Editorial : Des méthodes d’un autre temps

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En condamnant huit anciens salariés de Goodyear à Amiens (Somme), la justice rappelle que la France est un Etat de droit.

Editorial : Des méthodes d’un autre temps © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Une peine exemplaire ? Huit anciens salariés de l’usine Goodyear à Amiens-Nord (Somme) ont été condamnés en première instance à deux ans de prison, dont quinze mois de sursis assortis d’une mise à l’épreuve de cinq ans, pour la séquestration durant 30 heures en 2014 de deux cadres de leur entreprise. Les prévenus, dont l’ancien leader de la CGT, avaient tous évoqué, devant le tribunal correctionnel d’Amiens, « un coup de colère » face à une direction qui « n’apportait aucune réponse » à la « détresse sociale » dans laquelle se trouvaient les 1143 salariés de l’entreprise, fermée quelques jours après.

La sévérité de la peine sera vraisemblablement atténuée, les huit condamnés ayant fait appel. En attendant, plutôt que de faire profil bas, les voilà qui accusent la justice et… le gouvernement qui serait responsable de cette « opération politique ». Répondant au Sénat à une question d’une élue communiste, Manuel Valls n’a pas manqué de rappeler que si « le combat syndical est toujours respectable, le respect des personnes est un autre principe fondamental ». « Tout n’est pas permis, y compris quand la violence sociale est très importante»,  a cru bon d’ajouter le Premier ministre.

Un symbole de la lutte des classes

Les plaintes des deux cadres et de l’entreprise avaient été retirées. Mais le Procureur de la République a refusé de classer l’affaire sans suite. L’occasion de rappeler que la France est un Etat de droit. A Amiens, ancienne ville communiste, le combat des Goodyear a longtemps été vu comme un symbole de la lutte des classes. Pour le meilleur mais surtout pour le pire. Face à l’usine fermée, Goodyear continue d’exploiter, de l’autre côté de la rue, une autre unité de pneumatiques, sous la marque Dunlop, dans laquelle les salariés ont accepté les conditions de travail refusées par leurs anciens collègues, depuis licenciés…

Au printemps prochain, ce sera au tour de salariés d’Air France d’être jugés pour avoir malmenés deux cadres de la compagnie aérienne. Une nouvelle fois, la justice pourrait signifier que le temps de l’impunité est révolu. Si c’est le cas, cela signifierait qu’il n’y a plus non plus de place pour les jacqueries violentes qui dégénèrent régulièrement devant les préfectures et autres grandes surfaces. Ce qui n’est plus tolérable dans les entreprises ne l’est pas davantage ailleurs…

Pascal Gateaud

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2 commentaires

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15/01/2016 - 21h07 -

En fait votre article apporte la preuve que des salariés qui ne cèdent pas au chantage patronal méritent la fermeture de leur usine (GOODYEAR) et sont ainsi privés du droit au travail, et que de l'autre côté de la rue des salariés(DUNLOP) sont contraints de vivre à genoux et l'acceptent, la direction les remercie en les gardant au travail. Ne sommes nous pas dans une certaine forme de dictature ?
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15/01/2016 - 18h46 -

En fait votre article apporte la preuve que des salariés qui ne cèdent pas au chantage patronale méritent la fermeture de leur usine (GOODYEAR) et sont ainsi privés du droit au travil, et que de l'autre côté de la rue des salariés sont contraints de vivre à genoux et l'acceptent, la direction les remercie en les gardant au travail. Ne sommes nous pas dans une certaine forme de dictature ?
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