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[Edito] La grande pénurie de main-d'œuvre

Christine Kerdellant - Directrice de la rédaction

Publié le

La vie est faite de paradoxes, mais celui-là est lancinant. La France compte 3,5 millions de chômeurs, sans compter les 2 millions de personnes en activité réduite. Soit 9,4 % de la population active. C’est au-dessus de la moyenne européenne et très au-dessus des chiffres enregistrés dans tous les pays comparables à la France. Pourtant, nos entreprises, l’industrie en tête, peinent à recruter.

Recherche salariés désespérément ! Tous les dirigeants que l’on rencontre dans les usines ou que l’on croise dans les conférences ou les dîners, entonnent le même leitmotiv : « C’est la galère pour embaucher des ingénieurs dans mon secteur » ; « Il faudrait que je m’agrandisse, mais je ne suis pas sûr de trouver les gens » « Voilà six mois que j’ai trois postes à pourvoir à l’atelier »… PSA, à Sochaux, avait annoncé en mai le recrutement de 1 000 intérimaires pour travailler sur la 3008. Salaire : 2 300 euros par mois pour douze heures de travail le samedi et le dimanche. Il n’en aurait trouvé que 400… et aurait été obligé de faire venir des ouvriers d’Espagne pour combler les 600 postes vacants ! Chez Jeanneau et Beneteau, on part à la pêche aux nouvelles recrues, une vraie chasse au gros. Les champions français du bateau de plaisance cherchent respectivement à pourvoir 300 et 500 postes en CDI. Dans la région de Bapaume, dans le Nord, des tôliers, des monteurs et des grutiers sont réclamés à cor et à cri.

 

En France, l’offre et la demande ne « matchent » pas. Les postes vacants ne peuvent être pourvus par les salariés disponibles. Au point que l’économiste Patrick Artus l’affirme tout de go : le taux de chômage structurel, qui était de 7,5 % avant la crise de 2009, culminerait désormais à 8 %. Le taux de chômage structurel est le taux de chômage incompressible, celui en dessous duquel on ne peut pas descendre.

 

Chez nos voisins, ce taux plancher, à partir duquel un pays est considéré « en plein-emploi », est de l’ordre de 4 ou 5 %. Pourquoi cette exception française ? Les raisons sont bien connues : d’abord, les formations dispensées ne sont pas en adéquation avec les activités porteuses. Notre système éducatif est fâché avec les entreprises. Quant à la formation professionnelle, elle consacre l’essentiel de ses moyens aux gens déjà en poste. Le gouvernement s’est, certes, attaqué en priorité à ces dysfonctionnements, mais, dans l’hypothèse où il trouverait les solutions, il faudrait des années pour qu’elles fonctionnent.

Autre responsable, le manque de mobilité de la population active française. Pas seulement parce que la France est belle et que personne ne veut vivre loin de son clocher. On déménagerait plus facilement si les prix de l’immobilier étaient moins élevés dans les principaux bassins d’emploi. Les aides à la mobilité sont si coûteuses pour l’État qu’elles sont utilisées à petite échelle. Enfin, le faible écart entre le RSA et le smic décourage les personnes peu qualifiées de prendre un emploi. Surtout lorsque cela suppose de payer quelqu’un pour garder les enfants ou de faire des trajets coûteux en voiture personnelle…

La grande pénurie de main-d’œuvre – qui paraît invraisemblable, mais dont nous nous rapprochons pourtant – aura une conséquence : l’arrêt de la croissance. Et donc la remontée du chômage. Cela s’appelle un cercle vicieux. 

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