Emmanuel Macron ou le "rêve productif français"

Emmanuel Macron a conduit pendant deux ans le ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique avant de se projeter  dans un destin national. Que représente l’industrie pour lui ? Que tire-t-il de son expérience ministérielle ? Dans quel avenir projette-t-il ce secteur ? Une partie de la réponse est dans son livre "Révolution" ou il affirme n’être "ni proche des doctrinaires colbertistes", "ni libéral au sens où la bonne politique serait de ne pas en avoir". Sa vision : un Etat qui investit sur les infrastructures et développe des incitations sur des secteurs d’avenir, en particulier les cleantech.

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Emmanuel Macron ou le

L’ex-banquier de chez Rothschild, comme aime à le réduire ses détracteurs ne se projette pas dans une économie de services, en particulier financiers. Il estime même que "la désindustrialisation française est une des causes de notre malheur." Pour lui, l’industrie est même au cœur de l’identité française, cette nation de chercheurs, d’entrepreneurs, de fabricants. "La vrai prospérité se construit, défend-il, en produisant d’abord et en répartissant ensuite, car sans production il n’y a pas de "modèle social"."

Le chef des marcheurs estime ainsi qu’il faut "renouer avec le rêve productif qui est au cœur de notre histoire et de notre identité". Ce rêve productif "depuis Colbert n’a jamais cessé d’animer les entrepreneurs et les salariés de notre pays", confie-t-il dans son livre projet. En ce sens, il est pour partie sur une même ligne que son prédécesseur à Bercy, Arnaud Montebourg et ne se désolidarisait sans doute pas du curieux l’intitulé de son ministère, le "redressement productif". Les deux hommes ont d’ailleurs fort bien collaboré, l’un au secrétariat de l’Elysée, l’autre à Bercy, jusqu’à l’affaire de Florange où leurs vues ont divergé sur le principe d’une nationalisation partielle. Car quand Macron invoque Colbert, c’est plus comme une figure historique que comme un modèle pour aujourd’hui . Lorsqu’il explore le rôle de l’Etat dans l’industrie Emmanuel Macron se définit comme "ni proche des doctrinaires colbertiste, nostalgiques du plan Calcul", "ni libéral au sens où la bonne politique serait de ne pas en avoir".

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Colbertiste mais pas trop

Cette "doctrine colbertiste" qui se défendait dans une économie de rattrapage ne lui semble plus pertinente à l’époque de l’ "économie de l’innovation". "Nous ne vivons plus dans une économie de grands projets" exprime celui qui a formé sa pensée économique, entre autre avec Philippe Aghion, économiste néo-schumpétérien. Sur l’intervention de l’Etat dans la vie des entreprises, il reste prudent. S’il défend vigoureusement certaines interventions de ce quinquennat comme chez PSA ou aux Chantiers de l’Atlantique, il ne se leurre pas sur "les limites de l’interventionnisme public face à des situations désespérées. J’ai aussi eu des échecs que je reconnais avec tristesse", confie-t-il dans son ouvrage. Il prône en la matière un volontarisme lucide. Et il concentre une politique industrielle très interventionnisme, y compris dans son volet actionnarial sur trois grands secteurs : la défense, l’énergie et les matières premières. Car il y voit un élément essentiel de souveraineté nationale.

Emmanuel Macron n’en conclut pas pour autant que l’Etat doit se désengager en se contentant d’un environnement fiscal et règlementaire bienveillant pour les entreprises. S’il estime nécessaire de transformer le CICE en allègement de charges (bonifié "d’autres allègements de cotisations sociales patronales") et de mettre en œuvre une fiscalité qui récompense la prise de risque il prône aussi une politique d’investissement planifiée sur 5 ans pour offrir un cadre et une visibilité aux entreprises dans les domaines de la santé, de la fibre ou de la transition énergétique. C’est sur cette thématique que l’ancien ministre est le plus disert puisqu’il consacre un chapitre au thème "Produire en France et sauver la planète". C’est dans les cleantech qu’il voit une promesse de développement très intéressante pour les entreprises françaises

Vert en diable

"Nous dépensons plus d’argent pour extraire les dernières gouttes de l’énergie du passé que pour améliorer celle du futur", se désole le chef de parti estimant que l’écologie est une opportunité. S’il invite toutes les entreprises à ne pas louper le virage de la numérisation, après avoir perdu du terrain avec la robotisation, il voit la possibilité pour la France de compter parmi "les champions mondiaux des cleantech". Il note que l’industrie française a déjà réduit son empreinte environnementale et que le pays fourmille de grands groupes et de start-up impliqués sur la transition énergétique, l’environnement …"Nos usines ont déjà largement entamés leur transformation. Au cours de 20 dernières années, en France ce sont elles qui ont le plus réduit leurs émissions de gaz à effet de serre. Et leurs émissions de particules toxiques comme le soufre ou la dioxine ont quasiment disparu.".

Il pense que l’Europe et en particulier la France est un bon terrain de jeu pour toutes les innovations environnementales grâce à ses villes denses, contrairement aux métropoles américaines ou asiatiques adeptes de l’étalement urbain. La densité européenne propose de parfaits territoires pour des développements dans les transports collectifs propres décarbonés ou les réseaux d’énergie intelligents. Un peu flou sur les ressorts d'un véritable programme, Emmanuel Macron envisage ainsi "une impulsion politique forte au service des technologies vertes".

Enfin, le dernier volet de la politique industrielle d'Emmanuel Macron est l'accent mis sur la politique de concurrence. Il la veut agressive pour "éviter les rentes" et permettre aux petits nouveaux de prendre pied sur les marchés. Ce volontarisme doit s'exercer de la même façon vis à vis de la concurrence déloyale des pays étrangers. Il aime à rappeler son combat européen pour pousser la Commission à être beaucoup plus dur sur les aciers chinois. Emmanuel Macron ni de droite, ni de gauche, donc ni bleu, ni rose est finalement assez vert.

Anne-Sophie Bellaiche Cheffe du service Economie et Social
Anne-Sophie Bellaiche

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