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Emploi, l’avis de chefs d’entreprise

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Publié le

Alors que le taux de chômage pour la France s’établissait à 10,6 % au  troisième trimestre 2015 selon l’Insee, François Hollande a présenté lundi 18 janvier un plan de la dernière chance. Le 25 janvier, c'était au tour de Robert Badinter de présenter son rapport sur la réforme du Code du travail. Formation pour les chômeurs, de primes à l’embauche et d’accès facilité à l’apprentissage. De leur côté, des organisations d’employeur réclament plutôt de nouvelles baisses de charges et un contrat de travail dont les ruptures seraient plus sécurisées. Qu’en pense-t-on sur le terrain ?

Emploi, l’avis de chefs d’entreprise © photl.com

Les entreprises citées

 

 

 

 

 

Pour les patrons, la réforme du code du travail va dans la bonne direction : 

 

A lire aussi : Code du travail : les 35 heures maintenues mais assouplies

Frédéric Guinot, PDG de Farinia

Forges et fonderies – 1 200 salariés

"Décentraliser les négociations"

"C'est une bonne chose que le pouvoir public se rende enfin compte que le code du travail est totalement dément. Il est encore un peu tôt pour réagir, mais l'intention est louable. Depuis trente ans, le système est figé. Le rapport Badinter va dans la bonne direction, vers plus de souplesse, et vers une décentralisation des négociations. Il faut arrêter les grandes messes comme les conférences sociales et préférer les négociations entre entreprises. Notamment pour les 35 heures, si le pouvoir public n'a pas le courage de les supprimer à l'échelle nationale, il faut permettre aux entreprises de modifier la durée du travail."


Frédéric Ségault – PDG de Ségault et président de Velan

Robinets industriels – 80 salariés et 250 salariés

"Instaurer un contrat unique"

"Baisser le coût des heures supplémentaires n'est pas le cœur du problème. En France, les chefs d'entreprise souffrent surtout de l'extrême difficulté à entreprendre un licenciement économique, qui est soumis à une procédure très stricte. Pour un patron, ne pas être sûr de pouvoir débaucher des salariés est un frein à la productivité, et donc à l'embauche. Il faudrait simplifier la législation, et en parallèle demander aux patrons de payer une taxe.

Dans l'ensemble le rapport Badinter est un travail utile, mais ce n'est que le début d'un processus. Je serais favorable à l'établissement d'un contrat unique, où petit à petit les salariés gagnent des droits, comme le préconise le prix Nobel d'économie Jean Tirole."


Sylvie Bernard Grandjean, directrice administratif et financier de Redex

Machine-outil – 250 salariés en France

"Négocier les heures supplémentaires avec l’ensemble des salariés"

"Tout le monde s'accorde pour dire que le code du travail, tel qu'il est aujourd'hui, n'est pas bon. C'est un empilement de lois, qui parfois se contredisent. Il donne aux entreprises l'impression de ne pas le maîtriser. Les déclarations du Premier ministre sur la négociation des majorations des heures supplémentaires par accord d'entreprise vont dans le bon sens. Mais les négociations devraient se faire entre la direction et l'ensemble des salariés, pas seulement les syndicats qui ne représentent qu'un faible pourcentage de l'ensemble de la masse salariale. Quant au salaire minimum, il devrait être fixé par branche ou selon le territoire de l'entreprise. "

 

 

Quelles mesures pour relancer l'emploi ? : 

 

A lire aussi : Pour relancer l’emploi, Hollande dévoile une série de petits assouplissements

Jean- Noël de Galzin, PDG de Wallix 

Cybersécurité, 40 salariés, 4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014

"Fusionner crédit impôt recherche et crédit impôt  innovation"

"D’une manière général, je comprends qu’il y ait une nécessité de mesures court terme en faveur de l’emploi car c’est le problème numéro 1 en France. S’il y a des aides à l’embauche, on les prendra mais ce n’est pas cela qui influence fondamentalement les embauches. Ce qui change, pour nous les PME c’est que nos entreprises clientes investissent, soient confiantes dans leurs perspectives pour mener des projets. Nous sommes sensibles à ce qui rend le travail plus compétitif. Le crédit impôt recherche est très intéressant mais il faudrait y inclure le crédit impôt innovation. Car en avoir deux différents c’est trop compliqué.  La dichotomie  entre recherche et innovation  ça n’existe plus que dans les bureaux du ministère de la Recherche. Nous avons besoin de souplesse, de règlementation simplifiée et d’une fiscalité moins contraignante pour les individus comme pour les entreprises pour nous développer. Il fait orienter les mesures sur les PME, ETI et start-up car ce sont elles qui embauchent et créent de l’emploi."

 

Philippe Lécuyer, PDG de DEF

Détection incendie, 2000 salariés (dont 1500 en France), 230 millions de chiffres d'affaires en 2015

"Renforcer le lien entre l’école et les entreprises"

"Si l’emploi est un problème, dans mon entreprise, le recrutement est une préoccupation, en particulier pour les métiers de techniciens. Selon moi, il y a un vrai problème de lien entre l’école, les jeunes et l’entreprise. Je proposerais que les enseignants passent un an en entreprise tous les dix ans, pour qu’ils fassent autre chose, pour qu’ils connaissent mieux ce monde. Nous-mêmes nous intervenons dans les écoles et c’est très positif. Pour moi, la priorité c’est de casser le chômage des jeunes. Il faut leur faire découvrir les métiers, recréer le sens du travail, l’attachement à l’entreprise. Les entreprises doivent être bienvenues dans les lycées professionnels même si elles ne doivent pas imposer leurs exigences. Je ne suis pas dogmatique sur le coût du travail, mais si on pouvait transformer une partie des charges que l’on paye sur les jeunes en prime sur les salaires, ce serait une bonne chose, et cela renforcerait l’attractivité. Ce sont les entreprises qui embauchent et créent de l’emploi."

