[Elections fédérales] "L’Allemagne a besoin d’une France forte"

Le décrochage industriel français inquiète les entreprises allemandes, qui attendent avec impatience de voir les réformes du marché du travail se mettre en place.

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Vendredi 15 septembre, le premier ministre Edouard Philippe avait prévu une journée chargée à Berlin pour présenter les réformes du travail de son gouvernement. Conférence devant un parterre d’économistes, rencontre avec des dirigeants allemands, déjeuner de travail avec la chancelière Angela Merkel, puis visite d’un lycée professionnel. Son programme était à la mesure de l’urgence de la situation. Le décrochage économique de l’Hexagone inquiète de plus en plus outre-Rhin. Si l’Allemagne était encore en 2016 le premier partenaire de la France, notre pays a depuis 2015 cédé sa place de leader en Allemagne, aux Etats-Unis en 2015, puis à la Chine en 2016. Selon les statistiques des douanes françaises, les exportations françaises vers l’Allemagne s’élèvent à 71,2 milliards d'euros en 2016, en très légère baisse par rapport à 2015 (- 0,2 %). Mais les importations de la France depuis l’Allemagne ont quant à elle baissé de 1,4 % (85,4 milliards d'euros).

"La croissance des importations allemandes ne bénéficie en effet que moyennement aux entreprises françaises, qui perdent des parts de marchés au profit de la Pologne ou de la République tchèque, constate Guy Maugis, président de la chambre franco-allemande de commerce et d’industrie à Paris. Hormis dans le luxe, le textile et l’électronique, le positionnement trop milieu de gamme des Français ne correspond pas aux attentes du marché allemand." Sur le terrain, ce déséquilibre connaît déjà des répercussions. "Nous l’observons principalement avec les acquisitions, assure Pierre Zapp, chef du French Desk pour le cabinet d’audit Mazars à Berlin. Les achats d’entreprises allemandes par les Français sont en croissance, car cela leur permet de trouver des relais de croissance hors du marché français trop atone et de profiter d’une exposition internationale."

C’est particulièrement vrai dans l’IT-ingénierie et dans l’automobile. L’année dernière, Saint-Jean Industries, spécialisé dans la fabrication d'équipements aluminium, fonte et acier pour le marché automobile, a ainsi acheté Fastner GmbH pour se renforcer dans l’usinage de pièces en aluminium. "Mais l’inverse est moins vrai, poursuit l’auditeur. Les rachats allemands en France sont en érosion depuis plusieurs années. Ils portent surtout sur des marchés de niche, ou en complément de gamme." En cause : la réputation du marché du travail français trop complexe et une fiscalité trop instable et changeante. De plus, "sous François Hollande, la dynamique a été rompue, l’entreprise n’était pas valorisée et la relation franco-allemande était un désert", confie un chef d'entreprise allemande.

"La France a perdu de son attractivité"

Bosch, présent depuis 1899 dans l’Hexagone, ne cache pas ses inquiétudes sur cette lente désindustrialisation. "La France a perdu de son attractivité, que soit pour les investisseurs nationaux et internationaux, assure Heiko Carrie, PDG de Bosch France. Entre 2010 et 2016, nous y avons investi 470 millions d’euros. C’est une forte somme, mais cela pourrait être davantage. La France n’est plus la cible principale de nos investissements pour l’outil de production." En revanche, le directeur ne partage pas l’opinion générale des Allemands, qui sous-entend qu’il serait difficile de travailler avec les syndicats français. "Sur six de nos neuf sites de production, nous avons signé des accords de compétitivité, comprenant soit des modérations salariales, soit une flexibilité du temps de travail, en cas de besoin." La preuve selon lui que le dialogue à l’allemande peut aussi fonctionner de ce coté ci du Rhin.

"Il y a une véritable attente des Allemands que la France se réveille", indique Guy Maugis. Le BDI, représentant le patronat allemand, a apporté son soutien à Emmanuel Macron. "Nous avons besoin d'une France optimiste et forte à nos côtés", déclare le président de la Fédération de l'industrie allemande (BDI), Dieter Kempf. "Tout ceci va dans le bon sens, mais il faut maintenant attendre les décrets d’application", estime pour sa part Daniel Hager, dont le groupe franco-allemand Hager investit annuellement environ 30 millions d’euros dans ses sites de production de chaque côté de la frontière. D’autant que "nos deux pays sont complémentaires, poursuit Daniel Hager. Par exemple, l’infrastructure routière et la formation des ingénieurs sont deux atouts importants de la France". Ce dernier point est particulièrement important en Allemagne, où le manque de main d’œuvre, du fait de la démographie, devient criant. Pour cette raison, l’orientation de nos voisins en France se focalise davantage vers la R&D que vers la production. En 2015, Hager a investi 20 millions d’euros à Obernai dans un nouveau bâtiment et un incubateur. De son côté, Bosch concentre aussi une partie de ses investissements pour le développement de ses laboratoires de recherche.

A Berlin, Gwénaëlle Deboutte

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