"En 2019, pour la première fois, la France regagnait des parts de marché à l'export", affirme Christophe Lecourtier (Business France)

Le directeur général de Business France, qui aide à l'internationalisation des entreprises, estime que le plan de relance export doit permettre aux exportateurs de regagner rapidement leurs positions sur les marchés étrangers.

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Christophe Lecourtier dirige l'agence publique de soutien à l'internationalisation des entreprises Business France.

L'Usine Nouvelle - Quelle était la performance à l’export des entreprises françaises en 2019, avant la crise sanitaire ?

Christophe Lecourtier - Le bilan export raconte une histoire de nature à donner confiance pour l'avenir. Tout le monde se met de la cendre sur la tête quand on parle de commerce extérieur car on ne regarde que le déficit commercial. 45 % des exportations sont le fait des grands groupes, qui sont devenus tellement grands que leur production ne se fait plus seulement en France. Mais 99 % des exportateurs sont des PME et des ETI, majoritairement enracinées en France. L’enjeu est de faire émerger cette armée de réserve derrière les grands groupes.

En 2019, les exportations françaises ont progressé de 3,3 % alors que le commerce international a été stable. Pour la première fois depuis 25 ans, la part de marché de la France a progressé, de 3% à 3,1 % selon les Douanes. Et en deux ans, nous avons généré 10 000 exportateurs de plus en France, pour atteindre le chiffre de 129 000. Alors qu’un quart d’entre eux arrêtaient chaque année l’exportation, la proportion est tombée à 20 %. Les entreprises s'inscrivent davantage dans une stratégie plus que dans des approches opportunistes. Le dispositif que nous avons mis en place fonctionne. Les Douanes ont montré que les entreprises accompagnées par la Team France export avaient une croissance de leurs exportations deux fois supérieure à celles qui ne l’étaient pas.

Comment la crise va affecter les exportateurs?

Dans nos statistiques, nous voyons que 85 % à 90 % des entreprises exportatrices sont reparties à l’export. Bien sûr, il y a des entreprises qui ont été abîmées par la crise. Mais nous pouvons être parmi ceux qui profitent de la reprise et retrouver rapidement notre niveau d’exportation de 2019, voire plus.

Le plan de relance de l’export est conçu comme un plan de reconquête quasi militaire. L’objectif est de ressortir des tranchées. Avant de partir à l’assaut, le premier enjeu est le renseignement. Vous devez savoir ce qui est "vert" ou " rouge " en termes de situation économique. Si ce grand distributeur est en faillite, ce n’est pas la peine de le contacter. Nous sommes en train de déployer sur nos plateformes digitales régionales des comptes gratuits pour les entreprises pour leur permettre de recevoir des informations pertinentes sur leur secteur. Les munitions, c’est le financement.

Quels sont les grands axes du plan de relance export ?

Nous avons mobilisé des financements inédits qui permettent de diviser par deux le prix d’une mission de prospection ou d’un salon avec le chèque relance export. En tout, 15 000 chèques doivent être distribués et peuvent être combinés avec l’aide des régions. 1000 entreprises en bénéficient déjà pour 2 millions d’euros. Bpifrance a renforcé l’assurance prospection. Nous venons aussi de lancer le chèque VIE, qui représente une subvention de 5000 euros pour l’embauche d’un jeune volontaire à l’international pour les PME et les ETI. Cela représente 15 à 20 % du coût. Les grandes entreprises peuvent aussi en profiter à condition d’embaucher un jeune issu de formation courte ou de quartiers prioritaires de la politique de la ville. On voit que les entreprises qui s’en sont sorti le mieux ont des troupes à l’étranger. Un directeur commercial ne peut pas effectuer une quarantaine pour quelques jours de déplacement. C’est plus acceptable pour une jeune qui va rester deux ans dans le pays. Depuis l’été, 110 pays sont accessibles. Seuls 30 pays, dont les Etats-Unis sont encore fermés.

Le numérique va-t-il transformer l’export ?

C’est en allant à des salons, en se rencontrant dans des missions que l’on faisait de l’export avant. C’est devenu plus difficile. Pour l’instant, nous avons prévu 600 opérations commerciales en physique en 2021, avec la possibilité de les digitaliser si nécessaire. On arrive à le faire à distance. Nous avons organisé pour Porsche des rencontres virtuelles avec une quinzaine d’entreprises sélectionnées en amont. Ce qui a permis à certaines d'entre elles d'être sélectionner pour des rendez-vous individuels. Nous allons lancer en janvier des places de marché digitales sectorielles pour présenter de façon permanente l’offre française à des acheteurs. Demain, les exportateurs reviendront aux déplacements, mais moins qu’avant. Le digital permet des économies, y compris dans son bilan carbone qui est une donnée de plus en plus importante pour les entreprises.

La France était en 2019 la première destination européenne pour les investisseurs étrangers. Peut-elle conserver cette position?

Nous avons toutes les chances de sortir du brouillard dans le peloton de tête. La compétitivité de la France ne s’est pas dégradée. Et avec le plan de relance, nous avons une nouvelle histoire à raconter aux investisseurs : la baisse de 10 milliards d’euros des impôts de production et la modernisation du tissu industriel français. Le mouvement pro-business est amplifié.

Le dernier élément concerne la formation professionnelle En réalité, les investissements suivent les talents et non l’inverse. Nous sommes la première destination des investissements industriels en Europe car les groupes allemands et américains trouvent chez nous du foncier, mais aussi de la main d’œuvre qualifiée.

Les négociations s'éternisent entre Londres et Bruxelles au sujet du futur accord commercial. Comment anticipez-vous la fin de la période de transition le 1er janvier 2021 ?

Nous continuons à démarcher des entreprises étrangères. Cela a déjà débouché sur des relocalisations à Paris dans l’industrie financière, de Goldman Sachs à la gestion de la trésorerie de Total. L’industrie attend encore de savoir comment va se terminer la négociation entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Les conséquences sont assez différentes selon que les échanges seront soumis aux règles de l’OMC ou à un accord de libre-échange. En cas de no-deal, des tarifs de 10 % s’appliqueraient à l’automobile par exemple, ce qui revient à supprimer la marge bénéficiaire. Tôt ou tard, les groupes automobiles en tireront les conclusions.

Et pour les entreprises françaises qui exportent ?

L’enjeu est de retrouver rapidement le très haut niveau d’exportations que nous avons en Grande-Bretagne. Cela concerne 30 000 entreprises françaises et c’est l’un de nos principaux excédents commerciaux. Pour cela nous devons permettre aux entreprises de comprendre quelles sont les nouvelles règles du jeu et comment les appliquer. Dès que nous connaîtrons l’ampleur des changements au 1er janvier, nous serons capables d’apporter très vite une information précise aux chefs d’entreprises sur les nouvelles règles phytosanitaires, les emballages, les droits de douanes … Nous renforçons notre équipe à Londres pour les accompagner. La Grande-Bretagne aura toujours besoin de médicaments, de produits agroalimentaires français. Elle ne va pas d'un seul coup importer ses salades de Nouvelle Zélande ou du Canada.

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