 

Laurent Colas, PDG de Eno

Fabrication de planchas, une centaine de salariés

"La priorité, c'est la simplification"

"Il ne s'agit même plus d'assouplir le contrat de travail, mais plus globalement le droit du travail. C'est ça qui permettrait vraiment de libéraliser le marché du travail et de créer de l'emploi. Ces annonces ressemblent plus à une tentative de manipuler les chiffres qu'à une réelle volonté de réformer. Former 500.000 chômeurs ? Je crois savoir que Pôle Emploi n'a pas les ressources pour le faire. C'est une mesure illusoire. Dans une PME industrielle, nous pouvons former n'importe quel individu motivé. Nous pouvons en faire un ouvrier qualifié. Ce qui nous manque, c'est un peu de flexibilité pour ne pas nous retrouver dans un enfer juridique."

 

Pierre-Jean Girard, directeur du site de Gibaud à Trévoux (Ain)

Textile médical, 100 salariés

"Inciter les intérimaires à accepter un CDI"

"Je rencontre un problème irritant, un véritable frein à l’embauche: quand nous proposons à des intérimaires qui font un bon travail d’entrer chez nous en CDI ou CDD longue durée, beaucoup déclinent l’offre. Il y a tellement de primes, d’aides, pour eux, que cela devient plus intéressant d’être en situation précaire qu’en contrat. Il est dommage qu’il n’existe pas plus d’incitations à accepter un CDI. Du coup, aujourd’hui, nous recrutons des intérimaires intéressés par une éventuelle embauche. Nous menons avec eux des entretiens RH pour vérifier qu’ils se projettent bien, à terme, dans nos métiers, nous accompagnons mieux leur intégration dans l’entreprise, et nous les rencontrons régulièrement en entretien pour vérifier que tout se passe bien. Nous ne recrutons pas directement en CDI ou CDD parce que nous avons déjà été déçus par certains recrutements. Nous utilisons l’intérim comme une période de test."

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche, Astrid Gouzik, Cécile Maillard

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1 commentaire

Nom profil

19/01/2016 - 10h28 -

M. Girard exprime son point de vue d'employeur sur "un problème irritant" : le statut de l'intérim.

Permettez-moi de partager ma vision en tant qu'intérimaire depuis ma sortie de BTS il y a 15 ans : assistante de direction dans une grande métropole du sud, en ce qui me concerne, l'intérim est un moyen de subsistance.
Impossible de décrocher le moindre CDI dans ma branche depuis 2001.
Actuellement en CDD (le 2ème de ma carrière), je n'ai signé que pour 5 mois. Tous les ans je passe des dizaines d'entretiens, tous les ans je suis en fin de mission tous les 3 à 6 mois, mon CV est à réactualiser en conséquences 2-3-4 fois par an. Je suis obligée de couper dans mes compétences et mes expériences car plus de 2 pages font peur aux recruteurs qui pensent que je ne suis pas stable bien qu'un fil conducteur soit lisible pour peu qu'on s'en donne la peine ou qu'on me rencontre en entretien.

Les grosses sociétés sont quasiment les seules à proposer de l'emploi et n'embauchent pas les secrétaires en CDI. Dans les PME, beaucoup d'assistantes sont déjà en poste et on ne peut prétendre qu'à des accroissements d'activité ou des remplacements maladie/congé maternité.

Ayant débuté ma carrière dans le nord-ouest, je le dis d'expérience, ce n'est pas valable que dans la région où j'habite actuellement.

Des primes, des aides pour les intérimaires ?
Les 20% d'IFM (indemnités de fin de mission), comme pour un CDD, correspondent à 10% de précarité (il est quand même rare d'enchaîner les missions du vendredi au lundi) + 10% de congés payés (peu de boites d'intérim acceptent qu'on les prenne durant nos missions, il est donc bien normal qu'ils nous soient payés, me semble-t-il).
Le chômage ? On cotise comme tout le monde et je préfère travailler et payer des impôts que de toucher 60-70% de mon salaire pour rester chez moi à broyer du noir.
J'ai essayé, 2 fois, de refuser de l'intérim pour ne me focaliser que sur des CDI, les 2 fois au bout de 6 mois j'ai renoncé et repris l'intérim.

En parallèle, en changeant de boites d'intérim au gré des missions, on ne peut prétendre à la formation puisqu'on change d'employeur régulièrement.
Qui plus est les contrats de petites durées nous interdisent la reprise d'études, en cours du soir par exemple, étant donné qu'on ne sait pas d'un mois sur l'autre le temps ni l'argent dont on va disposer.

Je ne m'étendrai pas non plus sur le problème des mutuelles santé ou le fait que de nombreuses banques refusent encore quasiment tous les prêts immobiliers aux intérimaires pour cause de situation peu stable. J'ai même rencontré une banque qui a refusé de m'ouvrir un compte courant !

Peut-être qu'une minorité d'intérimaires peuvent se permettre de vivre de l'intérim pour arrondir leurs fins de mois. Mais pour la majorité de celles et ceux qui restent, ce sont des employeurs comme vous, avec votre vision, qui nous font passer pour des nantis.

J'en conviens, il y a peut-être un trop gros fossé "légal" (empêchant toute flexibilité pour l'une ou l'autre des parties) entre les contrats précaires et les CDI mais le souci n'est pas entre l'intérim et le reste des contrats CDD-CDI ou le fait que les contrats précaires seraient plus avantageux (ce qui est sous-entendu ici).

Proposez-moi un poste intéressant et un salaire correct, je n'aurai aucune difficulté à "sacrifier" mon statut d'intérimaire.
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