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[Edito] Gare à la « purge » sans grand dessein

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Les candidats à la primaire de la droite et du centre ne s’opposent, en matière économique, que sur le « fine tuning », les réglages. Cent milliards d’économies sur les dépenses publiques ou 80, qu’importe lorsque l’on ne sait pas vraiment comment les faire ! Et encore moins comment les faire passer dans l’opinion. Soixante-cinq ou soixante-quatre ans pour l’âge légal de la retraite, c’est aussi une question d’ajustement. Nous étions déjà sur cette voie. Sur les 35 heures, l’impression qui se dégage est qu’il faut en finir avec ce « mal français absolu », or l’opinion publique, sur ce sujet, est inconfortable : les salariés craignent de travailler plus et les patrons de devoir payer davantage. Les salariés n’ont pas envie de perdre leurs RTT, les patrons de se lancer dans des rounds de renégociation chronophages. L’annualisation a donné aux plus grandes entreprises de la flexibilité et les PME qui, aujourd’hui, n’ont pas recours aux heures supplémentaires, perdraient de l’argent en cas de retour aux 39 heures avec une compensation même partielle. Bref, elles ne réclament plus l’abrogation des 35 heures. Le débat est d’autant plus stérile que les Allemands et les Néerlandais ne travaillent pas plus que nous, sans être moins compétitifs.

Le programme de la droite, vu par la majorité des Français, est une purge. Les uns la jugent inévitable et sont donc prêts à l’accepter, d’autres la savent incontournable mais préféreraient en reculer l’échéance, les derniers enfin en réfutent jusqu’à la logique. Lorsque le parti conservateur britannique et les démocrates libéraux ont pris le pouvoir en Grande-Bretagne en 2010, leur pays avait besoin, comme le nôtre, de diminuer drastiquement ses dépenses publiques et de se désendetter. Mais David Cameron a présenté un grand dessein, une idée fondatrice, un objectif politique : la Big Society. Il a proposé aux citoyens anglais de « reprendre le pouvoir » grâce au transfert d’un certain nombre de compétences vers les autorités locales, les entreprises sociales et les communautés, en particulier pour créer des écoles et organiser les aides sociales. Même si Rowan Williams, l’archevêque de Canterbury, n’y a vu qu’« un verbiage destiné à cacher un retrait profondément préjudiciable de l’État de ses responsabilités envers les plus vulnérables », ce projet politique a contribué à redonner un élan citoyen et à faire accepter les économies indispensables.

La faiblesse du discours de Juppé, de Sarkozy et de leurs compétiteurs, NKM exceptée, tient dans cette absence de dessein, de vision globale de la société, de perspective enthousiasmante à moyen terme. Même Trump a vendu une grande idée à ses compatriotes déboussolés et appauvris : le retour du rêve américain. La fin de l’appauvrissement de « ceux qui veulent travailler, pour leur famille ». Et toutes les mesures qu’il a prônées, même contradictoires, même invraisemblables, favorisent à l’en croire ce retour au mythe fondateur de la grandeur américaine. Son élection comme le Brexit montrent que lorsque les politiciens de l’establishment ignorent les vrais débats, qu’ils sont sourds aux inquiétudes des classes moyennes, le populisme triomphe. La droite prend des risques en ne proposant qu’une purge : Marine Le Pen pourrait en profiter pour vendre, elle, une part de rêve. 

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