujourd’hui le lien tissé entre les femmes et l’informatique. Un lien exploré dans toute sa richesse par l’exposition Computer Grrrls, qui se tient jusqu’au 14 juillet à la Gaîté Lyrique.

En démarrant le parcours, le visiteur plongé dans l’obscurité des sous-sols du lieu parisien prend d’abord un cours d’histoire. Et probablement un choc. La frise chronologique, qui va du 18e siècle à nos jours, ne montre pas seulement que plusieurs individualités féminines ont contribué à la naissance des premières machines à calculer, ordinateurs et codes informatiques. Elle raconte une histoire collective, celle de centaines de femmes qui ont façonné le monde informatique depuis sa naissance.

Elle explique par exemple que le mot "computeur" désigne à l’origine la personne qui fait les calculs à la main, un calculateur ou plutôt calculatrice donc, puisqu’à la fin du XIXème siècle ce métier était largement féminisé. L’une des personnes qui a contribué à cette féminisation est un certain Edward Charles Pickering. "Pickering était loin d’être un homme progressiste, précise avec humour Marie Lechner, la commissaire de l’exposition. Il a surtout compris comment doubler sa puissance de calcul sans surcoût : dans son usine à calcul, où étaient traitées d'importantes quantités d'informations astronomiques, il n’a embauché que des femmes, dont le salaire était deux fois moins élevé que celui des hommes."

Cette frise rappelle ainsi que les femmes ont traité les données astronomiques, calculé les trajectoires balistiques, déchiffré les codes nazis et ont été les premières programmeuses. Elle raconte bien sûr l’histoire de celle qui a réalisé le premier code exécuté par une machine, Ada Lovelace. Mais aussi l’histoire moins connue de Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne qui a co-inventé le saut de fréquence, la méthode de transmission utilisée pour le Wifi et la géolocalisation. Ou encore celle des six femmes de L’ENIAC, sélectionnées en 1945 pour programmer le premier ordinateur entièrement électronique construit à l’université de Pennsylvanie.

L’histoire s’arrête 40 ans plus tard. Pas exactement, mais c'est ce que pourraient laisser croire les statistiques. Au milieu des années 1980, s’opère un décrochement de la part des femmes dans l’informatique, qui plafonne aujourd’hui à 15% des effectifs. En réalité, un lien perdure : le cyber-féminisme nait dans les années 1990 et les critiques actuelles faites à l’égard du numérique viennent pour beaucoup des femmes. A l’image de Cathy O’Neil, mathématicienne américaine qui a notamment alerté sur les biais des algorithmes.

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Passée l’introduction historique, ces biais, la place des minorités sur Internet, ou encore la surveillance numérique sont au cœur de l’exposition, à travers le regard de 23 artistes et collectifs internationaux. Des installations qui interrogent le monde numérique mais qui s’en servent aussi comme médium, avec des œuvres utilisant l’impression 3D, la vidéo ou encore des algorithmes.

Housewives Making Drugs from maggic on Vimeo.

Dans cette vidéo qui reprend les codes d’une émission télé culinaire, l’artiste et bio-hackeur Mary Maggic, qui fait partie du MIT Media Lab, aborde le biohacking en donnant une recette maison pour obtenir des œstrogènes. Une tribune pour le contrôle de nos corps.

Comment se protéger d’une utilisation trop massive d’un smartphone, souvent synonyme de mauvaises postures corporelles ? La réponse "do it yourself" et open source de l’artiste Dasha Ilina.

Dans cette expérience immersive en 3D, un collectif international de femmes de couleurs ingénieures, scientifiques et artistes nous plonge dans un futur imaginaire où les technos de pointe sont créées par et pour les femmes de couleurs.

Dans cette oeuvre intitulée The fragility of life, l'artiste Simone Niquille questionne les normes anthropomorphiques qui sont encodées dans les technologies de modélisation 3D. Une manière de dénoncer les biais corporels que véhiculent ces outils.

"Notre objectif avec cette exposition est d’éveiller tous les publics sur des questions qui sont occultées ou peu prises en compte aujourd’hui par ceux qui produisent ces technologies, explique Marie Lechner. Elle présente d’autres récits que ceux dominants sur ces technologies et l’innovation à tout prix." Des récits éclairants et salutaires alors que ces technologies pourraient davantage être mises en débat dans nos espaces démocratiques.

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