Economie

Emmanuel Macron veut un actionnariat français de long terme

Arnaud Dumas , ,

Publié le

Dans une tribune écrite pour Le Monde, le ministre de l’Economie revient sur son différend avec le conseil d’administration de Renault. Il en profite pour expliquer la stratégie du gouvernement pour assurer un nouvel actionnariat de long terme aux entreprises françaises.

Emmanuel Macron veut un actionnariat français de long terme © Pascal Guittet

La bisbille entre l’Etat et Renault continue de faire couler de l’encre. Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, de l’industrie et du numérique, a publié une longue tribune dans le journal Le Monde, daté du samedi 25 avril, pour expliquer point par point sa stratégie de reconquête de l’actionnariat des entreprises françaises par des investisseurs domestiques.

C’est d’abord à une justification de la loi Florange et du dispositif des droits de vote doubles pour les actionnaires de long terme que se livre Emmanuel Macron. Si l’Etat entend imposer les droits de vote doubles dans le capital de Renault, c’est pour permettre "à nos entreprises de se concentrer sur leur avenir et de faire de vrais choix industriels". L’Etat actionnaire fait valoir ses droits avant tout pour garantir l’avenir du constructeur.

Mais le ministre se livre aussi à une explication plus générale sur l’évolution de l’actionnariat du fleuron de l’industrie française. Les participations croisées entre les anciennes grandes entreprises nationales ont fait long feu à la fin des années 90, laissant la place à des actionnaires plus court-termistes. Comme l’analysait déjà l’économiste Elie Cohen dans les colonnes de L’Usine Nouvelle en juin 2014. Ce qui a mené à la situation actuelle dans laquelle, selon la Banque de France, près de la moitié du capital du CAC 40 est détenu par des investisseurs étrangers. Avec 499,2 milliards d’euros d’actions, les non-résidents détenaient 46,7% de la capitalisation boursière totale du CAC40 en décembre 2013 (36% en 2000). Et bon nombre de grands groupes français sont devenus des cibles potentielles d’OPA, faute d’actionnaire de référence.

Accompagner les entreprises dans leurs investissements

C’est donc une nouvelle ère du capitalisme français qu’Emmanuel Macron veut entamer. "Nous avons besoin d’un capitalisme de long terme qui accompagne nos entreprises dans leurs investissements et dans leur transformation, qui aide les grands groupes à se développer, comme les start-up et les ETI à devenir de grands groupes", écrit-il.  

La réponse ne se résume toutefois pas à faire monter l’Etat au capital des grands groupes. Emmanuel Macron préfère "construire un environnement économique et financier propice." Il identifie trois leviers pour reprendre la main sur le capital des entreprises françaises. Le soutien aux investisseurs de long terme, grâce au mécanisme des droits de vote doubles. Mais il compte aussi faire revenir les investisseurs institutionnels (compagnies d’assurance, caisses de retraite, etc.) vers la Bourse. Ceux-ci se sont détournés du financement de l’économie du fait des nouvelles normes prudentielles rendant la détention d’actions moins intéressantes pour eux. Le gouvernement espère faire bouger la réglementation Solvabilité 2 qui s’applique aux assureurs.

Enfin, Emmanuel Macron s’adresse directement aux particuliers. Ce sont aussi les actionnaires individuels français qui pourront stabiliser le capital des entreprises. Pas seulement pour les grands groupes. Le PEA-PME doit permettre de le développer au profit des petites entreprises. Les dernières introductions en bourse sur Euronext ont d’ailleurs vu exploser la demande d’actionnaires individuels.

Le gouvernement prône également le développement de l’actionnariat salarié. La loi pour "la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques" prévoit justement de réformer l’épargne salariale pour la simplifier et l’ouvrir aux plus petites entreprises. Plus surprenant, le ministre envisage de "rendre la fiscalité des actionnaires individuels plus encourageante". Après l’épisode des pigeons en 2012, le gouvernement semble vouloir reconquérir le capitalisme à la française.

Arnaud Dumas

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