[Elections fédérales] La lente renaissance industrielle de l’Allemagne de l’Est

Si les stigmates de la réunification sont encore présents, dans les paysages comme dans les esprits, l’économie est-allemande comble lentement son retard sur le reste du pays.

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[Elections fédérales] La lente renaissance industrielle de l’Allemagne de l’Est

"En une nuit, notre monde s’est effondré." Vingt-sept ans après, Evelyn Duarte Martinez se souvient comme si c’était hier des bouleversements qui ont suivi la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui présidente de FEP (Fahrzeugelektrik Pirna), elle en était alors la responsable des achats. Du temps de la RDA, l’entreprise créée en 1949 entre Dresde et la frontière tchèque fabriquait des composants électriques (interrupteurs à pression d'huile, connecteurs, sondes) pour les voitures du bloc soviétique. Mais avec l’arrivée de l’économie de marché, "notre combinat n’était plus compétitif. Plus personne ne voulait acheter de Trabant ou de Wartburg, relate cette femme sympathique, originaire de Magdebourg. Nos débouchés ont littéralement disparu".

En l’espace d’un an, entre 1991 et 1992, le chiffre d’affaires passe de l’équivalent de 14 millions d’euros à 4 millions, l’effectif de presque 1 000 employés à 130. Comme partout dans le pays, la majorité des employés est envoyée en retraite anticipée, en formation ou tombe au chômage. Pourtant, ce qui sauve FEP de la faillite, c’est un début de collaboration R&D avec Volkswagen, initié en 1986. Le groupe de Wolfsburg décide de soutenir son fournisseur. "Nous avons su rebondir et repartir de zéro, en automatisant progressivement la production", indique fièrement la directrice. Désormais, l’entreprise qui réalise 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 70 % à l’export, livre la plupart des constructeurs automobiles (BMW, PSA, GM…).

Un exode massif vers l’ouest

Mais toutes les sociétés n’ont pas eu cette chance. Il est difficile de chiffrer le nombre de celles qui ont mis la clé sous la porte. Une sur deux, probablement davantage. Une chose est sûre, le nombre de salariés de l’industrie est passé de 3 millions avant 1989 à 1 million dans les années 1998-99. De fait, près de deux générations après, les stigmates de la réunification sont toujours présents. Le plus visible reste ces maisons et ces bâtiments, laissés à l’abandon et qui sont progressivement détruits. Un exode massif vers l’ouest a vidé l’ex-RDA de 1,5 million de ses habitants, soit 10 % de sa population, principalement des jeunes actifs diplômés.

La disparition des entreprises a aussi laissé un tissu industriel morcelé. "Les grands groupes de plus de 500 salariés et les sièges sociaux sont peu nombreux, explique Karl Brenke, économiste à l’Institut économique allemand (DIW) et spécialiste de la RDA. Cette faiblesse structurelle explique que la parité des salaires avec l’Ouest ne soit pas encore atteinte." Un vendeur ou un électricien gagne encore de 10 à 25 % de moins qu’un collègue de l’ex-RFA. Autre fracture : le chômage, surtout de longue durée, est endémique. Dans la région, le taux de chômage s’élève à 7,4 %, contre 5,3 % dans le reste de l’Allemagne.

La situation s'améliore

Pourtant, la situation dans ces nouveaux Länder s’améliore. Il faut dire que depuis 1991, l’Etat fédéral y a injecté plus de 1 500 milliards d’euros pour attirer les entreprises et aider les communes à s'équiper en infrastructures et en transports. "La démographie s’est stabilisée, car l’Est redevient attractif. Certains jeunes gens reviennent y vivre", explique Wido Geis, du DIW, qui a mené une étude sur le sujet en janvier.

Lentement, l’industrie renaît aussi de ses cendres. Après tout, la RDA avait une forte tradition, qui s’est maintenue par endroit. C’est le cas par exemple à Dresde, connue à l’époque pour sa spécialisation en microélectronique. Possédant l’une des meilleures universités du pays, la ville s’enorgueillit aujourd’hui d’accueillir la Silicon Saxony, un pôle de compétitivité qui regroupe 320 fabricants, fournisseurs et centres de recherche dans les semi-conducteurs.

Un peu plus à l’ouest, Iéna perpétue son savoir-faire dans l’optique autour de l’emblématique entreprise Carl Zeiss, implantée dans la ville depuis 1846. Enfin, Leipzig fait figure de nouveau Berlin et attire des start-ups du monde entier par ses loyers abordables et les aides financières à l’installation. Toute la Saxe bénéficie aussi d’investissements dans l’automobile et l’électromobilité. C’est d’ailleurs à Dresde que Volkswagen a installé sa nouvelle vitrine pour la voiture électrique pour y fabriquer ses nouvelles e-Golfs, tandis que BMW a choisi Leipzig pour l’assemblage de ses i3.

Pour autant, certaines zones économiques peinent dans leur reconversion. Après avoir été un haut lieu de la chimie, la zone industrielle autour de Bitterfeld-Wolfen avait choisi de changer d’image au début des années 2000 en se tournant vers le solaire. Avant la crise provoquée par la concurrence chinoise, les fabricants allemands de cellules et de panneaux comme Q-Cells, Solibro et CSG Solar s’y côtoyaient. Actuellement, sur les 3 000 employés, il n’en reste plus qu’un millier, de nouveau plongés dans l’incertitude.

A Pirna (Saxe), Gwénaëlle Deboutte

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